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PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION VII

croyance à l'unité du patrimoine individuel. J'ai retrouvé la même joie en suivant à nouveau les mêmes raisonnements au cours de la correction des épreuves de cette seconde édition. Mais je reconnais que cette méthode de découverte des lois des individus est extrêmement ardue, et nécessite une tension d'esprit fort prolongée. C'est pour cela sans doute que tant de naturalistes ne veulent pas encore admettre la possibilité de l'hérédité des caractères d'adaptation, parce qu'ils n'arrivent pas à en comprendre le mécanisme.

A ce propos, je dois faire une remarque très générale. Les méthodes analytiques sont sans doute indispensables au début de toutes les sciences ; elles constituent, à proprement parler, la méthode d'investigation scientifique ; mais elles n'ont donné leur résultat que lorsqu'elles ont conduit à des synthèses. Si l'on commençait par la synthèse, on ferait ce que font d'ordinaire les philosophes qui ignorent le détail des faits; on arriverait fatalement à l'anthropomorphisme, au mysticisme, au spiritualisme. La synthèse initiale est dangereuse ; mais l'analyse pure est stérile ; l'analyse ne devient féconde que lorsqu'elle a conduit à des synthèses qui servent ensuite de point de départ pour des investigations ultérieures.

Dans mes premiers ouvrages, et dans celui-ci en particulier, j'ai dû employer uniquement la méthode analytique. Par exemple, j'ai décomposé artificiellement le phénomène vital, qui est si parfaitement unique, en une alternance ou une superposition de deux phénomènes différents, l'un d'assimilation pure, l'autre de destruction pure, ce que j'ai appelé les phénomènes de la condition n** 1, et ceux de la condition n° 2. Cette

méthode; analytique, excellente pour le début, serait stérile à la longue ; elle m'a conduit à une méthode synthétique beaucoup plus féconde, quand j'ai su exprimer dans une seule et même formule, celle de rassimilation fonctionnelle, la superposition des phénomènes théoriques d'assimilation pure et de destruction pure '. C'est ainsi que j'ai passé du darwinisme au lamarckisme, comme un physicien aurait passé de la théorie cinétique à la physique proprement dite comprenant les lois de Gay-Lussac et de Mariotte. Chose étrange, la théorie cinétique ou analytique est plus récente que les lois synthétiques des gaz ; de même, Lamarck a précédé Darwin ; c'est pour cela qu'il n'a pas été compris.

Ce qui m'a permis de substituer à l'analyse darAvinienne des activités élémentaires la synthèse lamarckienne des activités d'ensemble, c'est le progrès des sciences physiques dans la voie de la compréhension des colloïdes. Le mouvement des idées dans cette voie nouvelle a été prodigieux depuis quinze ans. 11 a donné une orientation nouvelle à la biologie.

Dans mes études primitives, je devais fatalement passer directementdes phénomèneschiiniques auxphénoinènes individuels ; l'écart était trop grand, et de là provenait la difficulté de l'exposé du phénomène prodigieux de l'hérédité des caractères acquis. Les conquêtes des physiciens dans le domaine colloïde m'ont permis de m'arrêter à la considération d'une échelle intermédiaire, l'échelle protoplasmique ou colloïde, qui est à peu près à mi-distance entre l'échelle atomique ou chimique et l'échelle individuelle ou mécanique. Chose admirable

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