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Voyez V Individualité, op. cit., pp. 113 et sq

2. En réalité il en était de même pour l'atténuation de la bactéridie charbonneuse dans une culture à 42° et demi ; elle se multipliait tout en s'atténuant ; nous n'avons pas fait remarquer cette superposition de la condition n" 2 et de la condition n" 1 pour ne pas compliquer l'exposé inutilement. Nous aurions pu d'ailleurs prendre comme exemple l'atténuation obtenue par MM. Roux et Chamberland dans un milieu non nutrilif {eau distillée, additionnée de phénol), cas dans lequel il y a variation sans assimilation, ou encore l'atténuation des spores,directement, par l'action de l'eau additionnée d'acide sulfurique à 35°. (Voyez la Bactéridie charbonneuse, pp. 111 et sq.)

Sg EVOLUTION INDIVIDUELLE

ractères distincts : le caractère spécifique et le caractère topographiqiie. Le caractère spécifique, en ce sens que l'élément en question contiendra toutes les substances plastiques de l'élément initial qui a donné naissance à l'agglomération et celles-là seulement; le caractère topographique,, en ce sens que, par suite de variations quantitatives plus ou moins nombreuses, l'élément considéré se composera précisément de la proportion de ces substances plastiques qui convient le mieux aux conditions chimiques et mécaniques réalisées, au moment considéré, au point qu'il occupe dans l'organisme.

Tout ceci est établi en dehors de toute considération sur la vie de l'être polyplastidaire, mais il est certain que le maintien de cette vie exige précisément, qu'à tel ou tel moment telle ou telle condition soit réalisée en tel ou tel point de l'organisme, et c'est à ces conditions déterminées en chaque point par les exigences de la vie que doivent s'adapter les plastides constitutifs; mais, sans spécifier quelles sont ces conditions topographiques, nous pouvons affirmer déjà que : !<> tout élément hislologiqiie est adapté aux conditions chimiques et mécaniques réalisées au point où il se trouve; 2" une variation en un point entraîne forcément dans les autres points du milieu intérieur des variations corrélatives.

Voilà pour les plastides constitutifs considérés en tant que plastides, mais nous savons qu'ils seraient tous condamnés à la mort élémentaire, si le milieu intérieur de l'être qu'ils constituent n'était pas sans cesse renouvelé, c'est-àdire, pourvu des substances Q qui sont nécessaires à l'espèce des plastides considérés, et débarrassé des substances R qui résultent de leur vie élémentaire manifestée. Donc, toutes les fois que nous voyons un être polyplastidaire vivant, c'est-à-dire composé de plastides doués de vie élémentaire, nous sommes assurés que, depuis sa naissance, autrement dit depuis l'état de phistide simple qui est

l'état initial de tout être, le renouvellement de son milieu intérieur n'a jamais été suspendu assez longtemps pour que la mort élémentaire ait eu le temps de frapper tous se& éléments constitutifs. Ce temps est très différent avec les espèces, différent aussi suivant que les éléments constitutifs peuvent ou ne peuvent pas se conserver à l'état de repos chimique dans l'intérieur du corps. Nous n'avons pas à insister ici sur ces différences spécifiques, nous devonsnous en tenir aux choses les plus générales.

Pour les espèces qui donnent lieu à des agglomérationstrès simples, le processus du renouvellement du milieu est extrêmement simple ; un jeune tœnia, plongé dans un milieu contenant les substances Q nécessaires à ses éléments anatomiques, se nourrit, par osmose et ses éléments anatomiques prospèrent dans un milieu intérieur convenable. Si au contraire le jeune tœnia est plongé dans un milieu qui ne contient pas ce qu'il lui faut, ses éléments anatomiques sont condamnés à la mort élémentaire. Il semble donc qu'il n'y ait pour lui que deux alternatives, être dans un milieu convenable et prospérer, être dans un milieu défavorable et mourir, absolument comme pour un plastide à la condition n" 1 ou à la condition n° 2.

ISIais cette comparaison même nous met en garde contre une affirmation trop rapide ; nous savons en effet que si beaucoup de plastides meurent à la condition n^ 2, quelquesuns varient et s'adaptent; nous aurons à voir si un phénomène analogue ne peut pas se produire chez les êtres polyplastidaires.

