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en eux toutes les prédispositions à ces tendances. » (L'introduction à la psychanalyse).
La vérité, en effet, paraît être entre les deux extrémes : la constitution n’est ni un bloc rigide, indéformable, ni la résultante unique d'événements affectifs.
On peut, semble-t-il, avancer deux faits :
— le caractère est, dans une certaine mesure, modifiable dans l’enfance ; comment ? en développant les tendances faibles qui encadrent la tendance trop forte qui, par son hypertrophie, empêche l’adaptation normale et spontanée au milieu. Cette réforme nous paraît impossible à effectuer après la période pubère ;
— la puberté ne modifie pas le caractère. Elle n’ « arrange » rien ; elle aggraverait plutôt.
Ces conclusions, nous les déduisons de l'observation des déséquilibrés du caractère que nous avons eu l’occasion d’observer dans les consultations de neuro-psychiatrie infantile.
En effet, ici encore, c’est l’étude des cas pathologiques et des troubles morbides du caractère qui nous paraît la plus démonstrative, car elle montre, hypertrophiée, démesurément grossie et facile à étudier, chacune des dispositions qui constituent le caractère de l'individu normal.
Nous envisagerons successivement, en étudiant la constitution du caractère, chacune de ces dispositions.
1° Nous étudierons d’abord la Constitution émotice, anxieuse, car on insiste, fréquemment, sur l'apparition chez l’adolescent des signes la caractérisant.
Cest ainsi qu’on décrit l’adolescent comme un être scrupuleux, tourmenté par de nouvelles aspirations et des désirs nouveaux, inquiet de ce que lui réserve l'avenir qu’il connaît mal et qu'il craint.
On fait aussi remarquer avec raison, à partir de cet âge, la fréquence des états d’anxiété, voire même d’obsessions, absolument identiques à celles de l'adulte.
Ces idées obsédantes sont presque toujours d’ordre érotique, ou sont le symbole d’une préoccupation érotique plus ou moins évidente. La timidité maladive de certains jeunes gens, leur peur de rougir, l’obsession de la pureté, le lavage incessant des mains, sont des obsessions dont le noyau est toujours un complexe sexuel.
Les SRE
Il faut en rapprocher les obsessions religieuses, souvent associées d’ailleurs.
Et toutes ces obsessions douloureuses évoluent sur un fond permanent d'incertitude et d'insécurité. « Ils restent sans interruption sous l'empire d’une sorte de gêne psychique qui se traduit, dans les circonstances multiples de la vie quotidienne, même les plus futiles, par des états divers d’appréhension, de crainte, de doute, de scrupule, d'hésitation ou d’impulsivité. »
Il est certain que beaucoup de ces obsessions apparaissent ou s’accusent à la puberté. Mais elles ne sont pas créées par elle .
Tout d’abord, on retrouve pratiquement toujours dans les antécédents familiaux des cas d’obsession. Il y a toujours un oncle, un parent plus ou moins proche qui a présenté des obsessions. II y a là une hérédité similaire indiscutable.
D'autre part, toujours, on retrouve sur ces sujets, si on les a observés auparavant ou si on examine attentivement les antécédents personnels, les signes de la constitution hyperémotive. Ils étaient, ces adolescents, inquiets dès l’enfance, scrupuleux, émotifs. Bref, ils présentaient les signes de la constitution hyperémotive.
JUQUELIER dit avec raison : « Avant l’adolescence, on remarque souvent déjà des signes caractéristiques, traduisant l’émotivité anormale, les scrupules excessifs : tel petit enfant n’ose bouger de son lit parce qu'il redoute d’être mordu par un serpent, à la présence duquel il ne croit guère ; tel autre, précocement scrupuleux, veut recommencer un voyage pour aller porter quelques sous à un marchand qui s’est trompé en lui rendant la monnaie », etc.
On sait que les psychanalystes font remonter à la petite enfance l'origine des obsessions. C’est en face d'une situation rappelant un complexe érotique mal liquidé qu'apparaît l’obsession. Quelle que soit la vérité, on retrouve toujours dans l’enfance des signes d'hyperémotivité. Parfois même, on retrouve des obsessions typiques.
SÉGLAS, dans ses leçons cliniques, rappelle que les obsessions seraient plutôt impulsives dans l'enfance, émotives à la puberté, intellectuelles ensuite.
Se
Il n’est pas certain que ces distinctions soient légitimes.
Un certain nombre d’obsessions ont été publiées chez des enfants. Elles semblent plus fréquentes qu’on ne tend à le croire.
Voici, à titre d'exemple, l'observation d’un enfant de 9 ans 1/2 qui présente des obsessions depuis l’âge de 5 ou 6 ans. C’est d’ailleurs le cas typique d’obsession le plus précoce que nous ayons observé.
Le jeune L... Félix, âgé de 9 ans 1/2, est amené à la consultation le 14 mai 1926 pour la phobie de la masturbation.
Son père et sa mère sont bien portants. Un frère de la mère a présenté des obsessions à l’âge de 14 ans.
Le petit Félix a trois frères et sœur bien portants.
