Van den B., 12 ans. Niveau mental: 10-11 ans
A des périodes de gaîté : il joue alors au théâtre, invente des histoires, s’affuble de chiffons.
A d’autres périodes il ne veut rien faire, a des crises de larmes et de tristesse.
5. Laur. Pierre, 10 ans 1/2, est amené le 10 décembre 1926. A des périodes d’ennui. Il refuse alors de manger, dit qu’il veut se tuer.
6. Delet. Raymond, à 4 ans 1/2, en mars, pour dépression. Il dit qu’il voudrait être mort.
4° Les troubles épileptiques ou épileptoides du caractère (lenteur de l’idéation, impulsivités coléreuses) ne sont pas non plus sous la dépendance de la puberté. Ils accompagnent les crises convulsives épileptiques, et la question qui se pose est de savoir le rôle que joue la puberté dans l’apparition de lépilepsie. Or, la puberté ne crée pas de toutes pièces l’épilepsie.
Sur 33 cas d’épilepsie (dont nous avons pu noter les dates de début), observés en 1926, à la consultation du D' HEUYER, nous avons relevé les chiffres suivants :
— 2 cas ont débuté à 18 ans, coïncidant une fois nettement avec l'installation de la menstruation (deux à trois mois après). On n’a pas relevé la notion de convulsions de la première enfance chez ces deux sujets.
— 1 cas a débuté à 14 ans. Il avait eu des crises typiques de 5 à 7 ans.
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__ 3 cas entre 9 et 13 ans (10, 11 et 13 ans). Le cas de 13 ans était un garcon nettement pubère quand il a été vu, à l’âge de 16 ans.
— 18 cas, les plus nombreux donc, ont débuté entre 1 et 9 ans. Plusieurs n’ont eu des crises que de manière épisodique, 2 à 3 ans, par exemple. En aucun cas, la sédation des crises n’a coïncidé avec la puberté. Les sujets ont conservé leurs troubles du caractère après l'arrêt des crises.
— 6 ont commencé leurs crises dans la première année. La plupart n’ont pas cessé de présenter des crises typiques. Quelques-uns n’ont plus de crises, mais conservent des troubles épileptoïdes du caractère.
— Enfin, les trois derniers cas sont apparus après fracture du crâne ou trépanation, à 2, 12 et 16 ans.
Il est à remarquer que, de ces trois sujets, les deux derniers (seuls de tous les cas) ne présentent pas de troubles du caractère. Or, la première de ces épilepsies concerne une fillette de 2 ans, d’une famille très tarée, qui présente des troubles du caractère peut-être d’origine non-comitiale.
La question de l’hérédité épileptique est discutable. Si elle ne peut être entièrement niée, puisqu'on rencontre l’hérédité similaire dans 7 à 9 % des cas (Voisins, Heuyer et Vogt), il semble qu’il s’agisse plutôt de l’hérédité de cause que de l’hérédité de l’épilepsie elle-même.
La fréquence des convulsions au cours de la première enfance dans les antécédents de l’épilepsie montre bien que, lorsque l’épilepsie se produit à la puberté, celle-ci n’agit que comme une cause occasionnelle accessoire ; d’ailleurs, beaucoup de ces crises sont plus tardives et apparaissent entre 20 et 30 ans. Nombre d’autres, au contraire, n’attendent pas la puberté pour se produire. D'ailleurs, on peut observer parfois dans l'enfance, indépendamment des crises typiques, des troubles équivalents qui, lorsqu'ils sont très accentués, peuvent faire prévoir des crises typiques ultérieures. M. PAUL-BONC@UR fait ainsi remarquer la fréquence des « absences » méconnues chez les enfants, et aussi la possibilité d’accès de colères violents, impulsifs, non motivés, ou tellement disproportionnés avec la cause insignifiante, qu’il faut
les distinguer des autres accès de colère et en faire parfois de véritables équivalents de la crise épileptique.
Voici un cas qui illustre cette manière de voir :
Des. André a été suivi à la consultation de 11 à 19 ans1/2.
