LE SYSTÈME SUÉDOIS
Le système de Ling doit évoluer.
Le système de Ling, loin d’être intangible, doit évoluer sans cesse s’il veut rester d’accord avec les notions modernes et justifier le nom de scientifique. Pourra-t-on appeler dans quelque temps système de Ling une méthode totalement différente de son point de départ et comprenant tous les résultats des travaux étrangers. Le mouvement est fatal, la gymnastique suédoise 11e peut rester exclusive et puriste; si ses partisans s’entêtent à ne tenir aucun compte des modifications raisonnables qu’on leur propose, ils condamnent leur système à l’abandon ; leur vieille Eglise vermoulue aura eu un rôle dans l’histoire, mais elle doit disparaître si elle ne veut pas se plier aux exigences de son époque.
11 n’en sera pas ainsi car les nouveaux directeurs de l’Institut de Stockholm sont hommes de progrès, ils ne méprisent pas les avertissements de l’étranger, et leur désir doit être de travailler avec nous pour accentuer la marche en avant.
La méthode suédoise actuelle ne s’accorde pas a" ec la pratique de la vie.
Le système suédois actuel est un système spécial, artificiel, qui renferme une part de réel et une plus grande part de conventionnel. 11 ne s’accorde pas suffisamment avec le but de l éducation physique dans la vie moderne, on y rencontre des contradictions, des lacunes, des erreurs et un manque de souplesse qui va jusqu’à l’intransigeance.
La part de réel répond à l’observation des faits et aux acquisitions définitives qui sont vraies partout. La part de
l’école française
convention est contingente aux habitudes, au caractère, au milieu spécial aux pays Scandinaves en un mot, elle ne peut nous convenir ni surtout nous être imposée.
La manière de concevoir la vie dans le système suédois est assez simpliste ; on s’adresse surtout à un corps sans âme, à un squelette garni de muscles mais dépourvu de son système nerveux.
On ne peut admettre cette manière de voir même en se plaçant au point de vue militaire, où cependant le perfectionnement physique se restreint à la subordination des hommes à une volonté unique, mais ce n’est plus alors le développement normal illimité de nos forces physiques et morales. Cette manière étroite d’envisager la question n’a jamais été celle de Ling ; elle a ét.é peut-être celle de ses interprètes mais, même en faisant ces restrictions, le système suédois envisagé au point de vue militaire n’est point logique. Le reproche le plus sérieux à lui adresser c’est d’ignorer totalement l’éducation de nos mouvements en vue de l’application pratique. Il se contente de dépenser les forces sans se préoccuper de leur rendement économique et les gaspille même pour obtenir, sans aucune raison fondée, la forme pare des mouvements dits éducatifs. Cette forme pure est indéfinissable, elle ne répond à rien de réel, ce n’est pas la meilleure manière d’agir pour obtenir un bon résultat de son travail, c’est une règle conventionnelle qui devient une véritable obsession.
Partant de là, la méthode se cantonne dans des formules étroites, monotones, invariables et se prive des ressources de l’art et de l’éclectisme en n’attachant d’importance qu’aux mouvements correctifs soi-disant esthétiques.
La légende de Ling.
Une espèce de légende plane sur les principes de Ling dont la tradition antérieure devrait se perpétuer intacte et indéfiniment. Remontons à ce que Ling nous a laissé et nous serons bien déçus, nous trouverons des aphorismes vagues
PHASE DE TATONNEMENTS
vrais ou faux suivant la f iç >n cio les interpréter mais dont on un peut rien tirer d ms la pratique. Ce qu’on nous donne comme système de Ling vient <ui réalité de son lils Aimai, de liraiiling, de Nyblii -u.i de Torngren, de Norlauder et de Zilow; eu particulier les manuels suédois sont le travail de commissions militaires ayant fait preuve dune connaissance plutôt restreinte de la physiologie des mouvements.
Loin d’élre une œuvre homogène, le système sucdo s est un travail pénible, retouché, mélange, quelquefois meme indigeste et bien plus loin de la Nature que celui de Ling.
Lui"- a Constitué l'école suédoise avec les traditions chi-
noises, françaises, allemandes. D’après Daily (1) la méthode ■Suédoise n’est « pas nouvelle : les principes et la théorie, le « système, la méthode, les applications et la doctrine de « Ling toute entière est dans les traditions de l’antiquité. « On les retrouve dans les philosophes grecs, dans Plu- « laïque, Platon, Merriirialis.
d Ont rouve dans \ V i n slow, dans Nicolas And ry (Traité d’orthopédie, 1742) dans 11 ibelais (Education de Gargantua), les b a s de l’éducation, John Birclay professait et publiait à E limbourgen 1818 les idees conformes à celles de Lino- et Guls-Muths concevait en Allemagne une vaste éducation physique basée sur le mouvement actif qui embrassait Part de sauter, de courir, de lutter, de nager, de lancer, de grimper, l’équilibre et le balancement, le développement de la giàce, l’équitation, la danse, la marche, les exercices militaires et les escrimes. L’idée suédoise est née au contact de l’idée française par l’escrime ; la gymnastique médicale vient de la doctrine des Tao-Tsé, principes chinois que l’on trouvé dans le Gong Fou et sanctionnés par 5000 ans d expérience avant Jésus-Ghrist.
