I. KCOI..E l'UA.NCAISK
de ne pns contrarier les mânes de Ling ne peut être une préoo upalion française. Il serait change de se servir encore de la chaise a porteur (piand on possède l'automobile, ou de I arba èle au lieu du fusil «à répétition.
De plus, faire rejaillir I honneur de tous les perfeetionnenionis ultérieurs sur les premiers inventeurs est une injustice a I egard des autres. Les découvertes successives des travailleurs translorinent. souvent les premiers essais, au point «pie le dernier produit peut îdavoir plus rien de commun avec le point de départ.
Autant vaudrait alhibuer à Steplienson ou à Denis Papin la locomotive actuelle et la télégraphie sans lil à Chappe, 1 inventeur du télégraphe aérien.
Dans la lutte actuelle des systèmes, il ne s’agit pas seulement du sort de la gymnastique suédoise, il y a une question de principe qui domine tout : on veut nous imposer des dogmes sans tenir compte des observations et des travaux modernes. Cela est-il possible?
Laut-il considérer l'éducation physique comme fixée ; devons-nous l’arrêter au point où elle était il y a cent ans en Suède, ou bien devons-nous penser que, comme toutes les manifestations de l'activité humaine, elle peut évoluer, s’adapter de mieux en mieux à notre milieu social français, que par conséquent , loin d être parfaite, il y a lieu de la faire progresser indéfini ment. Tout le luxe de démonstrations et de critiques qu’on nous sert u’e^t qu’une thèse sans preuves clou n’y rencontre aucune raison scientifique ; on ne peut s’appuyer sur des constructions aussi éphémères et aussi fragiles, il faut donc retourner aux sources de notre énergie, à la Nature, si l’on veut faire quelque chose de- durable.
En matière d’éducation il n’y a rien d’absolu : telle manière
de voir peut être vraie dans un milieu, fausse dans un autre.
L’Ecole suédoise doit se rallier au mouvement scientifique moderne, en apportant son bagage de travaux antérieurs ; nous en conserverons ce qui résistera au contrôle et à un examen sérieux. Elle ne peut se mettre en travers du progrès ni enrayer le mouvement en avant en se contentant de propager les vieilles doctrines rétrogrades.
PHASE DE TATONNEMENTS
Il y a peut-être moins de chose à faire pour améliorer notre système français que pour réformer le système suédois et le mettre d’accord avec la nature et notre milieu.
Le système suédois se propose le perfectionnement de l’homme dans sa structure et dans ses fonctions physiologiques ; tous les systèmes d'éducation ont ce même programme, mais il faut voir comment il est réalisé, il faut examiner si les moyens employés sont toujours d’accord avec le but et sont directement adaptés aux résultats que l’on cherche.
A ce point de vue nous avons des reproches à adresser au système suédois et les indications de la science moderne nous défendent de le copier servilement. Il est nécessaire de susciter un mouvement nouveau d’évolution et de rénovation en dehors des conventions et plus en rapport avec la nature.
Il n’y a pas de système de Ling proprement dit.
Et d’abord, y a-t-il un système d'éducation physique de Ling? On nous ressasse à satiété qu’il y a des principes de Ling éternels et immuables et que, sur ces principes est construite une éducation physique intangible.
En réalité il n’y a pas de système de Ling proprement dit, c’est là une invention d’une école qui veut s’étendre et envahir le monde commercialement. Quand je dis qu’il n’y a pas de système suédois, je me trompe ; il y en a bien un, mais il est loin d’être intangible; il ne peut même, en tant qu éducation physique, résister à ur examen sérieux. Il y a bien un système de gymnastique tout particulier mais ce système, usité en Suède sous le nom de système de Ling, n’est pas du tout la réalisation des principes de Ling et n’a aucune base scientifique.
