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Théorie nouvelle de la vie, 1. IV (F. Alcan

sèment du squelette rend, lui aussi, cet état adulte inévitable. En effet, à chaque moment de la vie, le squelette existant dans le corps de l'animal entre naturellement pour une grande part dans la détermination des conditions mécaniques réalisées en chaque point de l'organisme ; le squelette d'un organe est, au point de vue fonctionnel, une partie très importante de l'organe. Ouvrez un traité d'anatomie, et vous verrez toujours qu'on commencera par le squelette ' des membres la description de l'appareil locomoteur. A chaque moment de l'évolution individuelle le squelette limite les mouvements possibles ; tout mouvement consistant en réalité à rapprocher ou à écarter l'une de l'autre deux pièces du squelette, tous les plastides susceptibles de fonctionner dans la réalisation d'un mouvement seront répartis aux environs du squelette, et la fixation définitive de la forme du squelette dur limitera à peu de chose près la croissance de l'ensemble du corps.

Le squelette se solidifie de plus en plus au cours de la croissance de l'animal, et rend ainsi de plus en plus difficile l'adaptation à un autre genre de vie ; c'est pour cela que le poulet né poulet reste poulet, et ne subit que des variations morphologiques faibles jusqu'à l'état adulte ; mais il y a d'autres animaux qui éclosent sous une forme beaucoup moins fixée par le squelette et qui subissent ensuite une évolution beaucoup plus considérable.

En dehors de son importance énorme dans la fixation de la forme générale des animaux, le squelette en a une autre dans la production de la vieillesse, qui rend la mort fatale pour les animaux supérieurs. Une fois formés, les organes chargés de la rénovation du milieu intérieur fonctionnent toujours à peu près de la même façon (alternatives

1. Le mot squelette a cependant un sens plus général que celui qu'on lui donne dans les traités d'anatomie ; il comprend toutes les substances R solides, aponévroses, tendons, substance conjonctive, etc..

de eondition n° 1 et de condition n*» 2 pour les plastides qui les constituent) et par conséquent les substances R solides, toujours produites, jamais détruites, prennent une importance de plus en plus grande, dans les organes, par rapport aux substances plastiques. Il arrive un moment où l'un des organes essentiels à la coordination ne peut plus fonctionner à cause de son encroûtement par les substances R. Cet organe peut différer suivant les individus, suivant le genre de vie qu'ils ont mené, suivant que tel ou tel organe, ayant plus souvent fonctionné, a vieilli plus vite que les autres ^

Alors la mort survient ^ et l'espèce disparaîtrait si tous les plastides de l'être polyplastidaire étaient condamnés, par suite de la mort générale, à la mort élémentaire; mais, le plus souvent, au cours de l'évolution, certains plastides se trouvent soustraits à cette mort élémentaire, comme nous le verrons en étudiant la reproduction.

Il y a encore une autre conséquence de la formation du squelette au cours de l'évolution des animaux supérieurs et de la fixité morphologique qui en résulte; c'est l'impossibilité de la traduction morphogénique d'une variation s'il s'en produit une accidentellement dans la nature des plastides constitutifs. Autrement dit, je suppose qu'une variation se produise au cours de l'évolution dans la nature d'une grande partie des plastides du corps sans que, pour cela, la coordination cesse de rester possible; s'il y a à ce

1. J'ai étudié longuement le vieillissement par accumulation des substances R dans l'Individualité, op. cit. (Pourquoi l'on devient vieux).

