OBSERVATION XXII
Cancer de l'utérus. — Hystérectomie abdominale.
Récidive.
G... V., cinquante-neuf ans.
Cette malade habite Les environs de Paris et se livre à la culture. Peu de soins, ignorance des règles de l'hygiène. Elle a rarement pris des injections, on n’en prescrivait guère au temps où elle fut mère. L
Diagnostic d'autant plus facile qu'il s'est opéré un temps d'arrêtentre les règles et le retour des hémorragies actuelles.
Pendant cinq ans elle n'avait rien perdu par les voies génitales.
L'utérus est à peine augmenté de volume, mais il se produit un écoulement séro-sanguinolent à odeur forte, qui oblige la malade à porter constamment des linges de toile pour se garnir.
Le col est peu induré, il ne paraîtrait pas malade et le diagnostic ne s'imposerait pas, sans l'écoulement que je viens d'indiquer.
Ganglion légèrement hypertrophié dans les régions inguinales.
La malade a toute l'apparence d’une belle santé et elle est absolument décidée à se laisser opérer.
Je donne la préférence à la voie haute, parce que je crains
que le développement des ganglions de l’aine ne soit l'indice ® d'une lésion analogue dans le bassin.
Je fais la laparotomie abdominale le 14 mai 1904.
Tout se passe normalement, jusqu'au moment où je vais dégager le col; à ce moment la traction, pourtant modeste, exercée sur les pinces, détermine une rupture au niveau de l'isthme etje dois en un second temps libérer le col, après avoir enlevé la partie haute de l'utérus et les annexes.
Cette manœuvre est diflicile par la voie abdominale, faute de prise. Je tiens cependant à ne rien laisser du col.
En conséquence, après avoir vérifié l'hémostase et avoir constaté l'absence de ganglions, je ferme le péritoine et j'’interviens sur le vagin pour enlever Le pôle inférieur de l’utérus.
Tamponnement avec mèches de gaze stérilisée, pour assurer le drainage.
L'opérée sortit le 14 mai 1904. Un an après, elle avait une récidive dans la cicatrice même du vagin.
Cette observation vient à l'appui de l'opinion des gynécologues et de Richelot, entre autres, qui localisent surtout la récidive au fond du vagin et rendent vaines les craintes des chirurgiens qui, partisans de la voie haute, redoutent la récidive dans les ganglions.
Cette malade n'a pas été revue depuis et il y a lieu de ne pas la considérer comme ayant résisté bien longtemps après
une année de survie.