Voyez la Bactéridie charbonneuse, p
34 MONOPLASTIDES SCISSIPARES
tées intactes dans le liquide. Des deux variétés, celle qui persistera dans les conditions précédentes sera donc celle qui sera la mieux armée pour résister à la condition n° 2. Mais on voit aisément que s'il y a lutte au sens établi à la page précédente, et cela est vrai, la lutte n'est pas cantonnée uniquement entre des plastides de variété différente, mais se produit également entre des bactéridies de même variété. En effet, s'il n'y avait pas eu de bactéridies sporogènes, les bactéridies asporogènes auraient néanmoins toutes disparu au bout d'un temps suffisant, puisque leur vie élémentaire manifestée aurait suffi à épuiser le milieu et à y établir la condition n" 2. Dans tous les cas, par suite de leur inaptitude à former des spores, ces bactéridies asporogènes se trouvent naturellement éliminées de la lutte ultérieure au profit des bactéridies ordinaires ; ces dernières tirent un avantage de leur aptitude à sporuler. Il y a persistance du plus apte par sélection naturelle.
Cet exemple est très grossier, mais très frappant parce que le caractère qui constitue la supériorité d'une variété sur l'autre est immédiatement évident ; en général, dans les circonstances naturelles, la supériorité d'une variété dans des conditions déterminées ne se manifeste guère que par le résultat même, qui est sa persistance dans ces conditions. Voici un autre exemple bien plus intéressant, emprunté encore aux microbes virulents :
Qu'est-ce que la virulence ? C'est, par définition, Vaptitude d'un plastide à se multiplier dans le milieu intérieur ou dans les tissus d'un animal déterminé. Cette aptitude peut tenir à des propriétés très complexes, sécrétion de toxines, etc., etc.; contentons-nous pour le moment, sans en approfondir le mécanisme, de constater cette aptitude de certains plastides à certaines conditions déterminées. Un microbe de virulence atténuée se trouvera être moins apte à se développer dans ces conditions déterminées, qu'un microbe d'une variété plus virulente. Je souligne
avec intention « conditions déterminées », parce qu'on oublie trop souvent qu'il faut tenir compte des conditions extérieures quand on malmène, par suite d'une compréhension incomplète, l'admirable principe de Darwin. Tel microbe plus virulent pour le lapin, c'est-à-dire plus apte à se développer chez le lapin, \)ourrR être en même temps moins apte à se développer dans tel ou tel bouillon, où prospérera, au contraire, une variété moins virulente pour le lapin. Il ne faut jamais oublier de spécifier les conditions. Ceci posé, reportons-nous à l'expérience suivante ^ :
Retour a la virulence. — Injectons à un mouton un mélange de bactéridies virulentes et de bactéridies atténuées par une culture prolongée vingt jours à 42" et demi en présence de l'oxygène. Le mouton mourra du charbon au bout d'un certain temps et, si, à ce moment, nous étudions son sang, nous n'y trouverons plus que des bactéridies virulentes, comme il est facile de s'en rendre compte en cultivant une seule quelconque de ces bactéridies dans du bouillon frais. Quelle que soit la bactéridie choisie pour faire l'ensemencement, la culture obtenue sera virulente et non atténuée. Il n'y a donc plus de bactéridies atténuées dans le mouton. Ici encore il y aura eu persistance du plus apte ou, si l'on préfère, persistance du seul apte, puisque les bactéridies atténuées, même injectées seules, eussent été détruites. Il n'y a pas eu plus de lutte que dans le dernier cas, et cependant il y a eu tri, sélection, par le passage de la culture mélangée à travers l'organisme du mouton.
Cet exemple peut et doit se généraliser Chaque fois que l'on introduit dans un milieu quelconque un mélange de certaines variétés de plastides, il y a toujours une sélection certaine en regard avec l'aptitude plus ou moins grande des diverses variétés à se développer dans ce milieu déterminé