I. ECOI.E FRANÇAISE
Le mouvement se trouve ainsi dirigé, localisé; « le tra- « vail précisé dosé avec une minutieuse exactitude ( l'Educa - « lion physique eu France. Loc. cit. , page 67).
D’après cette manière de voir, Féducation consisterait à apprendre et retenir toutes choses contraires à la souplesse et qui ne serviront de rien ensuite puisque jamais on n’exécutera ainsi ses mouvements.
11 faudrait donc pour assurer un point d’appui aux segments mis en action contracter tout le reste du corps c’est-à-dire les parties qui devraient rester relativement en repos, et l’auteur arrive à cette conclusion singulière qu’en éparpillant ainsi son énergie nerveuse à tous les muscles inutiles, le mouvement se trouve dirigé , localisé et précisé avec une minutieuse exactitude , tandis qu’il n'y a au contraire que de la confusion voulue sous une précision apparente. Il y a bien une sorte de précision géométrique, le sujet relève la jambe cherchant à imiter un automate en bois, mais quelle dépense inutile et que devient Féducation de nos mouvements ; quant à la localisation de l'effort, ce n’est qu’un leurre.
Comparons les deux images (fîg. 30), nous voyons que, pour le môme angle d abduction sur le bassin, la jambe est plus écartée latéralement dans la figure 2 que dans la figure 1, car à cette abduction s’ajoute l’inclinaison du tronc. La pesanteur s’exerce plus normalement sur le membre inférieur, donc l’effort des muscles abducteurs est plus intense. Le tronc légèrement incliné, n’étant plus en équilibre sur la cuisse, tend à se fléchir latéralement ; l’effort des muscles latéraux du côté de la jambe soulevée est donc augmenté pour deux raisons : le poids de la jambe fixée au bassin tend à entraîner le bassin de son côté et le poids du tronc tend à le fléchir du côté opposé. Les muscles fléchisseurs latéraux du tronc sont ainsi sollicités par des actions opposées tendant à écarter leurs points d’insertion. Ils doivent se contracter davantage pour résister à l’allongement.
En résumé la manière suédoise d'effectuer l’élévation de la jambe, qu’on pourrait qualifier de crispante, n’augmente aucunement l’elfet de la contraction des muscles que nous voulons faire travailler ; au contraire, plus la jambe
PHASE I)E TATONNEMENTS
s’élève, ce qui est le fait de la figure 30, 2, plus est grand le bi •as de levier de la résistance représentée parle poids de la jambe et plus l’effort musculaire opposé à cette résistance augmente avec elle. Il y a de plus déformation du tronc (fig. 30, I), la ligne des hanches et la Hgne des épaules ne restant plus parallèles.
Les contractions synergiques, nécessitées par ce singulier équilibre, sont de celles que nous ne ferons jamais lorsque nous élèverons la jambe de côté. Où sont donc les avantages éducatifs : le mouvement est laid, pénible, nécessite des associations fausses : voilà des raisons pour ne pas s’y conformer.
Erreur d analyse.
On en peut dire autant de la suspension à l'espalier, les jambes en équerre.
tic. 31. — Mouvement délévation de la jambe pendant la suspension libre
à une barre ou à l’espalier suédois.
Le but de 1 exercice est ici de contracter énergiquement les muscles de 1 abdomen, et d’effacer ainsi la courbure lombaire par la contraction concentrique des fléchisseurs du tronc. La flexion de la cuisse est produite par les muscles psoas-iliaques et le système rigide bassin et jambes pour- 1 ait cependant s incliner encore sous le poids des membres
l’école française
inférieurs si le bassin lui-même n'était fixé par les muscles abdominaux. Sous l’action de ceux-ci l’inclinaison du bassin vers le bas est empêchée et la déformation du tronc avec l’ensellure qui tend à se produire sont annulés.
Etant suspendu librement à une barre, aucune action ne vient aider les muscles abdominaux, la flexion du tronc et la réduction de la courbure lombaire sont entièrement le résultat de leur contraction.
A l'espalier, au contraire, le contact des fessiers av^c le mur (fig. 31) donne lieu à une pression P contre ce mur ; la réaction H du mur égale et contraire à cette pression s’exerce sur la colonne vertébrale pour la fléchir en diminuant d’autant la contraction des muscles abdominaux.
Le corps ne conserve pas, il est vrai, dans le premier cas la verticalité, mais la satisfaction de conserver l’attitude verticale ne fait pas produire un effet plus intense à l’exercice, bien au contraire.
Purisme et Vérité.
Le système suédois est rempli de ces contradictions et de ces erreurs d’analyse ; il veut, rester d’accord avec ses principes conventionnels et comme conséquence il préfère gêner l'homme dans tous ses mouvements pour donner satisfaction à l’école plutôt que d’accepter les solutions naturelles. Cette manière de procéder s’appuie sur des raisons qui mettent en évidence sa fragilité. Ainsi la pureté d’un mouvement est la clef de la doctrine, mais il est impossible, même aux Suédois, de donner de cette pureté une définition précise ; elle consiste parfois à exécuter des choses impossibles, incompatibles même avec notre structure, elle est d autre part une sorte d’acrobatie de l’équilibre où la valeur de 1 exercice se résume dans la difficulté d’exécution.
