CARACTÈRES SPÉCIFIQUES ET CARACTÈRES TOPOGRAPHIOUES
Nous avons vu plus haut qu'à un moment donné de l'évolution d'un être polyplastidaire, chaque élément de l'organisme peut être considéré, à deux points de vue différents, comme ayant des caractères de deux ordres différents :
1° Les caractères spécifiques qu'ils tiennent par hérédité du plastide initial à travers une série plus ou moins longue d'alternatives de condition n» 1 et de condition n» 2 ; nous savons quels sont ces caractères spécifiques ; ils consistent dans une identité qualitative des substances plastiques qui les constituent avec celles qui constituaient le plastide initial; mais, par suite des passages à la condition n" 2, une variation quantitative est intervenue qui a modifié la proportion de ces substances plastiques constitutives.
2° Les caractères topographiques qui résultent précisément de cette variation quantitative ; nous savons en effet que les plastides d'une espèce donnée sont plus ou moins aptes à prospérer dans telles ou telles conditions mécaniques et chimiques suivant que leurs substances plastiques sont entre elles dans telle ou telle proportion : or, la se-
lection naturelle, sans cesse agissante dans le milieu intérieur limité, fait que chaque variété de plastides est précisément la mieux adaptée aux conditions réalisées dans l'endroit même où elle se trouve. C'est là ce qui fait la fixité du caractère topographique, c'est-à-dire qu'en un point donné d'un être donné à un âge donné nous sommes toujours sûrs de trouver la même variété de tissu, muscle', nerf, etc..
Dans les êtres polyplastidaires élevés en organisation, les variétés des plastides constitutifs ont des caractères morphologiques extrêmement tranchés (différenciation histologique). Il est probable même que dans ces caractères morphologiques si nettement accusés intervient une variation apparente, c'est-à-dire une influence morphogénique des substances R et des conditions spéciales de milieu, indépendamment de la variation quantitative.
La différence d'aspect entre les divers éléments histologiques d'un même organisme polyplastidaire est telle qu'elle est susceptible de masquer pour ainsi dire les différences spécifiques. En voici un exemple :
Je considère un crapaud et une grenouille, animaux différents provenant d'œufs de différentes espèces. Ce sont précisément les différences existant entre les œufs qui font que le développement de l'un donne un crapaud, celui do
1. Il peut arriver, dans la variation quantitative, que l'une des substances plastiques constituant le plastide disparaisse tolalemenl. Nous avons vu que probablement toujours dans ce cas (expériences de mérotomie) le résultat de cette ablation totale n'est plus un plastide, n'est plus doué de vie élémentaire, et est par conséquent à la condition n" 2 dans n'importe quel milieu, même le plus favorable ; mais si un plastide voisin peut de temps en temps lui fournir ce qui lui manque, le plastide mérotomisé sera, pendant ces moments spéciaux, à la condition n" 1 et assimilera. J'ai été conduit ailleurs par des con sidérations toutes dinërentes [Théorie nouvelle de la vie, 1. 1\', Plastides incomplets) à considérer les muscles, les glandes et en général tous les tissus qui fonctionnent sous l'influence du système nerveux, comme des plastides incomplets que l'influx nerveux complète momentanément et qui, le reste du temps, sont à la condition n" 2 et se détruisent plus ou moins vite.