Son développement a été normal jusqu’à 8 mois. Il a présenté à cet âge une crise convulsive.
Entre 4 et 5 ans, il a commencé à se masturber. On l’a grondé, « corrigé », et on lui a défendu absolument de toucher à ses organes génitaux.
Il a cessé la masturbation.
Entre 5 et 6 ans sont apparues les obsessions. Il est difficile de dire si elles sont apparues immédiatement après l’arrêt de la masturbation, car ce n'est pas dès leur apparition, mais quelque temps après qu'il s’est confié, non à sa mère, mais à sa tante. Il a peur, lui a-t-il dit, de toucher ses orgares génitaux, Il a peur de le faire malgré lui (car il semble qu’il le désire), peur de le faire sans s’en apercevoir. Il n'ose plus aller seul aux cabinets, car il faudrait toucher sa chemise (trop proche de ses organes génitaux). (On voit ici combien s’explique facilement la phobie de la chemise qui, isolée, pourrait paraître absurde et sans rapport sexuel). De plus, malgré ses précautions, il se demande constamment s’il ne l’a pas fait involontairement. Il ne peut s'endormir le soir à cause de cela.
Il a, d’ailleurs, semble-t-il, recommencé depuis peu la masturbation, par une contradiction apparente.
Cet enfant, très intelligent, puisqu'il a à 9 ans 1/2 un niveau mental de 12 1/2, présente des « stigmates de dégénérescence ». Il a un gros front, des dents suspec-
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tes, une voûte ogivale, des malformations auriculaires. Les organes génitaux sont petits. Il est instable, émotif et imaginatif.
Comme on le voit, les obsessions peuvent apparaître bien avant la puberté, car cette observation n'est pas unique. |
Sarf. Marcel, âgé de 14 ans, est amené par ses parents. Il y a deux ans, il leur a avoué pour la première fois avoir des obsessions qui semblent remonter d’ailleurs à de nombreuses années.
A 12 ans, il a présenté une crise obsessionnelle d’une durée d’un mois.
Il avait la phobie des cercueils, des grosses pierres. Il présentait des obsessions-types. En effet, chaque mot injurieux ou dégradant qu’il entendait ou pensait s’associait, malgré ses efforts, au nom de ses parents : par exemple, père portefaix, père ignorant. Il associait également des noms de bêtes.
Cet état s’accompagne d’angoisse : il se plaint d’avoir « une espèce de poids sur la poitrine ».
A cet âge de 12 ans, il raconte à ses parents qu’il a des idées analogues depuis longtemps, mais qu’il n’osait l'avouer. Il manifestait souvent sa tristesse pour qu’on interroge, mais jamais on ne lui a posé les questions nécessaires. Et ses parents confirment qu’à 5 ans, il était déjà scrupuleux à l’excès, « malade imaginaire ».
Actuellement, depuis 4 mois, à la suite d'examens fatigants, il a de nouveau des obsessions. « Il ne peut écarter des idées malsaines, dégoûtantes. » Les mots de : poils, sang, graisse féminine, toutes ces idées appliquées à la femme occupent malgré lui son esprit. Tout mot qu’il entend évoque des idées d'organes génitaux.
Il a la phobie de rester seul avec son père et sa mère. Il faut tous les soirs qu’un membre de la famille vienne chez eux. Il ne peut supporter l’idée de voir des filles. Il est hostile envers sa mère, l’injurie, la traite de bête, imbécile, mais pleure quand on l’en sépare.
Toutefois, s’il est constant, nous le répétons encore, de trouver chez ces sujets tout un ensemble constitutionnel datant de l’enfance, il faut reconnaître que, bien souvent, les obsessions semblent se déclencher à la
puberté. — Deux facteurs nous paraissent, à ce point de vue, être en jeu :
D'une part, cette apparition est parfois plus apparente que réelle, ou du moins la brutalité du début est exagérée. L’enfant sait mal extérioriser son angoisse, exprimer des faits abstraïits, alors que l’adolescent, avec son niveau intellectuel élevé, son degré accusé d’introspection, les rend plus évidents à l’entourage. Bien des peurs de lenfant paraissent apparentées à l’obsession, telle cette phobie de l’obscurité, poussée à un degré extrême chez certains. On trouve aussi chez de nombreux enfants des « obsessions >» — on peut dire le mot — de cambrioleurs, d’être malfaisants placés sous leur lit, obsessions les empêchant de dormir, horriblement angoissantes. D’autres fois, ces enfants présentaient des scrupules divers, ce qui représente une forme atténuée de l’obsession, et, entre la folie du doute et les faits dont nous venons de parler, il n’y a peut-être que des nuances.
D'autre part, la puberté, par ses transformations physiques et sociales qu’elle apporte, peut jouer un rôle provocateur, au même titre qu’une infection passagère asthéniante ou le déséquilibre de la ménopause. L’apparition en particulier des désirs sexuels caractérisés, précis, par la lutte qu’ils occasionnent avec les contraintes ou préjugés sociaux, avec tout ce que l'éducation a inculqué au jeune être contre ces désirs, semble une cause déclenchante d’une importance extrême.
