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En réalité, il semble bien difficile, dans une vie affective aussi indifférenciée que celle du nourrisson, de distinguer ce qui est passion nutritive, plaisir affectif et sexuel.
Puis viendrait le stade narcissique. « A 3 ans, dit-il, la vie sexuelle de l’enfant ne fait plus de doute » : l’enfant découvre son corps, ressent pour lui une attirance spéciale. D'abord diffuse, la sensibilité devient ensuite plus vive au niveau des organes génitaux. Et c’est ainsi que, palpant son corps, il y découvre cette zone érogène et peut passer à la masturbation, très fréquente de 3 à 7 ans. À 3 ans, l’érection devient possible. Ce stade < phallique » est passager, et cesse spontanément vers 7 ans, d’où l’arrêt fréquent de la masturbation à cet âge,
A côté de ces plaisirs physiques, l’enfant a présenté psychiquement un « complexe d’'Œdipe » physiologique. Très simplement réalisé chez le garçon, dont la tendresse va tout naturellement à la mère, dispensatrice des nourritures et soins agréables, il doit se reporter de la mère sur le père, pour la petite fille.
Vers 7 ans, chez l’enfant normal, le complexe d’'Œdipe se liquide ; l’enfant renonce en partie à la mère ou au père, consent au partage avec le conjoint. L’auto-érotisme aussi s’atténue : c’est la phase de latence qui va aller jusqu’au réveil pubertaire.
Réveil, et non éveil, car l’adolescent va se retrouver devant des sensations analogues à celles, oubliées, de son enfance. Son amour pour le père ou la mère, il va le transporter sur un étranger, et souvent, il recherche, dans cet étranger, quelques traits rappelant le parent chéri autrefois. C’est pourquoi s’expliquerait le goût des adolescents pour un partenaire plus âgé. Etape importante, lourde de conséquences, car l’être humain passe ici de la vie familiale à la vie sociale, collective, entraîné qu’il est hors de sa famille par l’attirance de l’être étranger, C’est aussi le début de la lutte, du travail désintéressé pour subvenir aux nouveaux besoins.
Ainsi cette étape, simple par elle-même, entraîne indirectement une transformation sociale du sujet qui joue un rôle important dans ses apparentes modifications psy-
chiques.
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Telle est, dans l’ensemble, pour Freud et ses continuateurs, la sexualité infantile, d'importance capitale, car de son évolution normale dépendra toute la vie sexuelle et affective de l’adulte.
Si l’évolution sexuelle est arrêtée à.un stade quelconque on arrive à des perversions sexuelles.
Car Freud fait remarquer très ingénieusement et très justement l’analogie qu’il y a entre perversion sexuelle et sexualité infantile.
Qu'est-ce, en effet, qu’une perversion sexuelle, sinon une sexualité se détournant de son but final : l’accouplement et la procréation.
Or, l’enfant, de par son organisme incomplet, ne peut se tourner encore vers ce but. Il cherche à satisfaire sa sexualité autrement, c’est-à-dire justement comme un pervers.
Un pervers, pour les psychanalystes, est un individu arrêté à un stade infantile de la sexualité. En est-il resté, par exemple, au stade digestif, il pourra être un sadique. Est-il arrêté au stade auto-érotique, il pourra être un homosexuel (recherchant chez l’autre le rappel de son propre corps) ou exhibitionniste (plaisir de sa nudité offerte. Cependant il existe une différence entre perversion sexuelle et sexualité infantile. Chez le pervers, la sexualité se centralise sur une seule tendance, une seule des manifestations de l’enfant. Au contraire la sexualité infantile ne présente ni centralisation, ni organisation, toutes les tendances partielles jouissant des mêmes droits.
« Tant que nous n’aurons pas compris ces formes morbides de la sexualité, dit Freud, il nous sera impossible de comprendre la vie sexuelle normale. » Ici encore, c’est par l’étude des formes anormales, pathologiques de la sexualité, qu’on arriverait à connaître le normal.
Cette étude, Marñon l’a tentée. Il se place d’ailleurs sur un point de vue différent de Freud. Alors que celui-ci fait une étude uniquement psychologique de l’individu, MarAñoON étudie les anomalies sexuelles par leur face biologique.
MarañoN, c’est le fait qui nous intéresse essentiellement, admet aussi la sexualité infantile : mais, contrai-
rement à FREUD, qui différencie bien déjà sexualité féminine et masculine dans l'enfance (complexe d'Œdipe), MARAñON fait remarquer l’ambiguité de la sexualité infantile. Comme ils se ressemblent physiquement : même voix, mêmes cheveux fréquemment bouclés, même tendance (qui persistera chez la fille) à la séduction coquette de l’être aimé qu’il désire asservir, ils ont même sexualité. Pour lui, d’ailleurs, aucun être humain n’est absolument homme ou absolument femme, La glande sexuelle serait une part de l’hormone contraire, et chaque être présente dans sa vie des degrés successifs de féminité ou masculinité l’emportant nettement.
Dans l’enfance, cette sexualité est presque neutre, ou très confusément indifférenciée, puisqu'on remarque tout de même une tendance vers la poupée ou le soldat de plomb (tendance, nous nous permettons de le remarquer, moins nette que ne le dit MarañoN, et d’ailleurs peutêtre créée de toute pièce par l’entourage).
Cette sexualité infantile est surtout, comme pour les psychanalystes, auto-érotique. MaRAñoN fait remarquer la rareté bien plus grande de la masturbation chez la fille que chez le garçon, rareté due à ce que la sensibilité reste plus diffusée à tout le corps chez la femme que chez l’homme.
