Huxley, l'Origine des espèces
206 FAITS ET THÉORIES AYANT RAPPORT A l'hÉRÉDITÉ
à admettre que les variations spécifiques sont le plus souvent fortuites et ne sont adaptées qu'ultérieurement par la sélection naturelle; la tératologie serait ainsi pour lui la base de toute l'histoire naturelle, ce qui est bien peu vraisemblable, étant donnée la merveilleuse organisation de certains êtres dont l'apparition s'explique bien mieux par l'acquisition progressive de caractères fonctionnels transmis par hérédité. Le raisonnement de Huxle}^ est incomplet et entaché de l'erreur individualiste, parce qu'il n'a songé à établir qu'entre les individus métazoaires complexes les résultats delà sélection naturelle, tandis que cette sélection s'exerce naturellement aussi entre tous les plastides constitutifs des êtres supérieurs. Seulement la sélection adaptative entre les éléments des tissus d'un être prend, lorsqu'on se place au point de vue individualiste, l'apparence d'un phénomène dirigé par une volonté libre, celle de l'individu. Huxley, partisan de la théorie de la conscience épiphénomène, ne peut accorder à cette prétendue volonté libre une influence directrice sur la formation des espèces, et il ne se rend pas compte de ce fait que, précisément, l'illusion de la volonté libre résulte de la sélection adaptative entre les éléments des tissus. — De telle manière qu'en supprimant la notion d'individualité, les néo-darwiniens sont d'accord avec les néo-lamarckiens.
Ces derniers, prenant le contre-pied de la théorie de Huxley, que les variations sont fortuites, admettent au contraire qu'elles sont dirigées par une volonté absolument libre qui préexiste à l'individu. C'est une autre forme de l'erreur individualiste ; je l'ai étudiée ailleurs '. Indépendamment de cette considération de la liberté réelle ou apparente des êtres Advants, il faut dire quelques mots des deux modes d'acquisition de caractères nouveaux que considère comme possibles E.-D. Cope-, chef de l'école néo-lamarckienne.