Dans tous les cas, au point de vue de la coordination générale, nous ne constatons pas grand'chose chez les êtres aussi inférieurs que les tœnias. 11 suffit que l'osmose soit possible et que les sucs nutritifs puissent pénétrer le parenchyme de l'animal. C'est à peu près la même chose pour les végétaux.

Il en sera tout autrement quand nous observerons les

animaux su|)éi'ioui's; ici, la multitude des fonctions délicates, dont une seule ne peut cesser d'être remplie sans occasionner la moit, est tout à fait admirable, et cependant, quel grand nombre de ces animaux existe à la surface de la terre? Comment expliquer que le simple développement d'un œuf produise des machines si remarquablement coordonnées ? C'est ce que nous apprendra dans la suite l'hérédité des caractères acquis. Pour le moment étudions seulement les conséquences, au point de vue des plastides constitutifs, de cette coordination qui existe forcément à chaque instant, depuis la naissance jusqu'à la mort.

Et d'abord, quels sont les facteurs qui interviennent dans l'évolution individuelle ? Le plastide initial qui doit donner naissance à un être supérieur ne trouve réalisée que dans des circonstances assez rigoureusement déterminées la condition n*^ 1 ; pour les mammifères c'est dans l'utérus maternel; pour les oiseaux, dans l'intérieur de l'œuf à la température du corps maternel, etc., etc. Les premiers stades du dévelopi)ement polyplastidaire sont donc déterminés par la nature chimique de l'œuf et par des conditions mécaniques et chimiques que l'on peut considérer comme à peu près identiques pour tous les individus d'une même espèce. Par conséquent, on peut considérer comme très suffisamment approximative l'assertion suivante : deux plastides initiaux rigoureusement identiques donneront toujours, au moins pour les premiers stades du développement, des agglomérations identiques. Cela sera vrai par exemple toujours jusqu'à la constitution du milieu intérieur et à sa séparation définitive du milieu extérieur, de telle sorte qu'en appelant A le stade embryonnnaire (nombre 2" de blastomères) où ce milieu est définitivement limité, on pourra affirmer que deux plastides initiaux identiques donneront naissance à deux embryons identiques au stade A. Autrement dit, ce stade A était déterminé dans le plastide

initial, puisque ce plastide initial, ou bien meurt, ou bien donne naissance à une agglomération A.

Mais, à partir de ce stade A, chacun des blastomères de l'embryon se trouvera à une place déterminée dans un milieu limité dont la dimension est du même ordre de grandeur que celle de la masse des blastomères, c'est-àdire dans une situation analogue à celle où se trouvait la coccidie dans sa cellule hôte ; on peut donc répéter pour l'embryon en question ce qui a été établi en détail pour la coccidie. Tant que les conditions extérieures restent les mêmes, l'histoire de l'évolution de l'embryon est déterminée par ce qu'était le plastide initial d'où il provient, puisque le stade A était déterminé par la nature chimique de ce plastide initial.

On peut donc dire que, jusqu'à son éclosion, l'embryon est déterminé dans le plastide initial puisque, s'il atteint Véclosion sans mourir, il a traversé des circonstances mécaniques et chimiques qui sont à très peu de chose près les mêmes pour tous les embiyons d'une espèce donnée.

Jusqu'à l'éclosion, on peut considérer comme purement végétative l'existence du jeune animal; autrement dit, il se comporte comme un végétal ou comme un tœnia, et le renouvellement de son milieu intérieur se fait sans qu'aucune coordination soit nécessaire dans sa structure générale ^ ; au moment où il éclôt, il cesse de se trouver dans un milieu tout élaboré où son milieu intérieur puisse se renouveler sans peine; il entre dans des conditions nou-

1. Il y a bien le fonctionnement du cœur qui a commencé et qui détermine la circulation, mais si Ton remonte à un stade plus primitif, on voit que le cœur se forme avant d'être utile à la rénovation du milieu intérieur et il faudra bien se dire qu'à ce stade au moins, et indépendamment de tout fonctionnement, le cœur était déterminé dans le plastide initial, comme le bec, les ailes, les articulations des pattes qui ne serviront qu'après l'éclosion. Au point de vue où nous nous plaçons il est donc inutile de faire mention spéciale du cœur, quoique son fonctionnement commence à une période plus primitive. La difficulté resterait la même pour les articulations des membres...

velles et son milieu intérieur ne pourra désormais se renouveler que par le jeu d'organes qui n'ont pas encore fonctionné, MAIS QUI EXISTENT CHEZ LUI.

