Cope, op. ci!., p
3. Proceedincjs of American Pfiilosophical Society, vol. XXXII, p. C15.
terrains plus récents, on constate que ces coquilles, presque droites naguère, se sont enroulées de plus en plus à la manière d'une spirale d' Archimède ; nous ne pouvons pas comprendre les raisons de cette transformation progressive, mais la présence de certains caractères communs permet de considérer comme démontré que les formes enroulées descendent des animaux à coquilles droites. Or, l'enroulement est tellement fort dans certains types que les tours de spire successifs s'impriment les uns dans les autres, donnant naissance à ce sillon dorsal dont j'ai parlé plus haut, sillon dorsal dont la genèse mécanique est évidente puisqu'il résulte sans conteste de la pression du tour ■de spire précédent sur le suivant.
Tant que les animaux en question restent aussi nettement enroulés, les néo-darwiniens peuvent prétendre avec ^^'eissmann que ce caractère du sillon dorsal est acquis in- <lividuellement par chaque céphalopode pour des raisons mécaniques évidentes, le contact des tours de spires.
;Mais voilà qu'à une période plus récente de l'histoire du monde, les découvertes paléontologiques nous montrent que les descendants de ces céphalopodes à coquille enroulée ont subi un commencement de déroulement et ont maintenant la forme d'une spirale d'Archimède à tours de spire plus écartés les uns des autres et ne se touchant plus ; et notez bien que des caractères communs permettent d'affirmer que ces céphalopodes à moitié déroulés descendent de ceux <lont l'enroulement était beaucoup plus serré. Or, que doitil arriver dans ces conditions ?
Si, comme le veulent les néo-darwiniens, chaque individu acquiert ses caractères propres pour son compte personnel et sans hériter de ses ancêtres aucun caractère ^icquis, les tours de spire ne se touchant plus et ne se comprimant pas les uns les autres, leur section transversale doit être circulaire comme le serait celle d'un long cylindre de boudin que vous disposeriez sur une table en une spi-
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raie d'Archimède à tours de spire séparés ; autrement dit, comme l'était celle de leurs grands ancêtres, dans les temps très anciens, avant que les conditions extérieures eussent déterminé l'enroulement.
Eh bien ! ce n'est pas du tout cela qui arrive ; la section transversale a, chez les jeunes indiuidus, la forme clan cercle échancré à cause de la persistance du sillon dorsal. Or, l'exemple actuel présente cette condition tout à fait avantageuse et d'ailleurs très rarement réalisée, que les raisons mécaniques de la formation de ce sillon sont d'une évidence palpable et que l'on peut être certain qu'elles n'existent plus pour les céphalopodes déroulés de la troisième période chez lesquels cependant ce sillon dorsal est conservé comme une preuve indiscutable de l'hérédité possible des caractères acquis.
Autres exemples :
Certains éleveurs sont arrivés à diminuer la taille de ({uelques animaux de luxe au moyen d'une nourriture insuffisante; les descendants de ces êtres amoindris peuvent conserver leur petite taille pendant plusieurs générations, même lorsqu'ils sont très abondamment nourris. Cet exemple a moins de force que le précédent, et les néo-darwiniens peuvent l'expliquer sans peine en recourant uni- ([uement au principe de la sélection naturelle. 11 en est de même pour l'exemple que cite Cope de la rapidité croissante des chevaux élevés en vue des courses depuis un siècle.
Enfin, voici quelques cas d'hérédité de mutilation qui ne manquent pas d'intérêt et qui sont assez peu connus :
Une jument pleine reçut à un œil une blessure grave suivie d'une violente ophtalmie ;e\\e mit bas une pouliche ayant l'œil correspondant avorté.
Un coq de combat perdit un œmI ; peu après et pendant que la blessure était encore en fort mauvais état, il fut transporté dans un autre lot de poules de sa race qui, fécondées par d'autres coqs, avaient eu des poussins nor-
maux; il leur donna des petits dont un grand nombre avaient un œil défectueux.
Une jument, ayant eu un paturon fendu, fut employée comme poulinière ; elle eut quatre poulains dont le second avait le même paturon fendu.
Une femme eut les rotules brisées et mal ressoudées pendant sa grossesse; elle donna naissance, quatre mois après, à un fils qui présenta aux rotules des déformations identiques à celles qui résultaient chez elle-même de la soudure vicieuse des fragments de ces os ; cette dernière observation est de Gope lui-même.
Il y a deux catégories bien distinctes dans les observations précédentes : les unes se rapportent à des mutilations opérées pendant la grossesse et transmises aux rejetons; elles sont en dehors de la question de l'hérédité des caractères acquis 1.