On demande par exemple de faire une inspiration profonde avec les épaules basses, on trouve ailleurs dans les ouvrages de Torngren des figures représentant la suspension allongée correctement exécutée, les épaules abaissées, sans le mou-
PII AS K DE TATONNEMENTS
Fig. 32. — Dessins tirés de l'ouvrage de VI. Torngren :
1, mouvement défectueux d’après Fauteur ; - 2, suspension correcte dans laquelle les omoplates sont restées collées au thorax malgré 1 élévation des bras.
veulent <le bascule des omoplates !
La pureté consisterait ainsi dans une luxation de la tète de l'humérus hors de sa cavité articulaire !
(fi g. 32 et 33).
L auteur de celle étrange assertion ne nous en a jamais donné la mo i n d re ex pl ica I ion mè me en pa r t icu lier, ce tpi il avait promis de laire au Congrès de Liège.
(Lompl es- rend us du C ongi'ès de Liège, page 83.)
Tous ces fa i l s mon I ren t fjue nous sommes londé à ne pas accepter,
1' ig. 33. — Mouvement naturel de bascule de l’omoplate pendant 1 élévation du bras.
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les yeux fermés, une doctrine suspecte dans ses assertions et en contradiction avec la nature.
Nous en voyons déjà les fautes dans les exercices statiques déduits uniquement de l’anatomie, on pourrait dire du cadavre ; ces fautes vont devenir des énormités lorsque nous allons passer de la statique à la dynamique c’est-à-dire aborder l’être vivant dans ses mouvements variés.
Je ne puis en donner un meilleur exemple que les exercices d’application.
Lois naturelles de nos mouvements.
Dans la locomotion : marche, course, saut, grimper, nager etc., le corps est assimilable à une machine locomotrice à laquelle on demande le meilleur rendement possible en travail avec le moins de souffrance pour la machine.
« L’homme peut être comparé à une machine dont le mouvement doit produire le meilleur résultat possible. Ainsi la règle de mécanique, si clairement établie par M. le baron Dupin, peut être appliquée aux forces humaines comme il l’applique aux machines.
u Le problème que doit se poser le mécanicien, dit-il, est d’effectuer tous les mouvements, tous les transports, tous les travaux des arts, de manière que pour un effet donné on ait perdu la moindre quantité de force possible et par conséquent de manière qu’avec une quantité de forces disponibles on obtienne le plus grand effet utile » (Amoros, p. 172).
Ou arrive à cela avec l'éducation ; mais il faut prendre des habitudes convenables, si nous voulons améliorer notre manière de travailler. Les ordres nerveux doivent être envoyés aux muscles chargés d’accomplir le travail utile, les contractions musculaires doivent être réglées et associées en vue de l’harmonie parfaite entre les mouvements commandés, et le travail à effectuer.
Les sujets d’élite ont trouvé la solution naturelle à ces problèmes trop compliqués pour que nous ayions la prétention de les résoudre à priori ou par le seul secours de la raison.
PHASE UE TATONNEMENTS
Un oiseau, un poisson, un quadrupède perfectionne sa locomotion suivant la loi du moindre ellort. Une hirondelle peut ignorer comment elle vole parce que ses centres de perception consciente sont indépendants de ses centres d association et de coordination des mouvements ; interrogez de même un acrobate qui sait réaliser des prodiges d adresse il ne vous apprendra rien sur sa manière de faire, mais observez-le, tachez de découvrir le secret de sa souplesse, 1 harmonie de ses efforts, la perfection de son mécanisme et vous aurez beaucoup éclairé la question.
C’est ainsi qu’il faut procéder, l’expérimentation et l'étude des sujets d'élite doivent nous ouvrir la voie et nous fixer sur leurs qualités, Teur valeur mécanique et leur manière d'agir.
Entre deux sauteurs franchissant la même longueur il peut y avoir des différences considérables : celui-ci fait concorder tous ses actes vers le saut, le but vraiment utile, celui-là compliquera ses mouvements de contractions superflues, nuisibles même parce qu’elles n’ajoutent rien à l’effet demandé et deviennent au contraire une cause de raideur, de gêne et d’énergie perdue.
Ayant acquis la notion nette et la connaissance précise du type parfait, à rendement économique, type réalisé par la nature, nous devons chercher à reproduire ce type par imitation, c’est là le but de notre éducation ; la correction du mouvement se définira par la tendance constante vers cette imitation et l’enseignement se fera toujours dans cette direction ; le mouvement sera dès le début tel qu'il devra subsister.
Prétendre faire l’éducation du marcheur, du coureur et du sauteur par des procédés et des mouvements préparatoires qui diffèrent de l’exercice même, c’est ignorer complètement la loi de l’habitude et la loi d’association de nos mouvements. On ne peut admettre comme moyens d’éducation logiques ceux qui commencent par établir de fausses synergies nerveuses et musculaires pour les détruire ensuite et les remplacer par les associations vraiment utiles, car on est évidemment plus avancé en obtenant immédiatement cellesci par la simple pratique. Les travaux remarquables du