Ling en mourant laissait fort peu de choses écrites et surtout fort peu de choses précises; il avait touché en poète à l’éducation physique sans en faire une synthèse qui comprit toutes les qualités physiques à requérir. Il avait surtout l’in-
l’école française
tention de se servir de l’exercice comme un moyen thérapeutique puissant et presqu'oublié. Il commença donc par s’occuper de la gymnastique médicale et même, pour cette raison, il ameuta tous les médecins contre lui.
Il avait appris l’escrime à Copenhague à l'école du français Montrichard et la gymnastique à l’école de Nachligall dont il était sorti. C’était là tout son bagage technique ; ce qu’il apprit de physiologie à l’université de Lund et en 1804 ne devait pas être bien lourd.
Les connaissances sur le mouvement étaient à cette époque beaucoup plus avancées en France, en Allemagne et en Suisse. On y trouve alors des éducateurs de premier ordre, il suffit de citer les noms de Coménius, de Froebel, de Pestalozzi, de Basedow (1724-1790) ; de Guts-Muths (1759-1839) ; de Jahn (1778-1852) ; de Spiess (1810-1858); de Clias, etc...
En France, les travaux de Nicolas Andry, de Tissot, de Londe, d’Amoros indiquaient nettement déjà l’effet qu’on pouvait tirer de l’exercice sur la santé, sur le développement de la poitrine, sur les conformations vicieuses et surtout sur le moral. On y trouve même des faits précis sur l’influence de la gymnastique respiratoire avec une exposition d’une clarté qui dépasse de beaucoup les aphorismes de Ling.
Il n’est pas douteux que ce dernier ait eu connaissance de ces travaux, mais, préoccupé de la thérapeutique par le mouvement, il n’envisage pas l'éducation physique proprement dite ; il ne la voit qu’à travers les choses médicales négligeant la partie pédagogique qui intéresse ou qui amuse.
Ayant obtenu de bons résultats au point de vue somatique avec quelques mouvements de redressement et les exercices de respiration, il voulut introduire dans l’école ces procédés connus de tout temps. 11 greffa donc sa gymnastique pédagogique sur sa gymnastique médicale, sans rien y ajouter pour rendre les jeunes gens adroits et souples, ni pour les intéresser, restant toujours éloigné des applications pratiques.
La gymnastique suédoise se trouva d’emblée réduite à une série d’attitudes et de mouvements respiratoires sans
PHASE DE TATONNEMENTS
toucher autrement au perfectionnement de la vie et du mouvement.
Il est intéressant à ce propos de répéter la dernière parole de Ling prononcée à son lit de mort :
« La mort met fin à mon activité et toute mon œuvre disparaîtra « comme une bulle de savon si N otre Majesté et l'Assemblée Nationale « ne consentaient à remplir le dernier vœu d un mourant : Laissez « l’Institut se développer d’après mes plans. Entre mes centaines « d’élèves, il n’y en a que deux : Branting et Georgii qui soient en « état de conduire mes idées à bonne fin et ces deux hommes sont mal- « heureusement maladifs. S’ils meurent avant d’avoir eu le temps de « former de nouveaux professeurs, alors l’Institut périra et son im- •< portance réelle disparaîtra. L’Institut doit être soutenu immédiate- « ment, sans cela il sera trop tard. »
Et d’autre part :
« Je prie Dieu que les docteurs et les instituteurs de l'avenir puissent « succinctement développer et perfectionner ces premiers essais pour « redonner à la gymnastique la même importance auprès des habi- « tants du Nord, qu’elle avait dans les pays méridionaux à l’époque de « Platon, Hippocrate et Galien.
« Tant que l'on ne suivra pas la nature, on balancera toujours entre « des prescriptions règlementaires contradictoires.
« Vérité, santé et beauté ne font qu’une seule et même chose ; « ces trois qualités peuvent être exprimées par un seul mot : l’har- « monie.
« L organisme humain doit être considéré comme une unité cora- « plète indivise dans laquelle la vie se manifeste d’après trois ordres « de phénomènes généraux : les phénomènes mécaniques, les phé- « nomènes chimiques elles phénomènes dynamiques, autrement dits « moraux et intellectuels comportant toutes les forces de l’âme et de « l’esprit. ,
« L union et 1 harmonie de ces trois ordres de phénomènes carac- « térisent une organisation complète et c’est sous leur influence que « s accomplit tout mouvement vital.