2. Toutes les considérations précédentes montrent les raisons de la mortalité fatale des êtres supérieurs ; plusieurs auteurs ont considéré la mort comme une fonction utile (II) : « La sélection peut être considérée comme une cause du maintien de la fonction mort chez les métazoaires, mais elle ne l'a pas créée, et l'on peut se demander quelle est la condition physico-chimique de cette propriété, la mortalité, quelle est la dilîérence matérielle entre le plasma immortel et le plasma mortel... » (Delagk, op. cit., p. 353.) il y a là une coulusioa éviîlenlc entre la mort et la mort élémentaire. V". plus bas, ch. xxi.

moment un squelette très peu important, on conçoit que la forme générale d'équilibre du corps soit modifiée notablement, et que tout le reste de l'évolution morphologique s'en ressente; au contraire, si le squelette est résistant et invariable, son influence l'emportera sur celle de la variation survenue, et on pourra avoir un adulte de forme A formé de plastides qui, s'ils avaient été tels qu'ils le sont devenus à une période plus primitive de leur évolution (à l'état de plastide initial par exemple), auraient déterminé la formation d'un adulte B peut-être très différent de A.

En d'autres termes, le retentissement obligatoire de la variation considérée sur la corrélation générale dans le milieu intérieur, ne se traduira pas, dans la coordination générale de l'organisme, comme il eût pu le faire avant la fixation de cette coordination par le squelette. La formation du squelette précise les formes des corps et rend les animaux capables d'opérations déterminées plus minutieuses et plus délicates ; mais en même temps elle limite le champ de leur activité et de leur adaptation possible à des conditions entièrement nouvelles. Un homme peut faire énormément de choses, mais il lui est impossible, par cela même qu'il est homme, d'exécuter une opération très facile à un être beaucoup moins compliqué comme organisation.

Toutes les considérations exposées dans le présent chapitre suffisent à donner une idée précise de ce qu'il faut entendre par les mots corrélation et coordination. La corrélatiion est le résultat de Tinfluence obligatoire de tout ce qui concerne un plastide d'un milieu limité sur tous les autres plastides de ce milieu; la coordination est l'agencement général des parties du corps qui fait que, abandonné à lui-même dans un milieu donné, ce corps renouvelle son milieu intérieur d'une part, et d'autre part, comme nous le verrons plus loin, éVite, Jusqu'à sa mort, toutes les autres chances de destruction; il n'y a donc, somme toute, aucune différence entre la coordination générale d'un animal et ce

lOt EVOLUTION INDIVIDUELLE

qu'on appelle souvent : V instinct de conservation de cet animal.

Il y a, au contraire, une grande différence entre la corrélation et la coordination, quoique l'on considère souvent à tort ces deux expressions comme à peu près équivalentes. Il est certain que la coordination s'établit comme une conséquence de la corrélation; l'exemple, cité plus haut, du développement du poussin, nous montre que ce poussin éclùt coordonné par suite de la corrélation dirigeant l'évolution des plastides dans son milieu intérieur; mais une fois la coordination établie et fixée par le squelette, la corrélation lui est subordonnée et n'entraîne plus que difficilement des variations morphologiques.

L'exemple du poulet qui nous montre l'éclosion du jeune poussin avec presque tous les caractères morphologiques de l'adulte est excellent à un certain point de vue parce qu'il montre quelle multitude de caractères complexes peuvent être déterminés dans l'œuf, et quelle merveilleuse coordination peut se développer dans une agglomération polyplastidaire avant qu'elle ait été aux prises avec les conditions de milieu pour lesquelles cette coordination est valable; donc, pour poser le problème de l'hérédité, ce cas est excellent, puisqu'il le montre à son maximum de complexité.

Mais, à un autre point de vue, cet exemple est mauvais, car, en montrant un jeune qui éclôt avec presque tous les caractères de l'adulte, il laisse trop peu de place aux caractères acquis ; nous avons vu combien faibles mor})hologiquement peuvent êti'e les différences acquises par deux poulets adultes de même origine.

