CHAPITRE IV
La condition n" 1 est toujours plus ou moins éphémère dans les milieux limités que nous connaissons ; l'assimilation détruit les substances Q et accumule les substances R dans les milieux de culture, de sorte qu'au bout d'un temps plus ou moins long, les plastides se trouvent à la condition n" 2 ' dans la culture vieillie.
Or, à la condition n° 2, si elle est suffisamment prolongée, les plastides meurent ; si elle est interrompue avant la mort élémentaire (avant qu'une des substances plastiques ait eu le temps de disparaître tout à fait), il y a eu forcément variation quantitative, à moins que toutes les substances plastiques constituant le plastide aient été partiellement détruites avec la même rapidité, ce qui doit être évidemment un cas exceptionnel. En temps ordinaire, les alternatives de condition n" 1 et de condition w" 2, détermineront donc dans les milieux de culture limités l'apparition de variétés quantitatives.
Et ces variétés seront d'autant plus nombreuses que les
1. Ou quelquefois h la condition n» 3. Voyez plus haut, Spores et Sporulation, p. 16.
milieux de culture sont forcément hétérogènes ; il y a, par exemple, plus d'oxygène à la surface libre et moins dans les profondeurs ; la condition n° 2 ne se réalisera donc pas avec les mêmes caractères en tous les points du milieu et, par suite, les variations quantitatives résultant de cette condition n" 2 seront différentes dans les différents points...
Rajeunissons la culture en renouvelant le milieu ; la condition n° 1 se trouvera réalisée à la fois pour un grand nombre de variétés qui se multiplieront chacune pour son compte. Qu'arrive ra-t-il de ce mélange d'activités parallèles et différentes ? C'est ce que va nous expliquer le principe de Darwin, la sélection naturelle ou persistance du plus apte.
Je considère un milieu confiné dans lequel il y a, à un moment donné, n plastides de même nature à l'état de vie élémentaire manifestée. Chacun d'eux assimile, c'est-à-dire, si nous le considérons, dans le langage ordinaire, comme un individu agissant, tire à lui les substances Q du milieu pour les transformer en substances plastiques et rejette dans ce milieu des substances R nuisibles à la vie élémentaire manifestée. Nous devons donc, si nous continuons à individualiser ces plastides, dire que leurs intérêts sont contraires, puisqu'ils ont tous besoin des mêmes substances Q qui existent en quantité limitée dans le milieu.
Et ils ont besoin de ces substances Q pour rester à la condition n*» 1, c'est-à-dire, somme toute, pour ne pas se détruire, pour exister, eux ou leurs descendants ; les substances Q détruites, le milieu réalise la condition n« 2 et les plastides meurent^, à moins que des circonstanses particulières ne déterminent le repos chimique, la vie élémen-
1. La mort élémentaire ne survient, nous venons de le voir, qu'au bout d'un temps suffisamment long de séjour à la condition n" 2. Jusque-là, c'est la variation quantitative qui prend place ; mais, si le milieu n'est pas renouvelé, la mort élémentaire survient fatalement, à moins qu'il n'y ait sporulation.
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taii'O latente pour ces plastides^ (condition n'' 3, spores). On peut donc dire que les plastides, tirant à soi, chacun pour son compte, les substances Q nécessaires à tous,
LUTTENT POUR l'eXISTENCE.
Cette expression individualiste est absolument inutile, elle peut môme être nuisible dans certains cas, mais j'ai dû présenter le raisonnement sous cette forme, pour arriver il définir l'expression célèbre de Darwin, la laite pour Vexistence ou concurrence vitale.
Dans le cas considéré de n plastides de même nature, les adversaires, tous égaux, doivent disparaître à la fois; mais, en réalité, cela n'a jamais lieu, carie milieu est hétérogène, et il survient, par suite, toujours, des différences individuelles qui font que quelques-uns résistent plus longtemps à la condition n*^ 2. Dans une vieille culture de bactéridies asporogènes, par exemple 2, on constate que toutes les bactéridies ne meurent pas à la fois. Celles qui subsistent le plus longtemps sont dites plus résistantes dans LES CONDITIONS CONSIDÉRÉES, et cllcs seulcs recommenceront à assimiler, si on sème dans du bouillon frais le résidu de la vieille culture. Les plastides qui auront subsisté auront vaincu dans la lutte; nous dirons que ce sont les plus résistants qui ont triomphé des moins résistants^, quoique, en réalité, la destruction des uns et des autres ait été uniquement un résultat delà composition du milieu (condition n*' 2) que tous les plastides, vainqueurs et vaincus, ont à peu près également contribué à modifier.
1. C'est ce dernier cas qu'on réalise pour la bactéridie charbonneuse dans les cultures faites en présence de l'oxygène libre. Mais cela tient à ce que, dans ces cultures, l'une des substances Q (oxygène) est en quantité illimitée. Dans un milieu vraiment confiné (vase scellé), c'est la mort élémentaire et non la sporulation qui survient.