« Un vrai gymnaste a besoin de connaissances , de sens artistique et « de moralité.
« Chaque mouvement est une idée ou une pensée exprimée par le « corps. »
l’école française
Présentées ainsi avec la modestie du philosophe et de l'honnête homme ces propositions sont acceptables ; elles diffèrent singulièrement de la morgue et de la prétention outrecuidante de ses adeptes. Ce sont de belles pensées profondes qui sont bien au-dessus de la mesquine réalisation du système qu’on veut nous imposer. Pourquoi donc cette discordance entre les principes de Ling et le système suédois : ceci demande quelque développement.
Voici un passage de Georgii, son meilleur élève, ancien sous-directeur de l’Institut de Stokholm, qui nous éclaire sur ce point :
« Ling était trop exclusivement occupé d’établir sur une large base expérimentale ses observations et les lois qu’il en avait déduites, pour avoir le loisir de formuler méthodiquement sa doctrine dans un traité spécial. L exécution intelligente et précise des mouvements sans laquelle le but scientifique est faussé, était avant tout le point qu’il importait d’atteindre ; c’est à cette lacune regrettable dans une existence si pleine et à son état maladif pendant les dernières années qu’il faut, pour la plus grande pari, attribuer L’insuffisance des ouvrages de Ling en temps que système complet. La publication de son traité sur les principes généraux de la gymnastique, (Upsal, 1834-1840), ne fut achevé qu’après sa mort par deux de ses élèves, Liedbeck et Georgii. »
C’est à Branting que l’on doit les premiers manuels, refondus ensuite par des Commissions et retouchés par Nyblaeus et Torngren.
Ling 1 aissait donc à sa mort une œuvre incomplète et inachevée ; il fallait cependant fonder l’enseignement pédagogique en entier, si l’on voulait voir subsister l’école. Les deux élèves qu’il laissa ont dû à ce moment être extrêmement embarrassés pour l’établir.
« C’est dans l’intérêt de la science, écrit Georgii, que nous faisons appel aux physiologistes et aux médecins pour les engager à étudier et à appliquer le nouveau mode de guérir. Puissent-ils vérifier dans la pratique les don-
PHASE DE TATONNEMENTS
nées et les effets du système de Ling; ils auront acquitté la dette du a'énie et bien mérité de l’humanité. »
Ces paroles sont celles d’un homme loyal qui hésite, mais se préoccupe de faire valoir l’héritage de son maître.
C’est avec des données aussi vagues qu’on établit des séries d’exercices où l’on s’attacha surtout à la forme extérieure plutôt qu’à l’effet physiologique du mouvement. Mais peut-on donner à cette forme une importance prépondérante jusqu’à en faire la base d’une doctrine ?
D’ailleurs, il ne faut pas oublier que la méthode suédoise, telle qu’on la voit exposée dans les livres, n’est point toute la méthode. Les Suédois pratiquent parallèlement à leur gymnastique méthodique des sports très énergiques ; ils y attachent une importance énorme et s'y livrent tous sans exception avec une véritable passion.
Ils doivent donc leurs résultats à une méthode mixte d’éducation et il nous est bien difficile de faire le partage des effets de l’un ou de l’autre des moyens employés. Les sports n’ont pas encore été étudiés scientifiquement et il n’est pas dit que leur apprentissage ne gagnerait pas à être précisé.
Nous sommes absolument de cet avis et partisan d’associer dans une leçon de gymnastique rationnelle les jeux et les exercices méthodiques. Ceci se justifie par les propriétés différentes de ces deux moyens d’éducation. Mais il reste encore à examiner les procédés de la gymnastique méthodique et ensuite à adapter ces procédés à notre milieu et notre tempérament. La question n'est donc pas si simple; un éducateur digne de ce nom ne considère pas sa tâche comme terminée lorsqu’il a supprimé les choses existantes pour imposer un système tout fait.
