OBSERVATION XXVII
Utérus fibromateux ayant subi la dégénérescence cancé-
r'euse. — Hystérectomie abdominale.
R... Marie, cinquante-trois ans.
Cette malade a été examinée par plusieurs médecins et par plusieurs chirurgiens.
Depuis dix ans, son ventre a pris des proportions de plus en plus marquées et le diagnostic fibrome a été porté. Mais, les conseils que recevait la patiente étaient très différents, Suivant qu'ils émanaient d'un médecin ou d’un chirurgien.
En l'absence de douleurs et d'hémorragies, disaient les pre-
miers, il faut s'abstenir de toute opération. La ménopause se charge souvent de tout arranger pour le mieux et d’atrophier la tumeur sans faire courir les risques d'une opération.
Les chirurgiens étaient d’un avis opposé et préconisaient la laparotomie avec extirpation totale de l'utérus pour éviter la dégénérescence toujours possible du moignon du col.
Ces derniers étaient frappés par le nombre des cancéreux
de ia famille de la malade et leur avis était entièrement le |
bon. |
Les années passèrent ; la ménopause ne se produisit pas; au contraire, les règles devinrent de plus en plus abondantes, de plus en plus longues, l’espace de temps compris entr'elles ne permettant pas à la malade de compenser les forces perdues sous l'influence des métrorragies .
Il en résulta une chloro-anémie très accentuée, avec oppression, souffle doux du cœur, sentiment de lassitude, amaigrissement progressif et anorexie.
Quand j'examinai la malade pour la première fois, je fus frappé de son mauvais état et après examen local, je conclus à une hystérectomie aussi prochaine que possible pour ne pas laisser au mal le loisir de déterminer une dépression plus grande.
20 janvier 1904. — Je pratique l'hystérectomie abdominale et après incision sur la ligne blanche, je découvris l'utérus fibromateux en voie de dégénérescence cancéreuse.
Il me fut impossible de luxer la tumeur au moyen des engins hélicoïdes.De la plus petite à celle du plus gros rayon, toutes déchirèrent letissu utérin.
Je dus introduire, en avant et en arrière, des compresses
de gaze et saisir la tumeur à pleines mains après avoir augmenté l'étendue de la ligne d’incision.
Heureusement les anses intestinales étaient bien protégées par des compresses stérilisées, car la tumeur saignait assez abondamment. Je coupai les annexes entre deux clamps et divisai de même le ligament large droit. En procédant de même à gauche, j'enlevaila tumeur après avoir contourné aux ciseaux courbes l’incision vaginale.
La dégénérescence du fibrome avait été une désagréable surprise et je n’ai jamais rencontré ni avant, ni depuis, une tumeur cancéreuse d’un semblable volume.
Quand l’hémostase eut été assurée au moyen de ligatures au caigut n° 4, je plaçai un tube assurant le drainage transpéritonéal vaginal.
L'opération avait duré trente-cinq minutes.
Vomissements chloroformiques dès le réveil, vomissements moins abondants le lendemain et bon état le troisième jour.
Le septième jour, 27 janvier, la malade semblait hors de danger, quand elle fut prise subitement d'une syncope et
À succomba.