I- ECOLE FRANÇAISE
logiste sans microscope? Comment jugerait-on un chimiste ou un physicien n'apportant à l appui de ses lois hypothétiques que des opinions et des présomptions ? Ne le renverrait-on pas à son laboratoire en le priant de revenir avec des preuves palpables.
En matière de physiologie et surtout d’éducation il faut agir de même. Je me rappelle un fait qui m’a profondément frappé. Meissonnier venait quelquefois visiter le laboratoire de la station physiologique dont j’étais alors le chef des travaux. Les études sur la locomotion du cheval l’intéressaient beaucoup. Marey, convaincu que 1 œil avait épuisé ses ressources dans 1 analyse du mouvement des animaux, avait recours a la chrono-photographie pour voir exactement ce qui se passait dans la nature. On ne pouvait accuser ces procédés précis d’inexactitude ; pourtant, lorsqu’on en montra les résultats au grand artiste il se fâcha en disant : <•< Quand vous me montrerez une photographie représentant le cheval comme je l’ai vu et comme je le dessine, je vous dirai : votre appareil est bon, sinon je l’accuserai de voir faux. ;;
Meissonnier comme artiste avait raison, jamais il n’avait vu le cheval comme le montrait l’analyse chrono-photographique, cette analyse ne lui donnait point du tout l’impression du mouvement; comme savant il avait tort, puisque jamais le cheval n’avait eu l’attitude qu’il reproduisait.
Il était victime de l’erreur due à l’imperfection du sens de la vue. Si des observateurs de la valeur de Meissonnier ont pu se tromper quelle certitude faut-il attendre des yeux myopes des observateurs superficiels.
Le problème de l’éducation est pourtant autrement com- • plexe que l’analyse d’une allure de cheval, il faut donc prendre les plus grandes précautions avant d’affirmer quelque chose et vous voudriez le résoudre à priori, vous vous estimez intangible c’est-à-dire infaillible ; votre opinion devrait prévaloir sans preuves, c’est là une prétention inadmissible du moment que vous ne nous apportez pas des garanties sérieuses par une méthode de travail positive et une réelle connaissance de la vie. Les indignations et les colères dissimulent mal la confusion de vos idées, elles indiquent
PHASE DE TATONNEMENTS
que nous avons touché juste en vous demandant des preuves, elles ne valent pas le. plus petit argument précis.
roui cet édifice imposant ne repose en définitive sur rien ; e Problème l’éducation physique n’est pas résolu et ja-
Fig. 53.
- EIève de 1 (“cote de Lorient vu de dos (méthode éclectique française).
intiment au ' iLYdele ^ V''°n e“ fe''a ""e °^ire de î . . L soumettre au contrôle de h mé
‘ des bexper;menlale- la se"'« valable en biologie. S’arrêter des bavardages sans portée, c’est reculer le moment oùîa
242 l’école française
vérité se fera jour; c’est diminuer d’autant ia confiance dans la science, confiance déjà fortement ébranlée par les tâtonnements et les affirmations erronées des prêtres de la pseudo-science.
L’étude expérimentale des effets de l’exercice s’impose donc comme le seul moyen de sortir de cette impasse.
Il faut pour cela des locaux appropriés, des sujets d’expérience, des instruments de recherche et des fonds. Tout cela a été réalisé par le ministère de l’Instruction publique dans le laboratoire de Marey et ensuite par le ministre de la guerre dans le laboratoire de Joinville.
Puis, brusquement, ces moyens d’étude nouveaux qui portaient déjà leur fruit sont supprimés ; on les fait passer des mains de l’inventeur entre des mains inexpérimentées. Une forte somme d’argent, employée dans ces installations, est ainsi perdue. On se permet de porter sur la technique expérimentale qui a fait ses preuves un jugement léger et on la condamne sans examen et sans compétence en nous disant : « Nous n’avons pas besoin de tout cela, nous savons où est la vérité : à Stockholm ! « L’esprit scientifique est-il incompatible avec l’esprit militaire? Nous ne le croyons pas; cependant cette manière d’agir pourrait nous le faire supposer, du moins dans le cas présent.
La science et l’éducation doivent cependant être à l’abri des fluctuations de la politique ; l’introduction des connaissances scientifiques dans le haut commandement ne peut que donner du poids à ses décisions, tandis que le mépris des lois naturelles est la source des plus grandes erreurs.
On n’avait vu dans mes travaux de laboratoire qu’une seule chose : ils gênaient le dogme suédois et peut-être aussi ceux qui s’en faisaient un marche-pied ; cela paraissait une raison suffisante pour les supprimer. Si les créations qui en sortaient avaient quelque valeur, il était loisible d’en dépouiller l’auteur par ia suite. Comme ce qui est clair pour le ministre d’aujourd’hui peut être obscur pour le ministre de demain, la marche du progrès se trouve ainsi toujours retardée.
PHASE DE TATONNEMENTS
Fl°- 5'J- ~ Elève (le rEcole ^ Lorient développé par h méthode française.
l’école française
Mais on aura beau faire, les vérités ne sont jamais perdues, la France nous délivrera encore une fois du joug de la scolastique étroite et des dogmes de ces métaphysiciens d’un nouveau genre. Cela tournera à la confusion de ceux qui voilent la lumière avec des affirmations erronées et s'efforcent d’arrêter un mouvement généreux qui n’est pas à leur profit.
J’ai créé trois laboratoires admirablement organisés : la station physiologique, le laboratoire de Levallois-Perret où j’ai fait le cinématographe, et le laboratoire de Joinville. Ces laboratoires ont disparu ou végètent au moment où ils donnaient les résultats les plus concluants. Nos travaux ont servi de modèle aux étrangers et j’entends souvent dire par ces derniers qu’il n’y a rien à voir en France. Peut-on imaginer quelque chose de plus navrant pour celui qui a été l’initiateur et à qui on a enlevé ses moyens de recherches ?
La méthode française est celle de l’avenir, elle a sa base positive dans la nature elle-même. Loin de vouloir s’imposer, elle livre ses résultats au contrôle expérimental ; elle n’est pas intangible mais évolue continuellement vers un degré de perfection de plus en plus avancé ; elle admet un remaniement et une adaptation incessants, imitant en cela tout ce qui existe et tout ce qui vit. Elle apporte une clarté nouvelle au lieu de nébuleuses affirmations et combat ainsi l’esprit de scepticisme et d’indécision, source de tout le mal ; elle remplacera donc la vieille église suédoise ébranlée dans ses fondements.
PHASE DE TATONNEMENTS
Tableau résumant le parallèle entre 1 Ecole Française
et le système suédois.