Rien n'est plus admirable que l'éclosion d'un jeune poulet, comme vous pouvez l'observer chaque jour aux vitrines des couveuses artificielles ; si vous aviez ouvert l'œuf deux ou trois jours avant l'éclosion, vous auriez trouvé, baignant dans un magma assez visqueux, une masse ayant déjà la forme d'un poulet avec les membres repliés sur eux-mêmes et vivant de la vie végétative aux dépens des réserves accumulées dans l'œuf sans se servir d'aucun de ces organes si bien conformés. Aujourd'hui, sa coque brisée, on le voit se dresser sur ses pattes, s'étirer comme fatigué d'un long sommeil, et puis il se dirige vers la mangeoire ; il mange la pâtée préparée, il boit à petits coups l'eau de l'abreuvoir comme s'il savait faire tout cela depuis longtemps.

Ainsi, non seulement il a des organes qui lui permettent de manger et de boire, de digérer et de renouveler son milieu intérieur, mais encore il a des organes des sens et un cerveau si admirablement préparés, que l'impression déterminée sur les premiers par les aliments produit dans le cerveau des phénomènes (dont nous appelons les épiphénomènes « associations d'idées ») qui mettent en actions les muscles convenables et amènent sans tâtonnement la réalisation de ces admirables mouvements d'ensemble ! Et tout cela est préparé dans une agglomération polyplastidaire complexe qui n'avait jamais rien exécuté de semblable ! Tout cela était déterminé dans le plastide initial de l'œuf de poule, par la nature de ce plastide et les condition mécaniques et chimiques réalisées dans l'œuf à la température de l'incubation ! Il n'est pas étonnant que, devant un spectacle aussi extraordinaire (et des faits du mémo genre se remarquent, à des degrés divers, dans l'éclosion de tous les animaux), l'on ait une tendance natu-

relie à adopter les théories vitalistes et téléologiques, à voir dans tout cela, dans cette coordination inouïe, l'exécution d'un plan préconçu par une intelligence supérieure, dans un but déterminé ! Il n'est pas étonnant que les philosophes habitués à l'admiration des phénomènes d'ensemble et n'ayant pas étudié les détails intimes des choses, sourient de pitié quand les biologistes leur disent que toutes ces merveilles sont la conséquence inévitable du phénomène chimique de l'assimilation à la condition n» 1 et de la variation à la condition n» 2 guidée par la sélection naturelle.

Un de leurs grands arguments est le suivant : Faites-moi donc un œuf de poulet puisqu'il n'y a, à son intérieur, que des substances chimiques formées des éléments les plus répandus dans la nature, et rien de plus. Peut-être arrivera-t-on un jour à en faire un; ce n'est pas impossible, quoique cela semble bien difficile dans l'état actuel de la science, et il est certain que le jour où on aura fait un corps identique, atome à atome, à un œuf de poulet, ce corps, soumis à une incubation convenable dans les conditions normales donnera naissance à un poulet parfait. Mais ceux qui demandent au biologiste de faire un œuf de poulet lui demandent de faire, dans un temps très restreint, ce que la nature n'a fait qu'en plusieurs millions d'années. L'œuf de poulet est le résultat d'alternatives de condition n» 1 et de condition n'' 2 qui se sont produites, guidées par la sélection naturelle, dans une série de plastides ancêtres dont l'origine se perd dans la nuit des temps et dont les premiers étaient, sans doute, extrêmement différents de l'œuf de poulet...

Une fois le poulet éclos, il continue à évoluer et à vivre, mais, puisque la coordination existe en lui, dès son éclosion, telle que le renouvellement de son milieu intérieur soit assuré par cette coordination et comme, d'autre part, il y a déjà en lui trop de parties invariables (squelette conjonctif, osseux, cartilagineux...) pour qu'une coordination

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de nouvel ordre puisse vraisemblablement s'établir dans cet ensemble extrêmement complexe, la mort surviendra si quelque chose d'essentiel est changé dans cette coordination. Cela n'a pas lieu, et il y a bien peu de différences essentielles entre un poulet qui vient d'éclore et un poulet dix fois plus grand. Et cependant la masse totale des substances plastiques du second est dix fois supérieure à celle du premier. Gomment se fait-il que la coordination subsiste avec les mêmes caractères essentiels au cours de cet accroissement du corps ?