Il existe beaucoup d'animaux qui éclosent à un stade d'organisation bien plus rudimentaireet qui mènent à l'état libre une partie bien plus considérable de leur existence; il est certain à priori que pour de tels êtres l'importance des caractères acquis sera beaucoup plus grande, j)uis(iue

l'adulte dérive de ce qu'est le jeune au moment de son éclosion et de tout ce qu'il a fait, de toutes les circonstances qu'il a traversées depuis son éclosion. La possibilité d'une grande différence dans l'histoire de deux êtres identiques au moment de leur éclosion entraîne la possibilité d'une assez grande différence dans la constitution des deux adultes, quand l'éclosion a eu lieu à un moment où aucun caractère morphologique n'était encore définitivement fixé par un squelette résistant. Mais, il y a cependant une limite aux divergences possibles à cause de la nécessité d'une coordination établie à chaque instant et aussi, parce que chez la plupart des êtres inférieurs qui éclosent à un état rudimentaire, toutes les opérations, ou à peu près, sont uniquement dirigées en vue de la défense individuelle et du renouvellement du milieu intérieur.

Rigoureusement, on doit appeler caractères congénitaux ceux qui sont déterminés dans le plastide initial et, par conséquent, tous ceux qui existent au moment de l'éclosion. A partir de l'éclosion, la variété des conditions de milieu intervient d'une manière plus ou moins profonde dans l'évolution de l'individu ; cette évolution peut être différente jusque dans ses plus intimes détails pour deux êtres provenant d'œufs identiques, et, rigoureusement, on doit considérer comme caractères accjuis tous les caractères que présente l'animal après son éclosion.

En réalité, une telle distinction, pour être rigoureuse, n'en serait pas moins nuisible dans beaucoup de cas, à cause de la similitude nécessaire dans certaines parties du développement libre, similitude sans laquelle la coordination cesserait pour l'un des deux êtres comparés. D'ailleurs, il faut remarquer que beaucoup des conditions nécessaires au maintien de la vie de l'être après son éclosion étaient en réalité déterminées dans l'œuf puisque l'œuf déterminait le jeune jusqu'à l'éclosion et que le jeune avait des besoins d'où résultaient une grande partie des opérations effec-

tuées et ainsi de suite... On ne doit donc considérer comme caractères acquis que le résultat de toutes les opérations exécutées par l'auimal en cours d'évolution, en dehors des opérations nécessaires, communes dans les mômes conditions à tous les animaux dérivés d'œufs identiques et destinées à la rénovation constante du milieu intérieur.

On donne le nom d' éducation à l'ensemble des circonstances qu'a traversées ranimai depuis son éclosion et qui ont déterminé tous ses actes. Chez les animaux supérieurs, qui éclosent avec une forme à peu près définitive, l'éducation n'amène que des différences très minimes dans la forme générale des membres poun^us de squelette (muscles plus ou moins développés, os plus ou moins denses...). Elle aune influence bien plus considérable sur l'évolution des centres nerveux, sinon au point de vue de leur anatomie générale qui est dirigée par le squelette, du moins au point de vue des rapports microscopiques des neurones entre eux, rapports microscopiques qui ont une si grande influence sur les manifestations extérieures de notre activité vitale; à ce point de vue notre cerveau n'est jamais tout à fait adulte, ce qui fait que nous sommes éducables et intelligents K

l.Dans le Déterminisme biologique, op. cit., j'ai été amené à considérer les actes instinctifs comme le résultat de l'activité de parties adultes du cerveau, les actes intellectuels comme le résultat de l'activité des parties du cerveau dont les ditïérents éléments n'ont pas encore contracté, les uns vis-à-vis des autres, des rapports invariables. Tant que le cerveau n'est pas adulte, l'assimilation fonctionnelle peut tracer de nouveaux chemins dans sa substance ; nous pouvons appremlre des choses nouvelles ; l'homme, même très vieux, n'a jamais le cerveau tout à fait adulte, quoiqu'il lui soit plus difficile d'apprendre; chez les animaux inférieurs, (jue nous appelons les moins intelligents, le cerveau devient adulte de bonne heure. 11 serait adulte dès l'éclosion chez des animaux n'ayant «lue des instincts et pas de trace d'intellisence...

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