« Lorsque les disciples de Ling arrivèrent en Allemagne avec la prétention d’ètre les seuls maîtres de la vraie doctrine, il y eut une rivalité île systèmes et une lutte qui tourna à l’aigreur.
« En 18o5 le D' Edmond Friedrich est extrêmement hostile à
{1)N. Dally, Cinésijlogie.
L ECOLE FINANÇAIS E
l’école suédoise, sa polémique avec Neumann est restée célèbre. M. Bérend un des médecins les plus considérables de l’Allemagne qui dirigeait depuis 1840 un institut d’orthopédie à Berlin, se rendit à Stokholm pour y faire des observations ; il disait : « Mr Branting (le directeur de l'Institut), « ne m’en voudra pas si je n'adopte pas dans son ensemble « la méthode de Ling et si j'ai gardé dans mon cœur les « mots qu’il m’adressa au moment de son départ :
« Essayez tout et conservez ce qui est bon ».
« Si maintenant nous examinons l’idée qu’avait Ling d’agir « sur les organes internes par l’intermédiaire des muscles, « nous verrons que le principe ne peut être établi scientifi- « quement qu’avec de grandes réserves^ les expériences (( exactes nous montrent que ce principe admis dans toute « son extension n’est pas juste en théorie et qu’il n’est pas « entièrement justifié dans la pratique. Il y a bien quelques « mouvements qui dilatent le thorax et agissent particulière- « ment sur les organes contenus dans l’abdomen, mais les « exercices n’ont rien de spécifique à l’égard de tel ou tel « organe. Nous voyons en effet chez les personnes qui ont « la poitrine faible une gymnastique générale qui n’a point « la prétention d’agir isolément sur les pectoraux, les sca- « lènes, les dentelés, les intercostaux, produire les mêmes « effets (iue la gymnastique de Ling. {Opinion du Dr Bérend , « Daily, page 289).
L admiration que l’on peut avoir pour V organisation suédoise n’implique pas forcément l’adoption intégrale de la méthode.
Ling n’a d’ailleurs jamais eu la prétention d’imposer au monde les détails de son système. 11 a fait au mieux pour son pays et pour son temps, il a rendu service à ses concitoyens et nous admirons sincèrement l’administration, la persévérance et la discipline qui ont contribué à édifier ces belles institutions.
Mais nous les admirons dans le milieu particulier de l'extrême Nord, de cette région sous la neige pendant 8 mois de
PHASE DE TATONNEMENTS
l’année où le soleil est alors couché à 2 heures et où les caractères diffèrent absolument du notre. La rudesse du climat augmente la puissance nutritive mais diminue la sensibilité, ce qui faisait dire plaisamment à Cabanis :
« Ainsi se l'orme la constitution robuste mais peu sensible de ces peuples dont Montesquieu dit qu’il faut les écorcher pour les chatouiller. »
11 n’est pas rare de voir en Suède des fiancés attendre quatorze années la satisfaction de leurs vœux. Etant allé à Upsala accompagné d’amis et du directeur de l’Institut central de Stockholm, notre très aimable introducteur, je me rappelle avoir fait irruption avec bruit dans une salle de lecture d’un cercle d’étudiants ; aucun d’eux ne leva les yeux ni ne changea son attitude. Si l’on rapproche celte puissance particulière d’attention de notre mobilité et de notre curiosité natives, on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que nous ne sommes pas bâtis de la même façon.
Les Suédois sont habitués depuis plusieurs générations à leurs exercices, ils sont naturellement portés à les croire nécessaires, ils ont la foi, on ne peut que les en louer, mais nous ne pouvons la partager entièrement avec eux. Nous avons aussi un passé et des acquisitions dues à nos efforts antérieurs ; devons-nous les renier. Nous pouvons étudier et examiner ce qu’ils ont fait de mieux que nous et en retenir ce qui peut réellement nous servir, en laissant de côté leurs conventions. Le choix d’une méthode ne doit pas être une question de mode ou de snobisme. Si nous nous sommes dégagé de la routine, ce n’est pas pour retomber dans d’autres préjugés; le moment est venu de reconstruire ce que nous avons démoli mais avec des matériaux choisis et éprouvés.
Les châlets de bois, les skis et les traîneaux sont des instruments nécessaires aux climats septentrionaux; mais devons-nous bâtir des maisons de bois quand nous avons la pierre sous la main, employer les skis et les traîneaux sans la neige ?
Il est très louable de conserver avec religion les traditions anciennes quand elles sont véritablement utiles ; il est mieux de profiter des connaissances nouvelles. La préoccupation