CHAPITRE III
La sexualité à la puberté
« L'instinct sexuel, contrairement à ce qu’on a pensé si longtemps, n’apparaît pas tout formé, tel qu’il doit être à la puberté, telle Minerve sortant du cerveau de Jupiter. Une longue préhistoire est la sienne, et cette préhistoire, c’est justement l’évolution de la sexualité infantile. >» (Marie Bona4- PARTE).
Jusqu'à ces dernières années, on admettait que l’instinct sexuel « s’éveillait >» à la puberté, avec la faculté de procréation. On avait décidé que l’enfant normal ne présentait aucune manifestation sexuelle, et les faits en contradiction avec cette notion, considérés comme des exceptions, apanage d’enfants « pervers ».
Les psychanalystes ont affirmé, les premiers, semblet-il, que la sexualité tenait une place capitale dans la vie de l’enfant. Ils ont été amenés à cette théorie, non par l’observation directe de l’enfant, mais en remontant, par la psychanalyse, de la sexualité adulte à la sexualité infantile, ce qui fait qu’ils sont arrivés à homologuer (à tort ou à raison) à la sexualité des aspects de l’âme infantile qui nous paraissent n’avoir aucun rapport avec la sexualité. Comme le fait justement remarquer HEs- NARD, c’est plus une théorie qu’une constatation.
Plus récemment, d’autres observateurs ont étudié directement l’enfant, et on peut arriver, avec eux, semble-t-il, à cette conclusion :
La sexualité n’est pas créée de toutes pièces par la puberté, si on n’identifie pas sexualité et faculté de procréation,
Qu'est-ce, en effet, que la sexualité? La définition exacte en est particulièrement délicate, et les divergences entre psychanalystes et leurs adversaires paraissent, en partie, relever d’une définition différemment comprise de la sexualité. dt
Si on appelle sexualité tout ce qui se rapporte au désir de l’accouplement, entre deux êtres de sexe opposé, ou à l’accouplement lui-même, alors l'enfant n’a évidemment qu’une sexualité, peut-être pas nulle, mais très réduite. Mais on élimine alors des faits que nous sentons intimement méêlés à la sexualité : le baiser, la masturbation, les perversions sexuelles (qui se détournent justement du but final de la sexualité, l’accouplement entre deux êtres de sexe différent).
Si on rattache à la sexualité l’idée d’orgasme, on élimine d’autres faits évidemment sexuels (l’exhibitionnisme par exemple) et une partie de ceux énoncés plus haut.
Freud comprend la sexualité sous un sens très large, y rapportant presque tout ce qui, chez l’enfant, est propre à lui procurer du plaisir (se réservant, nous l’avons dit, de démontrer par des comparaisons et l’évolution de la vie psychique du sujet, les rapports intimes qu’ils auraient avec la sexualité adulte).
Il conçoit la sexualité infantile comme éminemment évolutive, se développant de la naissance à la puberté. « Loin de surgir toute faite, loin même de se développer, en restant semblable à elle-même, elle traverse une série de phases successives..., à l’instar du développement qui s'étend de la chrysalide au papillon. C’est ainsi qu’il distingue :
Un stade oral : phase digestive de l'instinct sexuel, où le principal plaisir est la succion du sein, plaisir qui peut être distingué de la satisfaction de nutrition, car l’enfant suce le sein sans soif, et le remplace plus tard par le pouce ou la sucette.
De ce stade, il persistera, chez l’adulte normal, le baïiser, ou, plus accusée et proche de la perversion, la tendance à la morsure. Et, dans le domaine purement intellectuel, certaines comparaisons digestives (« goùûter » un poème, etc.),