Ce qui fait en partie l’originalité de la théorie de MARAñon, c’est sa conception de la sexualité à la puberté, chez le garçon du moins.
Chez la fille, en effet, elle se fait très simplement. La puberté apporte à la fille la maturité sexuelle, qu’elle parfait très rapidement (une femme de 20 ans est aussi femme psychiquement qu’elle le sera jamais). Cette maturité sexuelle consiste surtout psychiquement, en l’apparition de la libido, du désir sexuel, de la faim sexuelle qu’il définit : la force qui pousse l'individu à satisfaire son besoin sexuel.
Cette libido n'apparaît qu’à la puberté. (Quand on extirpe les glandes génitales avant la puberté, l'individu vit sans libido toute sa vie). L'instinct maternel acquiert alors une intensité maxima.
Par ailleurs, elle se modifie peu psychiquement et reste, au fond, une infantile : la femme, dit-il, s’est arrê-
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tée à un stade d’hypo-évolution par rapport à l’homme. Elle en conserve beaucoup du physique, la gracilité des formes et la fragilité, les cheveux longs et bouclés, la voix (qu’il compare à celle de l’enfant), et beaucoup de la mentalité ; instinct séducteur, tendances homosexuelles plus fréquentes (MaRAñoN fait remarquer la banalité des affections féminines ferventes et leur ressemblance avec l’amour normal hétéro-sexuel), et enfin, la rareté du plaisir sexuel chez la femme, de l’orgasme ; celui-ci manque très souvent chez la femme, dit-il, surtout dans la première partie de la maturité génitale. Il n’apparaît que vers la quarantaine, c’est-à-dire justement au moment où la femme tend à se viriliser. C’est à cette virilisation qu'il attribue l’apparition du plaisir sexuel, caractère masculin.
Un auteur italien, FERRARI, affirme aussi que l’insensibilité sexuelle est la règle chez les filles de 20 à 22 ans. Il se base sur une enquête, très minutieuse, qu’il fit auprès d’un certain nombre de filles de cet âge. Elles lui dirent n’avoir cédé à un amant que par amour, curiosité ou pour vivre une rêverie imaginative.
Il nous paraît bien difficile de se baser sur des enquêtes de ce type, quand on sait à quel point il est déjà difficile d'interpréter des statistiques et enquêtes concernant des faits concrets. Sur ces questions, les sujets mentent ou se trompent eux-mêmes avec la plus grande facilité ; il faudrait des confidences répétées, longuement observées du même individu, telles que peuvent en obtenir les psychanalystes, pour pouvoir conclure.
L'étape pubertaire est donc très simple chez la fille. Elle est au contraire très complexe chez le garçon. Celuici passe, en effet, avant de devenir viril, une phase féminoïde. Cette intersexualité féminoïde de la puberté serait nette chez 60 Z des garçons.
Physiquement, ils donnent une impression féminine, impression causée par l’adiposité qui se localise au bassin, à la région rétro-mamaire, par la peau satinée. MaARAñON fait aussi remarquer la topographie des poils pubiens chez le garçon adolescent, topographie à aspect féminin, triangulaire.
Psychiquement, et c’est ce qui nous intéresse, l’adoles-
cent est aussi à tendance féminoïde. La libido apparaît, comme chez la fille, mais elle est fréquemment indifférente. Il se sent indistinctement attiré par les deux sexes, d’où la possibilité d’amitiés passionnées, d’ailleurs souvent platoniques, pour un camarade.
Cette phase a une importance capitale au point de vue pédagogique. Etant donné, en effet, l’indifférenciation de la libido et l’existence, néanmoins, de cette faim sexuelle, l’adolescent est, plus qu’à toute autre période, sujet à subir l’entraîinement du milieu. C’est à ce moment qu’il peut devenir un perverti, par exemple homosexuel, sous l'influence de conditions extérieures défavorables. Les conditions extérieures ne suffisent peut-être pas à faire dévier de la sexualité normale un adolescent parfaitement normal. Mais nombreux sont les prédisposés qui, en l’absence de facteurs exogènes, d’influences mauvaises, auraient évité une perversion devenue définitive, ou à peu près, quand est passée cette phase d’indifférenciation érotique.
Cette phase féminoide plus où moins éphémène passée, l'adolescent entre dans sa phase virile, très tardive, on le conçoit.
Physiquement, il prend les caractères masculins que nous avons décrits en détail précédemment.
Psychologiquement, il devient hétéro-sexuel.
Nous avons vu que sa libido était déjà éveillée.
Elle se transfère maintenant sur l’autre sexe.
Tout d’abord, sur tout l’autre sexe, puis sur un type spécial d'individus de l’autre sexe. Enfin, très tard, l’instinct sexuel atteindra, chez certains seulement, sa perfection en se concrétisant sur un individu spécial de cet autre sexe. La monogamie représente ainsi pour Mara4ñon le plus haut degré de la sexualité.
Parfois, elle passe son but, l’homme différenciant à tel point un type féminin qu’il devient un idéal introuvable, inhumain, qu’il ne pourra découvrir de sa vie.
Pour MaraAñoN et pour nombre d’autres auteurs d’ailleurs, la différenciation sexuelle entre le psychisme féminin et masculin ne se borne pas seulement à des modalités de l’instinct sexuel. Il existe, au moral comme au physique, des caractères sexuels secondaires.