Le poulet éclos est en relation directe avec le inonde extérieur par ses organes des sens ; les impressions qu'il reçoit déterminent à chaf[ue instant dans son cerveau des phénomènes (dont les épiphénomènes sont les associations d'idées) qui se traduisent par l'activité de certains plastides et, en conséquence, par des mouvements d'ensemble extrêmement variés. L'animal reste vivant, tant que ses mouvements de chaque instant ne le conduisent pas à une destruction mécanique ou chimique (blessure, empoisonnement), pourvu qu'il assure sans cesse le renouvellement de son milieu intérieur. Donc, tant que l'animal vit, tous les organes dont le fonctionnement est nécessaire à ce renouvellement (et ces organes sont extrêmement nombreux), sont forcément en activité à des intervalles rapprochés ; et, pendant ce temps, ces organes se développent et restent semblables à eux-mêmes, puisque la coordination subsiste relativement au renouvellement du milieu intérieur.

Mais, quand un organe fonctionne, c'est que les plastides qui le constituent sont à l'état d'activité chimique ; or nous ne connaissons pour un plastide que deux modes d'activité chimique , la condition n» 1 et la condition n" 2 . Trois cas peuvent se présenter : l*^les plastides constituant l'organe '

1. J'appelle organe l'ensemble île tous les plastides qui entrent en activité lions l'accomplissenicnt d'une ronction quelconque aussi roniplexe qu'on le voudra; ainsi, j'appellerai orj,'ane de la toux l'ensemble

sont, les uns à la condition n° 1 , les autres à la condition n" 2 pendant le fonctionnement de cet organe ; mais il est évident que, dans ce cas, la coordination serait bien éphémère dans l'organe en question, surtout si son fonctionnement était fréquemment répété puisqu'une partie de l'organe s'accroîtrait pendant que l'autre diminuerait ou varierait; cette hypothèse est donc inadmissible ; 2^ les plastides constituant l'organe sont tous à la condition \v 2 pendant le fonctionnement; mais alors l'organe serait de moins en moins adapté à sa fonction à mesure qu'il fonctionnerait davantage, et nous savons que cela est contraire à la vérité.

Il ne reste donc plus que la troisième hypothèse : les plastides constituant l'organe sont tous à la condition n» 1 pendant le fonctionnement, et alors l'organe se fortifie à mesure qu'il fonctionne, ce qui est en effet le cas chez tous les animaux que nous connaissons.

Le simple raisonnement nous aurait conduits à cette constatation, si nous avions songé que la sélection naturelle s'exerce entre tous les plastides (variétés d'une même espèce) dans un milieu, de telle manière que chacune des variétés soit la mieux adaptée à chaque point du milieu, c'està-dire, comme nous l'avons vu plus haut pour les monoplastides, trouve sa condition n» 1 dans les conditions mécaniques et chimiques réalisées en ce point; il est donc certain que la sélection naturelle doit détruire rapidement tous les plastides qui se trouveraient à la conditionna 2 en un point déterminé pendant les périodes de fonctionnement habituel.

Je n'ai parlé, dans les lignes précédentes, que des organes dont le fonctionnement est destiné à assurer le re-

de tous les éléments (nerfs, muscles, viscères, etc.), qui entrent en activité dans l'opération de la toux; cest une définition physiologique et non une définition anatomique, mais c'est la seule qui puisse convenir au cas où nous nous plaçons.

nouvellement du milieu intérieur, le mot organe étant ■défini au sens physiologique large que j'ai tout à l'heure indi([ué en note. Mais il est bien évident «jue tous les éléments histologiques du corps de l'animal font, en réalité, partie de tels organes, et je définirai fonctionnement d'un élément, le mode d'activité qu'il a dans le fonctionnement d'un tel organe; pour un muscle ce sera la contraction, pour une glande la sécrétion, etc. Or, pour toute opération autre que celles qui sont destinées à assurer le renouvellement du milieu intérieur (et l'animal en exécutera sans oesse en vertu des associations d'idées qui résulteront chez lui des impressions venues de l'extérieur par ses organes des sens), il y aura en fonctionnement un certain nombre d'éléments histologiques appartenant à plusieurs des organes définis précédemment; et il est évident que la nature du résultat général de l'opération exécutée n'aura aucune influence sur le mode d'activité de chaque élément employé ; tout élément fonctionnant (muscle qui se contracte, glande qui sécrète, etc..) sera à la condition n"^ 1.