Il a eu des convulsions dans sa première enfance, a présenté de l’énurésie jusqu’il y a 3 mois. Il n’a pas de crises ; cependant, une fois par mois environ, il devient rouge quelques instants ét paraît obnubilé. On ne peut, devant ces troubles, porter le diagnostic d’absences.
Cependant André présente des troubles du caractère, qui, eux, ont tous les caractères de l’épilepsie : il est violent, coléreux sans raison, impulsif. L’idéation est lente. Masturbation.
Le sujet est suivi très régulièrement : à 11 ans 1/2, 15, 16, 18, 19 ans. 5 ans après le début de l’observalion, vers 16 ans, il commence à présenter des crises typiques ; d’abord rares, elles deviennent de plus en plus fréquentes, Diurnes et nocturnes, s’accompagnant de troubles du caractère qui ne cessent de s’aggraver, elles nécessitent l’internement en 1934, à 19 ans 1/2 (bris d'objets, menaces de suicide et d’homicide, simulation de crises, échecs de tous les placements).
5° Plus important peut-être est le rôle de la puberté dans certaines attitudes d’orgueil et de révolte, fréquentes à l’adolescence. Cet âge est celui de la présomption, de la vanité, de la lutte contre les principes établis. Tout adolescent est plus ou moins un paranoïaque. La personnalité s’hypertrophie et le jeune homme se croit volontiers le centre du monde : d’où la difficulté pour lui de supporter les disciplines familiale et scolaire. La révolte contre l’autorité patronale ou sociale, le choix des opinions politiques extrêmes, le goût de la vie indépendante, de la liberté, quelquefois la fugue, constituent ce que JorFROY et Dupouy ont appelé la paranoïa ambulatoire. Dans ces troubles du caractère entrent sans doute, pour une bonne part, les modifications de l’intellectualité que nous avons signalées plus haut. L’intransigeance, les opinions extrêmes, la révolte contre toute contrainte découlent naturellement de la conscience
qu'il a du caractère impeccable, indiscutable, de ses raisonnements, de sa logique.
Comment ne pas se croire un être supérieur quand on a découvert, d’aussi fraîche date, combien on savait manier habilement les idées et les théories ?
Aussi cette attitude de rébellion semble-t-elle plus fréquente chez le garçon, où l’esprit de logique est peutêtre plus développé.
En réalité, quand ce trouble du caractère prend vraiment une forme grave et devient une gêne pour l’adaptation sociale, il est fréquent de retrouver, dans les antécédents : soit une hérédité similaire, soit des conditions familiales qui ont prédisposé à cette forme de la réaction d'opposition, soit, plus souvent, une combinaison de ces deux facteurs.
Nous possédons l’observation d’un enfant de 7 ans 1/2, paranoïaque, ou du moins d’une méfiance extrême, fils d’une mère internée depuis quelques jours pour psychose interprétative. On pense à l’hérédité similaire. Mais cet enfant a vécu, jusqu’à son internement, avec la mère qui, veuve depuis plusieurs années, ne sortait pas, s’enfermait chez elle et ne nourrissait l’enfant et elle-même que de pain et d’eau. Il est bien délicat de discerner l’importance respective de la tendance innée et de la culture de cette tendance par la mère. En tout cas, ces tendances paranoïäques, qu'elles soient héréditaires ou acquises, précèdent la puberté.
Voici une autre observation d’un enfant paranoïaque pré-pubère, paranoïaque grave, puisqu'il a été examiné pour une tentative de meurtre. Cette observation montre nettement que ses dispositions paranoïaques existaient déjà depuis longtemps.
C. Marcel, âgé de 13 ans, est fils d’un alcoolique brutal qui battait sa femme et l'enfant, et qui a quitté sa famille, il y a 3 ans, pour s’engager au Maroc.
La mère, normale, est bien portante. Elle n’a pas d'autre enfant.
Marcel a toujours été, dit sa mère, « très renfermé, violent, boudeur, entêté, révolté, méfiant à l'égard de tout le monde, orgueilleux, voulant partout être le premier et ne supportant aucune observation ». Pas affectueux avec sa mère.