Dispute scolastique.
On a lie a u chei cher, dans les argu ments qu’on nous oppose, quelque valeur scientifique, quelque fondement sérieux’ tout se résume dans des critiques de détail au sujet des po-
l’école français e
sitions dites fondamentales, attitudes statiques qui n’ont rien de commun avec les vraies qualités du gymnaste.
D’après ces auteurs, la valeur physique de l’homme toute entière consisterait dans la prise correcte de ces positions; le fait de pouvoir les exécuter serait un indice qu’on saura faire tout le reste.
« Placez-vous en station droite et je saurai ce que vous valez, disait un représentant important de l’armée à un de ses subordonnés. »
On saisit immédiatement l’énormité et la mesquinerie d’un pareil système et combien peu les principes de Ling ont été compris.
Il y a donc 5 positions fondamentales et 92 dérivées .; un point, c’est tout. Si vous vous astreignez chaque jour à prendre les cinq positions fondamentales, à ne plus les quitter pendant vos mouvements gymnastiques, vous aurez la santé, la beauté, l’adresse, la résistance à la fatigue, l’initiative, le courage et l’audace.
C’est une panacée universelle, un philtre incomparable et surnaturel. Ce que j’avance n’est pas exagéré, voici quelques citations à l’appui :
« Ces attitudes doivent être prises correctement avant l’exécution d’un mouvement, conservées pendanttout son parcours el maintenues après son achèvement.
« La correction de la position initiale détermine ïa valeur d’un exercice.
« Un mouvement judicieux exécuté dans une attitude vicieuse est pernicieux (Lefébure, Gymnastique éducative ).
« La gymnastique de développement et d’assouplissement se compose essentiellement d’attitudes et de mouvements exécutés dans ces attitudes. » (. Ibid .)
« Les exercices gymnastiques doivent être enseignés avec méthode et exécutés avec correction , sinon leur influence est nulle ou nuisible.
« La gymnastique doit assurer à l’homme la conservation aisée et habituelle d’une attitude favorable au fonctionnement intense et régulier des organes; notamment de la circulation et de la respiration. Elle atteint ce but essentiel en
PHASE DE TATONNEMENTS
donnant aux groupes musculaires qui sollicitent le squelette une proportion et une tonicité judicieuses adéquates à leur raison d'être physiologique (Lefébure).
D’après cet auteur, les exercices de la gymnastique éducative se divisent essentiellement de la manière suivante :
1° Les exercices d’ordre.
2° Les exercices d'assouplissement préparatoires.
3° » fondamentaux.
4° » de locomotion.
5° » d’application
C’est une singulière classification physiologique, et les exercices fondamentaux « comportent l’ensemble des attitudes et des mouvements reconnus nécessaires et suffisants pour atteindre rapidement et graduellement au développement normal et à l’assouplissement complet du corps auquel ils assurent en même temps que des proportions harmonieuses la vigueur, la santé, l’endurance et l’agilité. »
Les disciples de Ling n ont pas compris leur maître.
Je m’empresse de dire que Ling n’a jamais parlé ainsi; les quelques principes qu’il a laissés sont vagues mais beaucoup plus larges, ils visent le développement harmonieux et complet de l’être humain physique et moral ; le bon sens indique que ce n’est pas avec quelques attitudes statiques presqu’avec de Y immobilité qu’on obtient toutes les qualités corporelles. Ce n’est donc pas à Ling qu’il faut attribuer cette rigidité et cette intangibilité que nous critiquons, mais a ses successeurs qui n’ont pas eu la largeur de vue nécessaire à la réalisation de son programme.
Ling a très bien senti la nécessité d’associer l’art à la science, il a vu la relation entre le geste et la pensée, il parle même d’une gymnastique esthétique dans laquelle le geste exprimerait la pensée. Cette gymnastique que nous ne connaissons pas indiquerait une connaissance très fouillée de la vie et ne peut consister dans les positions ultra-raides de la gymnastique suédoise contraires à toute esthétique.
