OBSERVATION XXIX
Cancer de l'utérus avec destruction complète du col. — Métrorragies. — Curettage des fongosités. — Evidement du corps de
la matrice. — Cessation des hémorragies.
Me R... Marie, cinquante-quatre ans.
Cette malade est veuve depuis cinq ans. Elle ne peut savoir à quelle époque remonte son mal. Elle n’accuse pas de souffrances, mais elle se sent déprimée par les hémorragies incessantes qui se sont produites depuis trois mois. /
L'écoulement par le vagin n'a pas d’odeur.
Le toucher donne des renseignements plus précis sur l’état lamentable du col. Il a disparu en totalité et se trouve rem placé par une excavation à bords durs, limitée en avant par la paroi vésicale encore intacte el, en arrière, par le vagin déjà envahi.
Il n’y a d'autre thérapeutique à adopter que le curettage.
Cette opération est praliquée le 24 août 1905. La cavité entère est l’objet d’un véritable évidement. Toutes les chairs fongueuses sont. largement enlevées avec une grosse curette tranchante. Puis il est procédé à un badigeonnage avec la solu-
tion de chlorure de zinc. De petits tampons de gaze stérilisée
assèchent la cavité, puis un nouveau badigeonnage à la solution phéniquée forte est fait avec soin pour éviter d'inonder le vagin. Un courant d’eau stérilisée additionnée d’oxycyanure de mercure à 1 0/0 assure un dernier nettoyage.
Dès que la curette a détaché les tissus dégénérés, l’écoulement sanguin se tarit. Suites très simples. La malade quitte le service après un repos de trois semaines. On lui a administré trois fois par jour une injection vaginale chaude au formol.
Depuis, les hémorragies ne se sont jamais reproduites.
La malade a un suintement séreux sans odeur nauséabonde.
Après le curettage, les forces sont revenues, mais il ne pouvait être question dans ce cas de guér'son radicale.
Toutefois l’opérée, à la date du 20 juin 1907, vit toujours, bien que la cachexie cancéreuse s’accentue progressivement et que l'issue fatale ne puisse faire de doute.
On peut dire que le traitement lui a assuré une survie de deux ans, puisque les hémorragies qu’il était appelé à combattre devaient sûrement faire succomber la malade à bref délai.