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CHAPITRE XVIII

Lorsque nous avons étudié l'exemple du poussin sortant de l'œuf avec cette admirable coordination qui lui permet d'exécuter les actes si complexes du renouvellement de son milieu intérieur, nous nous sommes dit que l'hérédité devrait nous expliquer comment est possible l'existence d'un œuf dans lequel est déterminé à l'avance un développement si extraordinaire. Etant donné le rôle extrêmement important que nous avons été amenés à accorder dans les phénomènes vitaux à la proportion quantitative des substances plastiques des plastides, nous concevons déjà que l'hérédité des caractères quantitatifs acquis, l'hérédité des caractères de race, permette de faire un grand pas dans la voie de cette explication.

L'application aux plastides d'une agglomération polyplastidaire, de l'admirable principe de Darwin, nous a conduits à la corrélation par variations adaptatives dans l'intérieur d'un organisme.

]\Iais la coordination, qui permet aux êtres polyplastidaires de continuer à vivre dans le milieu extérieur, étant héréditaire, comme nous l'avons vu plus haut, la sélection naturelle va s'applicjuer aux êtres polyplastidaires dans

le milieu du monde, exactement de la même manière qu'aux plastides dans le milieu intérieur d'un animal, et établir la corrélation entre les êtres monoplastidaires ou polyplastidaires à la surface du globe, comme elle a établi la corrélation entre les plastides dans un milieu limité quelconque, le milieu intérieur par exemple.

Rappelons-nous en effet quels sont les caractères des plastides qui nous ont conduits à la notion de la sélection naturelle entre les plastides, et nous trouverons chez les êtres polyplastidaires, considérés comme individus, des caractères absolument équivalents.

D'abord, la reproduction ou, si l'on préfère, la multiplication qui, à un être donné, polyplastidaire ou monoplastidaire, fait succéder un plus grand nombre d'êtres semblables, est la condition première qui donne de l'importance à la sélection naturelle.

Ensuite la variation individuelle qui fait que, dans un même milieu, tous les êtres ne se comportent pas de la même manière, que quelques-uns vivent et que d'autres meurent ou se modifient, se retrouve pour les êtres polyplastidaires comme pour les êtres monoplastidaires et, naturellement, il ne persiste que ceux qui vivent ou se modifient de manière àvivre, et leurs descendants. C'est la coordination assurant le renouvellement du milieu intérieur des êtres polyplastidaires qui correspond à l'assimilation ou condition n" 1 des monoplastides et permet leur multiplication. La variation dans la coordination des êtres polyplastidaires sous l'influence de nouvelles conditions de milieu correspond à la variation et à la condition n" 2 pour les mcnoplastides et, ces variations étant héréditaires, la sélection naturelle les rend forcément adaptatives chez les êtres polyplastidaires comme chez les êtres monoplastidaires. Il y a donc parallélisme absolu, à ce point de vue, entre la manière dont se comportent les êtres supérieurs, considérés comme individus, et la manière dont se comportent les monoplas-

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tides, et c'est une des causes de l'erreur individualiste.

Ce parallélisme étant rigoureusement établi, nous pourrons répéter pour les êtres supérieurs tout ce que nous avons dit des monoplastides, et étudier le rôle de la sélection naturelle, non seulement entre les êtres supérieurs, mais encore entre les êtres supérieurs et les monoplastides qui, au point de vue de la sélection, leur sont de tout point comparables, et nous arriverons ainsi à la notion de la corrélation générale ou harmonie de la nature, exactement comme nous sommes arrivés à celle de la corrélation entre les plastides du milieu intérieur d'un être polyplastidaire.

Nous avons établi le principe de l'hérédité des caractères acquis chez les êtres polyplastidaires, uniquement pour les variations quantitatives qui ne modifiaient pas les espèces. Comment se produisent les variations qualitatives ou variations spécifiques propres ? Probablement d'une manière tout à fait fortuite comme chez les monoplastides, au moins dans beaucoup de cas; mais il est bien évident que ces variations sont héréditaires comme chez les monoplastides, et c'est pour cela qu'il était inutile d'en parler à propos de l'hérédité.

Ce qu'il y a de très remarquable dans la nature, ce n'est pas la grande variété des espèces monoplastidaires différentes pouvant provenir de variations qualitatives au cours de diverses conditions n''2, c'est l'admirable coordination qui existe à l'éclosion, dans les êtres pol}"plastidaires qui proviennent normalement du développement de ces monoplastides, coordination qui est déterminée, dans l'œuf, par les proportions quantitatives des diverses substances plastiques. Or, ces proportions quantitatives proviennent de l'hérédité des variations quantitatives acquises, comme nous l'avons vu et expliqué plus haut. L'hérédité de ces variations acquises suffit à expliquer l'adaptation de chaque espèce à son genre de vie, la prédétermination dans l'œuf de l'être coordonné qui en sort au moment de l'éclosion.

mais elle ne suffirait pas à expliquer la complexité énorme de cette coordination, l'évolution progressive des organismes. Il faut admettre que les nécessités de la coordination peuvent créer, petit à petit, des variations dans la complexité qualitative des plastides. Je m'explique :

Voici un être polyplastidaire soumis à des conditions nouvelles qui déterminent chez lui une coordination nouvelle ; nous avons vu plus haut que cette nouvelle coordination entraînant des troubles dans la corrélation préétablie chez l'être polyplastidaire, une variation quantitative se produit naturellement qui met la corrélation d'accord avec la coordination, quand cet accord est possible.

Dans le cas où les conditions de milieu ont peu changé, cet accord peut se réaliser par une simple variation quantitative, mais nous ne devons pas oublier que la condition n° 2 peut produire des variations qualitatives dans certains cas. Si l'accord entre la corrélation et la coordination nouvelle ne peut pas se produire, la mort survient, mais cet accord se produit, quelquefois par une variation quantitative, quelquefois, si une variation quantitative est insuffisante, par une variation qualitative qui suffit à expliquer l'évolution progressive des espèces.

Remarquons que dans ce dernier cas, si l'on considère les êtres polyplastidaires comme des individus, la variation qualitative est immédiatement adaptée, puisqu'elle résulte d'un accord progressif de la corrélation avec la coordination, et il y a là une différence avec les monoplastides, chez lesquels la variation qualitative était toujours fortuite au début et fixée, ultérieurement seulement, par la sélection naturelle. Il doit donc y avoir chez les êtres polyplastidaires deux sortes de variations qualitatives, l'une absolument fortuite déterminée directement par l'action des conditions de milieu sur les plastides, l'autre adaptée dès le début et provenant de l'accord qui s'établit peu à peu entre la corrélation et une coordination Le Dantec. — Évolution individuelle. 13

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noiiA'elle. La première agit sur les plastides, la seconde sur les organismes polyplastidairos considérés comme individus. La dernière seule explique la complication progressive des organismes, la première n'explique que le grand nombre des espèces ^

Cette considération de la possibilité de deux variations qualitatives différentes amène naturellement à l'étude du différend qui existe entre les néo-Lamarckiens et les néo- Darwiniens, et que Cope^ expose de la manière suivante; (la colonne de gauche indique les opinions néo-Lamarckiennes, celle de droite les opinions néo-Darwiniennes):

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