156 l’école française
Chaque race a son allure ; le méridional et l’homme du Nord n’ont ni le même geste ni la même démarche.
Deux Anglais qui conversent restent impassibles, deux Napolitains qui se rencontrent gesticulent comme des acteurs dramatiques. Le caractère et les qualités psychiques d’une race règlent ses gestes, le genre de sports et d’exercices nationaux favoris en sont la conséquence.
La danse espagnole ne peut être que le produit d’un pays ensoleillé et fleuri ; on ne s’imagine pas les courses de taureaux à Stockholm ni la gymnastique compassée et abstraite en Espagne.
La musique du Nord est triste et languissante, celle du midi sautillante et gaie, comme le geste.
On avance que le système suédois est inspiré de l’esthétique grecque, c’est bien mal connaître les Grecs anciens. Ceux-ci étaient trop artistes pour employer des attitudes raides et parfaitement antiesthétiques ; les dessins et les statues qu’ils nous ont laissés nous indiquent combien ils recherchaient au contraire la beauté de la forme, l’aisance de l’attitude et du mouvement. La beauté de leurs exercices et de leurs danses n’a rien de commun avec ce que les -Suédois appellent la correction des altitudes.
Certes la correction des attitudes a une influence que l'on ne peut nier quand il s’agit de localiser la contraction musculaire et agir sur les rapports des os du squelette, mais là se borne leur importance et leur effet ; c’est un point de vue médical, il faut encore prendre garde de gêner la respiration et la circulation avec les contractions statiques prolongées et laisser de côté dans les applications pratiques ces attitudes gênantes si l’on désire faire de la bonne besogne.
La qualité esthétique d’un mouvement doit être la conséquence de l’harmonie parfaite existant entre l’attitude, le mouvement et l’action à accomplir; des positions guindées (pii entravent l’accomplissement du travail ne seront jamais belles à cause de cela.
Ces quelques observations nous indiquent combien nous sommes loin d’avoir tout résolu, nous allons essayer une mise au point plus raisonnable avec les notions acquises.
| > 1 1 a S K l> K T ATÜ .N X K M K X 1 S
Les positions fondamentales.
Nous avons dit précédemment que presque toutes les objeelioiis des adversaires portent sur les positions londamentaies de la gymnastique suédoise :
u Ignorer la valeur des positions fondamentales en gymnastique, dit M. le Dr Tissié, c’est ignorer en mécanique la valeur des points d’aupui des leviers, puisque la position fondamentale est le point d'appui du corps sur le sol. »
Nous ignorons comment une position fondamentale peut être un point d’appui, mais le fait que tout un système d'éducation physique repose sur quelques positions fondamentales suflil pour éveiller notre attention et nous mettre en di fiance.
D'après M. le Dr Raisin : « Ling a ramené à cinq les types de positions qui serve n tde point de départ à nos mouvements : debout, assis, à genoux, couché, suspendu ; mais, pour avoir le nombre réel des positions initiales des mouvements de la gymnastique suédoise, il faut les multiplier par le nombre des modifications qu’on peut réaliser pour c hacune d’elles dans les rapports des membres et du tronc. On arrive ainsi à un total de (J2 positions de départ : les 5 fondamentales, plus 87 autres dérivées de celles-ci » (1).
Nous voguons déjà en plein dans l’arbitraire; on ne nous dit pas pourquoi il y a cinq positions et non pas six, de plus on estime que les combinaisons de nos mouvements se résument à 87 positions dérivées. L’a u Leur oublie ses mathématiques, il doit se rappeler (pie le nombre des combinaisons de nos mouvements articulaires un à un, deux à deux, etc... donnerait un nombre de plusieurs millions.
Bien entendu parmi celte quantité de positions et de mouvements, il y en a beaucoup à rejeter comme n’ayant aucune valeur gymnastique ou esthétique ; mais, n’en admettre que •cinq, c est pousser le purisme jusqu’à l’intolérance.