Les autres se rapportent à des mutilations antérieures à la conception, à la fécondation; il faut remarquer que ces dernières, dans tous les cas cités, ont causé des troubles généraux graves, ce qui est bien en relation avec la manière dont nous nous sommes expliqué plus haut la transmission des caractères acquis.
Le bien-être et l'abâtardissement des races. — Voici une conséquence bien inattendue de l'hérédité des caractères acquis; nous avons vu que ce phénomène, guidé par la sélection naturelle, explique l'évolution progressive des organismes , et nous permet de nous rendre compte de l'existence d'un corps, comme l'œuf de poulet, qui donne naissance, à l'éclosion, à un être aussi compliqué que le poussin et aussi merveilleusement coordonné. La décadence des races heureuses découle aussi cependant de l'hérédité des caractères acquis.
1. Mais sont de même ordre que les phénomènes de télégonie. (Voyez ch, XXIV.)
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D'abord, il y a, dans le cas considéré, une sélection arii/îcielle, à rebours, due, quand il s'agit de l'homme, aux phénomènes affectifs et à la possibilité de protéger contre une mort immédiate les individus malingres, qui, livrés à eux-mêmes, auraient certainement disparu. Voyons -en un exemple chez les animaux :
Dans les riches pays d'élevage, les éleveurs qui possèdent de nombreux troupeaux, ont un grand intérêt à ce que les indiAÛdus constituant ces troupeaux présentent, au plus haut degré, certains caractères avantageux (production ■de viande, production de laine, rapidité des chevaux, etc..) ; -îiussi sacrifient-ils sans regret les jeunes qui sont les moins bien doués, et ne conservent- ils que les types chez lesquels les caractères avantageux cherchés sont le mieux développés.
Le résultat de cette sélection raisonnée est que les types reproducteurs des générations successives sont de plus en plus remarquables ; il y a amélioration de la race. L'exemple -de la race Durham est, à ce point de vue, tout à fait cuj'ieux.
Considérons au contraire un pays pauvre, comme la Basse-Bretagne par exemple. Les paysans, qui ne possèdent que peu de chevaux, font tout leur possible pour conserv^er, non seulement les jeunes qui sont mal doués, mais même ceux qui, abandonnés à eux-mêmes, n'eussent pas pu vivre : il en résulte un nombre croissant de produits de mauvaise qualité qui servent ensuite de reproducteurs et donnent des rejetons aussi mal, sinon plus mal doués qu'eux. Voyez la différence qui existe entre les vaches et les chevaux de la Bretagne et les admirables bêtes des pays d'élevage comme la Normandie, l'Angleterre.
Chez l'homme il en est do même, mais pour des raisons d'intérêt. Lyiurgue voulait qu'on sacrifiât dès leur naissance tous les enfants malingres et rachitiques, et il voulait ainsi faire de la bonne sélection raisonnée, car, une
fois ces enfants devenus adultes, on ne pourra les empêcher de se reproduire...
Tout ceci est le résultat d'une sélection mal dirigée, et il est certain que l'hérédité seule rend cette sélection nuisible ; mais il y a aussi une décadence marquée due uniquement à l'hérédité des caractères acquis par le bienêtre.
Un animal vraiment vigoureux est celui qui peut résister à un grand nombre de causes de destruction. C'est précisément sous l'influence de ces causes de destruction, sans cesse agissantes au cours de l'évolution de l'espèce, que la sélection naturelle a guidé les progrès de cette espèce. Je considère, par exemple, la lutte contre le froid; tous les animaux sauvages sont admirablement doués pour cette lutte; l'homme au contraire, et surtout l'homme civilisé, après avoir été sans doute aussi bien doué à ce point de vue que les autres animaux sauvages, le devient de moins en moins. Pourquoi ? C'est que l'homme a actuel lement, en dehors de son propre organisme, des moyens d'éviter le froid. Il évite le froid au lieu de lutter contre lui ; il se couvre de vêtements, vit dans des maisons closes, et ne saurait plus s'en passer, de même que beaucoup d'animaux domestiques, dégénérés parle bien-être, ne peuvent plus s'accoutumer à la vie sauvage. Je m'en tiens ici à la lutte contre le froid, qui est un exemple fort remarquable d'assimilation fonctionnelle. D'après la définition que j'ai donnée plus haut du mot organe i, je puis appeler organe de lutte contre le froid, l'ensemble des éléments dont l'activité détermine, dans ce cas particulier, la victoire de l'organisme. Cet organe se développe en hiver par un fonctionnement journalier (assimilation fonctionnelle) ; aussi supportons-nous aisément à la fin de l'hiver une température qui, en été, nous rendrait malades si elle