I. L'exaltation imaginative
Elle reproduit à un degré moins accusé le délire de rêverie du schizophrène.
Mêmes causes : Comme pour le schizophrène, il s’agit d’une rêverie de compensation. La vie n’apporte pas à l'adolescent ce qu’il désire (désirs irréalisables ou que la société réprouve). Se trouvant frustré dans ses espérances, il se réfugie dans le rêve, rêve merveilleux, où il joue le rôle qu’il veut dans un monde qui lui plaît. Ces rêveries qu’il cache (car il sait combien elles vont à l’encontre du réel et du bon sens le plus élémentaire), il les déclenche volontairement, les laisse se développer, soit en un roman unique, se suivant logiquement, assez bien coordonné, soit en de nombreux romans ébauchés, incohérents, constamment renouvelés. La littérature romantique abonde en récits rappelant les rêveries du pubère ; souvent, d’ailleurs, elle met en scène des jeunes gens qui présentent une exaltation imaginative analogue à celle que nous décrivons (Werther, René, etc..). On pourrait dire que les romantiques avaient la mentalité pubère, et c’est pourquoi cette littérature plaît tant à cet âge. Passé 20 ans, Paul et Virginie, Chateaubriand, Vigny, Musset perdent pour nous une partie de leur charme.
Mêmes thèmes : Comme la rêverie schizophrénique, la rêverie de l’adolescent peut être érotique ou mégalomaniaque.
Elle est souvent mégalomaniaque : le rêveur se voit beau, admiré, couvert de gloire, champion du monde, inventeur, explorateur célèbre, ce qui est parfois en contradiction avec la carrière qu’il prépare de son plein gré.
Georges Dumas a signalé, chez les élèves d’un collège parisien, ces rêveries mégalomaniaques, à la limite du délire, car ils ne sont pas loin d’y croire, parfois.
Cette exaltation imaginative est souvent aussi érotique et peut associer les deux facteurs.
Ces rêveries érotiques peuvent être chastes. Les jeunes gens rêvent de jeunes filles, d’amours platoniques ; parfois, et coexistant souvent chez les mêmes sujets, les rêveries érotiques sont d’une crudité extrême, réalisant souvent les désirs sexuels que ne peut satisfaire ladolescent du fait de son émotivité ou de la censure exercée par son éducation antérieure ou le milieu social dans lequel il vit.
Chez les filles, les thèmes sont analogues, associant souvent érotisme et mégalomanie, sous la forme de soupirants riches, beaux, titrés. Il s’y ajoute parfois un thème spécial, celui des enfants.
Il faut rattacher aux rêveries érotiques les réveries mystiques. C’est d’ailleurs souvent à cet âge que se dessinent des pseudo-vocations. BOREL et G. ROBIN font remarquer que, souvent, ce désir de claustration traduit seulement un besoin d’intériorisation, ce manque d’intérêt pour le monde extérieur au profit du rêve.
Cette rêverie du pubère ressemble donc, on le voit, à la rêverie du schizophrène. Cependant, elle en diffère par certains points : tout d’abord, il n’y a pas délire à proprement parler : l’adolescent sait qu’il s’agit de rêveries, il ne croit pas à leur réalité (bien que, parfois, la limite entre rêve et délire soit subtile).
— D'autre part, cette rêverie n’empêche pas son activité sociale, du moins ne l’entrave que dans une faible mesure. Son état est compatible avec une vie normale.
— Enfin, cet état de rêverie s’atténuera dans les années qui suivront, puis disparaîtra chez la plupart des individus, quand sera arrivé l’âge adulte. Chez les uns, elle sera fugace. Chez d’autres, elle durera des années, ou même elle persistera à un degré quelconque toute la vie pour se réveiller parfois en délire à un moment.
Mais, pourrait-on dire, cette exaltation imaginative n’est pas nouvelle chez le pubère. Elle existait déjà chez l'enfant. Tous les enfants sont imaginatifs : la puberté n’a rien apporté à ce point de vue à l’adolescent.
Il est exact que l’imagination est très développée chez l'enfant. DUPRÉ a montré que cette activité mythique