« La correction de la position initiale détermine la valeur
(1) l)r Kaisin, Essai critique de la gymnastique suédoise.
L K COLE FRANÇAISE
d'un exercice, nous dit M. Lefébure, un mouvement judicieux exécuté dans une attitude vicieuse est pernicieux. »
Mais quand commence et quand cesse la pureté du mouvement, quand l’attitude devient-elle vicieuse et comment le mouvement judicieux arrive à être pernicieux ? C’est ce qu’on ne nous dit pas. A-t-on la prétention de restreindre nos mouvements à quelques attitudes dites fondamentales, comment concilier cette restriction avec les lois naturelles puisque jamais la nature n’opère ainsi ? Tout cela est si conventionnel que l’auteur est obligé d’ajouter aussitôt :
« Les attitudes dérivées des positions fondamentales ont « un but identique à ces dernières, elles prennent le nom de « position initiale ou de départ ('Lefébure , ibid.). »
Il n’y a donc que le nom de changé, le but est le même, il était plus simple d’appeler initiales toutes les positions prises au début d’un exercice, qu’elles soient tantôt fondamentales et tantôt initiales, peu nous importe ; c’est jouer sur les mots et prendre un moyen pédagogique ou un procédé de terminologie pour une base scientifique.
En réalité tout cela est fort simple : la position initiale est la position préparatoire la plus propre à exécuter le mouvement qui va suivre, soit à cause de la base de sustentation donnant le meilleur équilibre, soit à cause de l’attitude la plus favorable à exécuter le mouvement.
Il y a ainsi autant de positions initiales qu’il y a de genres d’exercices. L’escrime, la boxe, la danse ont toutes leurs positions de départ et il n’y a pas lieu de limiter le nombre de ces positions.
Dès qu’on immobilise par la contraction musculaire certaines parties du corps, celles-ci servent par cela même de point fixe pour les mouvements des autres parties. C’est là le problème dans toute sa généralité ; toute la gymnastique est là, ce n’est pas une raison pour la restreindre à quelques positions fondamentales.
Nous avons le droit, il me semble, de prendre toutes les positions initiales que nous jugeons utiles: elles seront stables si nous faisons les efforts musculaires suffisants pour nous immobiliser; la difficulté de maintien et d’équilibre qu elles
PHASE DE TATONNEMENTS
présentent constitue justement leur mode de gradation.
D’après la classification suédoise, la suspension est une position fondamentale, l'appui ne 1 est pas, la fente en avant est une position initiale, la fente en arrière ne l’est pas ; pourtant chacune de ces stations a son effet particulier que nous devons connaître et utiliser.
Dans la gymnastique de développement on emploie les attitudes actives propres à corriger l'action fléchissante de la pesanteur sur le tronc et, en contractant volontairement les muscles du dos et de l’abdomen, on cherche à redresser les courbures dorsale, cervicale et lombaire du rachis ; on habitue l’élève à faire effort pour lutter contre l’incurvation générale du corps. Mais cet effort d’extension peut être obtenu par une foule de moyens. Le port d’un fardeau sur la tète est peut-être la manière la plus favorable pour redresser tout le corps. On sait combien sont droits les sujets habitués à ce genre d'exercice.
La position fondamentale est, dit-on, l’attitude fixe prise par le corps avant de commencer tout mouvement et le principe de la gymnastique suédoise consisterait à immobiliser un ou plusieurs grands segments du corps pour mobiliser un ou plusieurs autres segments.
Ceci n’est pas particulier à la gymnastique suédoise ; dans tout mouvement gymnastique on immobilise toujours un ou plusieurs segments du corps pour faire mouvoir le redte, on y est bien obligé. Mais quels segments doit-on immobiliser, et quelle est l’attitude la plus favorable à prendre ; cela dépend de ce que l’on désire obtenir.
Méfions-nous de tomber dans l’arbitraire, examinons de près ces axiomes étranges et voyons quels rapports ils ont avec le perfectionnement physique.
