Voyez Théorie nouvelle de la vie, 1. II (F. Alcan
3. II y a dans cette affirmation une part d'hypothèse ; nous ne savons pas pratiquer assez délicatement la mérotomie mécanique ou chimique pour produire l'ablation totale d'une seule des substances plastiques constitutives. Nous devons nous borner à l'ablation d'un groupe probablement complexe de ces substances, protoplasma ou noyau ; nous pouvons donc affirmer que l'assimilation est impossible pour un protoplasma sans noyau ou vice versa, mais c'est par une induction peut-être hâtive que nous affirmons l'impossibilité de l'assimilation après l'ablation totale d'une seule substance plastique; il y a peut-être des espèces qui ne diffèrent que par l'absence d'une substance plastique ?
160 l'hérédité chez les êtres POLYPLASTIDAIRES
qu'il doit exister un certain parallélisme dans la composition des plastides initiaux d'espèces polyplastidaires, au moins quand ces espèces appartiennent à un grand groupe du règne animal ou végétal ; et ce parallélisme sera d'autant plus étroit que les espèces seront plus voisines, c'est-à-dire qu'il y aura plus de ressemblance morphologique générale entre les adultes de ces espèces (puisque c'est évidemment ainsi qu'on est logiquement forcé de définir, chez les animaux supérieurs, les espèces voisines), ainsi que nous le verrons en reprenant l'histoire du développement.
Nous pouvons déjà remarquer que ce parallélisme est assez évident dans la structure même du plastide initial ou œuf; suivant que les substances plastiques constitutives sont ou ne sont pas miscibles à l'état de vie élémentaire manifestée, elles prennent ou ne prennent pas dans le plastide une forme d'équilibre qui leur est propre; on voit dans l'œuf autant de parties distinctes qu'il y a de masses substantielles non miscibles et chacun sait que ces parties distinctes sont assez analogues dans tous les œufs par leur forme et leurs propriétés pour qu'on ait pu leur donner une appellation commune indépendante de l'espèce (hyaloplasma, paraplasma, chromatine, etc.). Mais il semble bien probable qu'il n'y a guère de rapport entre les éléments morphologiquement distincts dans l'œuf et ceux qui jouent, par leur variation quantitative, un rôle prépondérant dans la différenciation histologique...
De tout ce qui précède, nous devons conclure que les plastides initiaux des espèces polyplastidaires morphologiquement voisines doivent contenir des substances plastiques appartenant aux mêmes familles chimiques; pour fixer les idées, je suppose qu'il y ait huit de ces substances' dans le plastide initial du crapaud, a,,, 8^, Yc^ ^c» ^^ wm ïio^ôcî la lettre grecque indiquant la famille chimique de chaque
1. Le nombre 8 est probablement inférieur à la réalité ; on peut supposer tel nombre que l'on voudra.
substance et l'indice c la nature spécifique, particulière au crapaud, de chacune de ces substances. Ce sera par exemple la prépondérance de «^ qui donnera à un élément le caractère musculaire, le rapport de Pc à yc qui donnera à un autre élément le caractère glandulaire, etc.
Dans une grenouille, nous aurons comme plastide initial une masse comprenant les substances «g, Pg, Yg, Sg, Çg, 7]g, 9g ^, plus peut-être d'autres de familles chimiques différentes, et ce sera, comme chez le crapaud, la prépondérance de ag qui donnera à un élément le caractère musculaire, le rapport de 8g à Yg qui donnera à un autre élément le caractère glandulaire, etc.
Je considère maintenant le développement individuel du crapaud etceluide la grenouille; si les substances «, p... 0, sont très voisines chez ces deux êtres, puisque nous avons supposé que leurs propriétés chimiques voisines sont accompagnées également de propriétés morphogéniques voisines 2, les premiers stades du développement seront comparables, le milieu intérieur se constituera de la même manière et, si la condition n" 2 se produit de telle ou telle manière pour un plastide Pg, elle se produira d'une manière analogue pour le plastide Pgqui, par suite, subira une variation quantitative comparable. Rappelons-nous combien sont semblables les premiers stades de l'évolution de deux coccidies d'espèces tout à fait différentes ! On conçoit que les agglomérations polyplastidaires provenant des deux plastides voisins considérés, auront, à chaque moment, dans le début de leur évolution, des formes générales très comparables et des tissus analogues aux points correspondants; mais il est évident que les différences, si
1. Toutes les substances à indice g ne sont pas forcément différentes des substances correspondantes à indice c.
2. Il faut supposer naturellement, dans ce raisonnement très simpliste, que les conditions mécaniques sont comparables dès le début, même quantité de vitellus semblablement placé, etc. Voyez plus loin baccélération erabryogénique.
152 l'hérédité chez les êthes polyplastidaires
minimes qu'elles soient, iront en croissant; en effet, les substances R produites par l'activité de substances chimiques de même famille peuvent être très différentes, puisqu'elles peuvent tenir exclusivement aux groupements annexes par lesquels diffèrent les substances considérées et non à leur noyau commun ; les conditions réalisées dans les milieux intérieurs iront donc en divergeant. De plus, la moindre divergence dans les différenciations histologiques interviendra comme source de divergence dans les conditions réalisées à chaque instant du développement ultérieur. La similitude entre les deux agglomérations ira donc forcément en diminuant^ et c'est pour cela que deux œufs entre lesquels nous n'aurions su, chimiquement ou autrement, découvrir aucune dissemblance, nous donneront des adultes manifestement différents quoique ayant certains points communs dans la structure générale, comme ceux qui existent entre la grenouille et le crapaud. C'est pour cela que le développement est un réactif si sensible de la composition chimique de l'œuf, puisque des différences, imperceptibles pour nous dans les plastides initiaux, se traduisent au cours du développement par des divergences croissantes, et aboutissent enfin à des adultes notablement dissemblables.
Une autre conclusion qui se dégage nettement du raisonnement beaucoup trop simpliste que nous venons de terminer, c'est que, dans des conditions analogues (à moins par exemple que des quantités considérables de vitellus différemment disposées ne modifient mécaniquement les conditions du développement de l'un des plastides initiaux par rapport à l'autre i), dans des conditions analogues^ dis-]e, les différences sont beaucoup moins sensibles entre les embryons correspondants de deux espèces voisines qu'entre les adultes.