C'est la loi d' Assimilation fonctionnelle que j'ai déjà établie l'année dernière ^ en me plaçant à un tout autre point de vue et que j'ai énoncée de la manière suivante : Le fonctionnement cViin élément histologique nest autre chose que l'une des manifestations extérieures physiques ou chimiques, propres à cet élément, des réactions qui déterminent précisément la synthèse de sa substance ; autrement dit : Le fonctionnement est un des phénomènes de la vie élémentaire manifestée de Vêlement ; fonctionnement et vie élémentaire manifestée sont inséparables.

Il résulte de cette loi do l'assimilation fonctioniiflle que tous les éléments histologiques existant dans un organisme vivant font partie d'organes qui accomplissent des opérations assez fréquentes, le mot organe étant toujours pris

1. Voyez Théorie nouvelle de la vie, op. cit., I. IV' (F. Alcan).

au sens très large précédemment défini en note. En effet, tout élément histologique qui ne réaliserait pas cette condition disparaîtrait forcément, il n'y a pas d'éléments inutiles dans un animal.

Il en résulte aussi que toute opération nouvelle est difficile à exécuter, que toute opération habituelle est au contraire facile.

Je suppose qu'à un moment donné, un concours de circonstances extérieures se produise, tel que l'association d'idés qui en résulte détermine l'exécution d'une opération d'ensemble n'ayant jamais encore été exécutée. Parmi les éléments mis en activité dans l'exécution de cette nouvelle opération, quelques-uns qui n'avaient pas encore fonctionné ensemble seront gênés par d'autres éléments inutiles à l'opération exécutée ; il y aura gêne accompagnée de la sensation d'effort ; mais que la même opération se répète souvent, les éléments inutiles entreront en régression, les éléments utiles se développeront, et l'opération deviendra de plus en plus facile (au détriment, naturellement, de telle ou telle autre dont l'organe, resté inactif dans quelques-unes de ses parties, sera lésé dans ces parties mêmes).

J'ai établi ailleurs' comment la limitation de la rapidité de renouvellement du milieu limite en même temps la durée possible du fonctionnement des organes, et comment, par suite, le fonctionnement exagéré d'un organe, nécessite une diminution dans le fonctionnement d'un autre.

Ces simples remarques nous amènent à établir, comme conséquences immédiates de la loi d'assimilation fonctionnelle, les principes que Lamarck et Geoffroy Saint-Hilaire avaient tirés d'observations générales de la nature. Celui de Geoffroy Saint-Hilaire estle balancement des organes ; si l'un d'eux se développe beaucoup, c'est forcément aux dépens d'un autre qui diminue. Celui de Lamarck est que

1. Théorie nouvelle de la vie, 1. IV (F. Alcan). Le Dantec. — Évolution individuelle. 7

l'usag-e développe les organes, et que les organes utiles subsistent seuls, les autres devenant rudimentaires ou nuls^

En dehors des opérations nécessaires à assurer le renouvellement du milieu intérieur, et ces opérations sont loin, le plus souvent, d'occuper toutes les heures de fonctionnement permises aux tissus, il y a donc une certaine latitude pour chaque individu ; toutes les opérations qu'il exécute sont naturellement déterminées par les circonstances ambiantes réalisant dans le cerveau, par l'intermédiaire des organes des sens, telle ou telle asssociation d'idées. Donc, si deux poulets sont semblables en sortant de l'œuf, ils pourront par la suite acquérir certaines dissemblances suivant les milieux où ils vivront, puisque chacun d'eux exécutera une série d'opérations en rapport avec le milieu où il vivra, et que la nature des opérations exécutées pourra développer, dans les deux cas, des parties différentes des individus. Un être est le résultat de tout ce qu'il a fait depuis réclosion.

Mais, malgré tout, les dissemblances extérieures ne seront jamais bien considérables entre les deux poulets ; on reconnaîtra toujours que ce sont des poulets, et môme que ces poulets sont très proches parents (nous les avons supposés semblables à la sortie de l'œuf). L'un pourra avoir les cuisses plus grosses, l'autre le bec plus dur, mais il y aura toujours beaucoup de caractères communs, une majorité de caractères communs aux deux poulets ; on peut, dans une première approximation, appeler caractères acquis les dissemblances, caractères congénitaux les particularités restées communes aux deux poulets.

Eh bien, les caractères congénitaux nous paraîtront toujours beaucoup plus saillants chez les deux poulets considérés que les caractères acquis. Gela tient à deux choses :

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