Position (dite fondamentale) droite.
Définition suédoise : Pieds écartés à 90°, les reins creusés, poitrine bien sortie, le ventre rentré, tête droite, colonne vertébrale tendue, corps vertical, épaules basses et main-
IbÜ l’école française
tenues en arrière; ccd Ire do gravité au contre de la base de suste ntalion.
Voyons successivement les conditions imposées:
La position droite pieds en équerre n est rien moins que naturelle ; j ai constaté qu’elle diminue la taille, elle exagère
la courbure lombaire et exige la contraction des rotateurs de la cuisse en dehors, elle n'est donc pas économique.
L’écartement des pieds talons joints a 60 0 est beaucoup plus logique. Une stabilité plus grande est obtenue avec moins de contractions inutiles. La forme de la base de sustentation est un triangle équilatéral, pour l’ouverture des pieds à 60°. Celle figure donne une stabilité égale de côté et d’avant en arrière, cette dernière est moindre dans le cas du triangle rectangle
( fi g. 2) dont la hauteur est plus petite que dans le triangle équilatéral (<i R- 3).
Fig. 1. — Position di s piods dans la méthode suédoise.
Fig. d
M. le Dr Raisin fait d'ailleurs des réserves à propos de l’écartement de la pointe des pieds. Celle position engendrerait une déformation.
« Plusieurs jeunes filles du cours de seconde année pré-
PHASE DE TATONNEMENTS 161
senteraient de façon très nette la tendance au pied valgus (1).
On sait de plus que dans la locomotion, marche, course,
Fig. 4. — Station "droite correcte sans raideur le ventre elfacé mais non creusé.
sauts, la propulsion est donnée par l’extension de la jambe et du pied qui se déroule sur le sol. Ce déroulement exige, snrtout dans les allures vives, que Taxe du pied soit dans la
1 ;]Dr Kaisin, Essai critique de ta gymnastique suédoise.
162 l’école française
direction du chemin parcouru et non dans la position ouverte de la station.
Cette position ouverte peut se comprendre pour les positions d’équilibre statique, mais devient mauvaise dans la locomotion ; encore faut-il ne pas l’exagérer et la faire dans la mesure indiquée plus liant.
« Reins creusés , poitrine bien sortie, ventre rentré , colonne vertébrale tendue » sont les caractéristiques de l’attitude suédoise. Comment concilier les reins creusés avec la colonne vertébrale tendue ; les reins creux ont de tout temps été considérés comme une faiblesse et un défaut de conformation ; ils coïncident toujours avec une déclivité du bassin et un allongement des muscles abdominaux.
La poitrine doit être développée, mais sans faire effort pour cela ; les mouvements repiratoires doivent être libres et amples (tig. 4). On n’a aucun avantage à plastronner d'une façon exagérée. C’est là une position de parade anormale et incompatible avec la respiration ample.
Si les cotes sont soulevées et immobilisées, les mouvements respiratoires sont forcément diminués d’amplitude. Si le poumon est dilaté en avant et de côté, par l’augmentation de la cage thoracique, mais, si d’autre part le diaphragme est refoulé par les muscles des parois abdominales qui pressent sur les viscères, il ne peut plus s’abaisser, le résultat est négatif parce que ce qu’on gagne en plus-value costale est perdu du côté diaphragme ( fîg. 5).
Il ne faut pas oublier non plus que le diaphragme est le principal et le véritable muscle inspirateur. Si l'on abolit sa fonction, la capacité respiratoire est réduite de ce fait et, quand on prend la coupe du tronc au moyen du conformateur vertical (1), on constate que la paroi thoracique est rejetée en avant mais que la colonne vertébrale suit ce mouvement, le dos et le ventre se creusent et le sujet est fortement ensellé.
On demande aussi au sujet d’avoir les épaules basses et
il) Voir Bases scientifiques. Evolution de l'éducation physique et Nouveaux instruments d’anthropométrie. Dûment.