Le changement de vie, les décisions multiples à prendre, le passage de la vie familiale pleine de quiétude et de régularité à la vie sociale faite de luttes et d’incertitudes, contribue aussi, par l’inquiétude qu’elle crée, à favoriser l’apparition des obsessions sur un terrain taré.
Ainsi, nous pouvons conclure :
— que les obsessions s’exagèrent, apparaissent ou prennent un aspect nouveau dans la majorité des cas (encore n’est-ce pas constant) ;
— mais que ces obsessions, la puberté ne les a pas, comme on pourrait le croire à un examen superficiel, créées de toutes pièces. Elle a favorisé leur apparition, elle a concrétisé, en quelque sorte, l’émotivité préexistante.
2 Ce que nous venons de dire, nous pourrons le répéter pour un des troubles du’caractère les plus fréquemment observés dans les consultations d’enfants anormaux : l'instabilité ; on peut dire «qu'avec la débilité mentale, l'instabilité fait le fond des consultations de neuro-psychiatrie infantile.
Ces enfants sont souvent vus à l’âge pubertaire pour la première fois. Ils font des fugues, partent de chez eux et restent absents des jours et des nuits entières, parfois voyageant sans billet ou, avec ce goût des instables pour la mer, tentent de s’embarquer, clandestinement, comme mousses. Ils changent constamment de places et de patrons, et alors, la famille ou le tribunal des mineurs (car leur vagabondage les y a fait comparaître) fait pratiquer un examen médical.
Tous ces troubles, donc, semblent être apparus avec la puberté. Celle-ci paraît avoir apporté au jeune homme ce goût de liberté, de changement, entièrement nouveau. En réalité, la puberté ne leur a donné que des possibilités nouvelles de démontrer une instabilité de toujours. Dans la petite enfance, leur trouble a pu passer inaperçu, mais il est devenu net dès que l’enfant a commencé sa vie sociale, dès qu’il est allé en classe. Au lieu de faire les fugues qu’ils réalisent maintenant, ces sujets faisaient l’école buissonnière, étaient turbulents en classe, où ils étaient une cause de gêne, sans cesse en mouvement, incapables de fixer leur attention un temps notable sur le même sujet.
Voici, par exemple, l’observation succincte d’un enfant instable ; à son instabilité se joignent d’ailleurs quelques éléments pervers, puisqu'il a commis un vol important :
1. Lev. Robert a été vu à la consultation de neuropsychiatrie infantile pour la première fois à l’âge de 9 ans, en 1925. Il est amené pour des troubles du caractère : il est instable en classe, insupportable, incapable de fixer son attention. Il est, par ailleurs, méchant avec ses petits camarades. Il pratique de menus vols au détriment de sa mère. Est peu affectueux.
Son niveau mental est normal.
Le pronostic porté est médiocre. On conseille le place-
= Aie
ment à l’école Théophile Roussel. Cette proposition est repoussée par les parents.
Le jeune Robert a été revu une seconde fois à la même consultation, envoyé par le tribunal des mineurs pour examen médical après un vol effectué dans un grand magasin. 11 a alors 18 ans. Son intelligence est normale (niveau mental : 15 ans), mais ses connaissances scolaires frustes (10 ans environ). Il a fait de nombreuses places depuis sa sortie de l’école, n’y est jamais resté plus d’un mois, ne s’y plaisant pas pour des motifs variés, et tâtant successivement de diverses professions. Il fait des sorties nocturnes. À quitté ses parents et vit en hôtel depuis 2 mois. C’est durant ce séjour qu’il a commis un vol, qui a motivé son arrestation. On voit qu'il était possible, d’après les motifs qui ont fait amener l’enfant à la consultation à l’âge de 9 ans, de prévoir ce qu’il réaliserait, pubère.
2. Mal. Louis est envoyé en juillet 1926 à la consultation par son instituteur pour son instabilité en classe.
Il a 8 ans 1/2, n’apporte aucune attention à la classe, y rit, remue, fait souvent l’école buissonnière. Il fait de menus vols à sa mère (chocolat, sucre) qu'il distribue d’ailleurs aux camarades. Il est menteur.
Il n’y a pas de débilité intellectuelle. Niveau mental : 9 ans. Il revient au Patronage, placé par le Tribunal à la suite de grivèlerie, puis de tentative de suicide. II a 18 ans. Il a fait de nombreuses fugues depuis 4 mois (le trouble du caractère paraît donc récent). C’est au cours de la dernière qu’il a commis un vol ayant motivé son arrestation.
Il est pubère. À eu des rapports sexuels.
Une de ses fugues a été provoquée par le désir de retrouver une femme.
On voit combien, ici (pour qui ne connaîtrait pas les antécédents de ce garçon), les troubles du comportement peuvent paraître conditionnés par la puberté : apparition des fugues il y a 4 mois, influence féminine. Si nous n’avions pas connu ce sujet auparavant, la famille nous eût, plus ou moins sciemment, trompé sur son compte, et n’aurait pas signalé les troubles de la conduite en classe, l’école buissonnière,