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VARIATION QUANTITATIVE

Considérons un plastide nucléé de grandes dimensions comme ceux sur lesquels on a pu pratiquer la mérotomie ; ses substances plastiques, quel que soit d'ailleurs leur nombre, sont réparties en deux groupes : le protoplasma P et le noyau N. A la condition n° 1, un tel plastide se multiplie, c'est-à-dire qu'il donne naissance à des plastides identiques à lui-même quant à la nature et à la proportion des quantités de substances plastiques constitutives ; le

rapport tj est constant dans la série des plastides obtenus,

par définition même de la condition n» 1 .

Or, soumettons le plastide en question à une expérience de mérotomie ; enlevons-lui une certaine quantité de protoplasma sans toucher à son noyau, le mérozoïte obtenu aura une quantité de protoplasma P' pour une quantité N de substances nucléaires ; mais les expériences de mérotomie ont prouvé que l'assimilation continue dans ce mérozoïte

nucléé ;le rapport ^ restera-t-il constant dans les plastides

qui proviendront du mérozoïte .en question ? Nous n'avons malheureusement aucun moyen de le vérifier pour les plastides susceptibles de mérotomie ^ , car les relations de proportionnalité qui existent entre les quantités de substances protoplasmiques et nucléaires ne se traduisent à nous par aucun phénomène important, et, d'autre part, la mesure des quantités absolues de ces substances est de toute impossibilité ; nous ne pouvons donc pas savoir si la variation quantitative, déterminée mécaniquement par la mérotomie^ sera conservée, transmise hérédilairement .

1. Voyez Balbiani, Recherches sur la méroîomie des infusoires ciliés, et Le Dantec, Éludes biologiques comparalives sur les rhizopodes d'eau douce.

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La bactéridic charbonneuse jouit d'une propriété spéciale, manquant aux gros plastides susceptibles de mérotomie, et qui nous permettra de répondre à la question précédemment posée, ou au moins de nous rendre compte approximativement de ce qui résultera d'une variation quantitative déterminée cette fois non mécaniquement, mais chimiquement par la condition n"^ 2, Cette propriété spéciale, susceptible de mettre en évidence des variations extrêmement minimes, est la virulence.

Virulence. — Il serait difficile de parler de cette propriété toute spéciale, dont le réactif est l'organisme même des animaux supérieurs, si nous ne savions déjà que la vie de ces animaux supérieurs est le résultat d'une coordination établie, par le développement même, entre les éléments histologiques qui les constituent ^ Une bactéridie est dite virulente pour un animal déterminé, quand elle est susceptible de se développer dans le milieu intérieur ou les tissus mêmes de cet animal. Naturellement, l'introduction de ce nouvel élément actif dans l'organisme modifiera (maladie) ou détruira définitivement (mort) la coordination caractéristique de l'organisme sain, et, quelle que soit la nature des modifications produites, nous en serons immédiatement prévenus par l'observation même grossière de l'animal malade. Cet animal constituera donc un réactif très précieux qui nous permettra de diagnostiquer des variations très minimes dans la nature chimique de la bactéridie, au moins en tant que ces variations modifieront l'aptitude de cette bactéridie à se développer dans l'organisme considéré.

Or, il arrive précisément que, dans des conditions physiques et chimiques très bien déterminées par M. Pasteur

1. Nous constaterons l'établissement de cette coordination au cours du présent ouvrage. Voyez Théorie nouvelle de la vie, \. IV (F. Alcan).

et ses élèves, la bactéridie peut devenir beaucoup moins virulente, ou même dépourvue de toute virulence pour les espèces animales qu'elle infecte le plus facilement dans les circonstances ordinaires.

« Maintenons au contact de l'air pur, entre 42 et 43o, une culture mycélienne (c'est-à-dire filamenteuse) debactéridies, entièrement privée de germes. Alors apparaissent les très remarquables résultats suivants : après un mois d'attente environ, la culture est morte. La veille et l' avant-veille du jour où se manifeste cette impossibilité de développement, et tous les jours précédents dans l'intervalle d'un mois, la reproduction de la culture est, au contraire, facile. Voilà pour la vie et la nutrition de l'organisme.

« En ce qui concerne sa virulence, on constate que la bactéridie en est dépourvue déjà après huit jours de séjour à 42 ou 43" et ultérieurement; au moins ces cultures sont inoffensives pour le cobaye, le lapin et le mouton, trois des espèces animales les plus aptes à contracter le charbon. Nous sommes donc en possession, non seulement de l'atténuation de la virulence, mais de sa suppression en apparence complète, par un simple artifice de culture. En outre, nous avons la possibilité de conserver et de cultiver, à cet état inoffensif, le terrible microbe. Qu'arrivera-t-il dans les huit premiers jours à 43° qui suffisent à priver la bactéridie de toute sa virulence ? ylyan/ /'exf/ncf/on de sa virulence, le microbe du charbon passe par des degrés divers d'atténuation, et chacun de ces états de virulence atténuée peut être reproduit par la culture ^ . »

Voilà une variation chimique évidente et continue pendant huit jours, quoiqu'elle ne se traduise pas bien manifestement par une modification morphologique. Un simple raisonnement, basé sur la continuité même du phénomène,

1. Pasteur, Chamberland et Roux, De Vatlénualion des virus et de leur retour à leur virulence. C. R. Acad. sciences, 1881, p. 429.

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va nous montrer que cette variation est quantitative comme dans les expériences mécaniques de mérotomie et non qualitative.

D'une manière générale, nous avons appelé variation vraie le phénomène suivant : Un plastide a b c d e f se trouvant à la condition n** 2, ses substances plastiques se transforment en un ensemble a' b' c' d' e' f , et cette destruction chimique est arrêtée quand l'ensemble a' b' c' d' e^ f est précisément un nouveau plastide qui se trouve à la condition n» i dans le milieu considéré. Cette définition est générale, et s'applique aussi bien au cas où a' b' c' d' e' fr sont qualitativement différentes de a, b, c, d, e, f, qu'au cas où, la destruction des substances plastiques étant inégalement rapide pour chacune d'elles, a', 6', c', d\ e', /"' ne diffèrent de a, b, c, d, e, f que par des coefficients quantitatifs.

Mais il est immédiatement évident que, dans le cas d'une variation qualitative atteignant toutes les substances plastiques d'un plastide, la mort élémentaire surviendra le plus souvent et ce sera déjà un hasard bien remarquable si, au cours de cette destruction à la condition n" 2, un ensemble a' 6' c' d' e' f se trouve une fois réalisé, qui soit un plastide.

Dans le cas actuel, nous n'avons pas affaire à une transformation unique comme celle d'où résulte la bactéridie asporogène par exemple ^ mais à chaque instant, pendant les huit premiers jours de culture à 43°, le plastide change et reste à la condition n° 2, de telle sorte que, si à chaque instant on ensemence un peu de la culture dans un bouillon neuf, on obtient autant qu'on veut de cultures de plastidesdifférents.

Il serait assez difficile de concevoir que ce nombre si grand de plastides différents résultat de transformations

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