‹ Évolution des troubles de l'intelligence et du caractère à la pubertéChapitre 22 sur 33 · LE AA · texte numérisé non relu

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3. Sab. Robert, âgé de 16 ans, change constamment de places, ne restant pas plus de 2 ou 3 mois dans la même. A fait récemment une fugue de 3 jours, après avoir dérobé une petite somme à sa famille. Mendicité au cours de cette fugue. Puberté acquise.

Nous n’avions pas observé ce sujet dans l'enfance, mais l’interrogatoire de la famille révèle son instabilité en classe, et, ici encore, l’école buissonnière fréquente.

Très souvent, ces instables sont par ailleurs des imaginatifs, des mythomanes, chez qui persiste, anormalement longtemps, l’activité mythique de l’enfant. Ils veulent réaliser les exploits rêvés, partent à l’aventure, réalisant la « fable en marche » décrite par DupPré. Il est classique de rappeler que les fugues de l’enfance et de l’adolescence de J.-J. Rousseau furent des fugues de ce type ; car il fut un grand instable, et d’une famille de fugueurs : son frère, son cousin et son père le furent.

3° La cyclothymie. — On peut voir aussi chez les jeunes gens et jeunes filles, à la période de la puberté, des accès de dépression et d’excitation.

La crise de mélancolie peut être entièrement réalisée avec la dépression, la douleur morale, l’asthénie, l’idée d'incapacité, de culpabilité, de dépréciation, l’insomnie, l'anxiété, l’idée de suicide.

Il faut d’ailleurs connaître la fréquence des accès de mélancolie de la puberté pour comprendre les nombreux suicides des adolescents. Le « vague à l’âme », le dégoût de la vie, l’attitude fatale et romantique de certains adolescents ne sont souvent que la manifestation d’une crise de dépression mélancolique ou de l’état de spleen, qu’a bien décrit LE SAVOUREUX dans sa thèse.

Dans d’autres cas, c’est un état d’excitation hypomaniaque avec agitation, turbulence, goût du jeu, facéties agaçantes, bavardage expansif, gaîté excessive, projets ambitieux, fugues ou départs pour des voyages lointains : érotisme.

Ces manifestations de dépression ou d’excitation périodique sont identiques chez les adolescents à ce qu’elles seront ultérieurement chez les adultes. Ce serait toutefois une erreur de penser qu’elles sont créées de toutes pièces par la puberté. Excitation et dépression sont les symp-

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tômes d’une cyclothymie qui s’est déjà manifestée chez l'enfant, à l’école, par des périodes de ralentissement dans le travail ou de turbulence. DELMAs (Rapport au Congrès de Neurologie et Psychiatrie de 1932), aurait même posé un diagnostic de cyclothymie beaucoup plus: tôt, dans la première année de la vie, par les alternances de gaîté et de tristesse que présentait un nourrisson ! Son diagnostic s’est trouvé confirmé, par l’apparition d’un accès de manie typique, à l’âge de 20 ans. Les crises d’excitation ou de dépression paraissent s’être produites à la puberté, mais elles eussent aussi bien pu se produire plus tard. Il n’est pas prouvé que l’apparition d’accès franc se fasse plus fréquemment à la puberté qu’à un autre Âge. Mais, quand elles apparaissent à cet âge, on les remarque volontiers et on les attribue à l’influence de la puberté, parce qu’il s’agit là d’une notion classique.

Beaucoup de malades font leur première crise après la quarantaine. L'influence invoquée à ce moment d’une « crise génitale », faisant le pendant à la crise pubertaire, perd de sa vraisemblance quand certains auteurs, tels que Wozr, font remarquer que les sujets castrés ont, aussi fréquemment que les autres, des dépressions mélancoliques vers la période « ménopausique ».

Il est très fréquent, par ailleurs, de trouver des antécédents de dépression ou d’excitation chez les ascendants de première ou de seconde génération: car la cyclothymie est une maladie à hérédité similaire. Mais il est très remarquable que cette affection héréditaire se manifeste par une hérédité précessive, c’est-à-dire que la période de dépression ou d’excitation se produit chez l'enfant avant même qu’elle ait commencé à se manifester chez l’un des parents (LOGRE et HEUYER). C’est la série des modalités de la loi de dégénérescence, où la puberté ne joue pas dans l’apparition des accidents cyclothymiques un rôle plus important que les nombreuses causes exogènes qui peuvent être à l’origine d’une mélancolie apparemment légitime.

Voici une observation de dépression mélancolique, qui montre, dans les antécédents, l'existence d’excitation contrastant avec la mélancolie actuelle.

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1. Mar. Renée, âgée de 17 ans, réglée depuis l’âge de 14 ans, est examinée à la consultation de neuro-psychiatrie, le 2 mars 1926, après deux tentatives de suicides successives : tentative de noyade, non exécutée, et une pendaison avec début de réalisation. Elle est triste, pleure, se reproche d’avoir gâté sa vie, dit qu’elle s’ennuie toujours et voudrait mourir.

Cette dépression mélancolique est apparue, il y a quelques mois, dans les circonstances suivantes : étant à la campagne, chez ses parents, elle fait la connaissance d’un jeune homme, se sauve avec lui à Paris. Il l'y abandonne aussitôt et elle se livre pendant quelques mois à la prostitution, puis devient sombre et déprimée. Il est “probable qu’il y a eu, pendant cette fugue et cette période de prostitution, un épisode hypomaniaque.

Mais, surtout, on retrouve, dans les antécédents, des troubles de l’humeur au cours de l’enfance, troubles apparaissant par périodes.

Elle faisait, disent ses parents, de violentes colères dans l'enfance. Elle était souvent gaie, turbulente, impossible à calmer. Elle avait été en classe jusqu’à 13 ans et travaillait bien.

Il semble qu’il faille considérer ces périodes d’excitation comme de véritables accès hypomaniaques.

Voici quelques observations d’enfants non pubères, présentant des accès de dépression isolés ou alternant avec des accès d’excitation. Ces faits prouvent la possibilité de cyclothymie pré-pubère. Il serait intéressant, mais il ne nous a malheureusement pas été possible de savoir, si ces enfants ont fait des accès typiques plus tard.

2. Dup. Jean, 7 ans 1/2, est amené le 24 juillet 1926 pour des alternatives d’excitation et de dépression. Pendant des périodes de trois semaines à un mois, il travaille bien en classe, est excité, bruyant (parfois énurésique au cours de ces accès), puis il a des périodes de dépression, d’abattement, pendant lesquelles il ne travaille pas, se cache dans un coin en suçant son pouce. Ses mains tremblent ; il écrit mal pendant ces périodes, courtes, d’une durée de quelques jours. Grand’mère aliénée.

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3. Du. René, 11 ans, est resté au patronage trois mois (mai à août 1926) ; ne travaille plus bien en classe depuis quelque temps, ne sait plus compter, fait mal les commissions, semble ne pas comprendre ce qu’on lui dit. Il pleure souvent, rentre à la maison en demandant qu’on ne laisse pas entrer d’autres enfants : « ils l’embêtent », ne veut pas jouer. À dégoût de la vie. En voyant passer un enterrement, a dit qu’il serait heureux d’être à la place du mort. Reste à terre, inerte et tremblant. Refuse de manger parce qu’il sait qu’il a une maladie du cerveau (on lui a dit qu’il avait de « l’anémie cérébrale ») et qu’il veut mourir.

Guérison en trois mois environ. Dit qu’il n’est plus triste, qu’il ne serait plus malade.

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