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Le Dantec. — Évolution individuelle. 15
survenait brusquement; c'est qu'en été l'organe en question est peu à peu atropliié par l'inactivité ; les personnes qui passent la plus grande partie de leur ^temps dans un appartement chauïfé par un calorifère, soufl'rent beaucoup plus du IVoid quand elles sortent... etc. Voilà pour la vie individuelle. Pour ce qui est de l'histoire de la race, remarquons que, dans les générations successives, les hommes qui se couvrent de vêtements chauds et habitent des maisons chauffées arrivent à atrophier de plus en plus leur appareil de résistance au froid. Or cette atrophie se transmet héi-éditai rement, partiellement au moins, et finit par devenir de plus en plus complète au bout de plusieurs générations. Les gens de notre race ne pourraient plus vivre nus en hiver. Ce qui est vrai pour le froid est vrai pour tous les autres agents naturels de destruction ; les races civilisées deviennent de moins en moins aptes à lutter individuellement conive le milieu, parce qu'elles se reproduisent dans des conditions où cette lutte est devenue inutile ; les animaux domestiques, je le répète, meurent souvent quand on les rend à la vie sauvage ; l'homme, gâté par les avantages de la vie .sociale, ne peut plus se suffire à lui-même... Voilà comment l'hérédité des caractères acquis par assimilation fonctionnelle explique la décadence des races qui ont trop de bien-être.
L'accélération embryogénioue. — Nous avons vu plus haut que, dans des conditions analogues (à moins, par exemple, que des quantités considérables de vitellus différemment disposées ne modifient mécaniquement les conditions du développement de l'un des plastides initiaux par rapport à l'autre), dans des conditions analogues, dis-]e, les différences sont beaucoup mohis sensibles entre les embryons correspondants de deux espèces voisines qu'entre les adultes. C'est Va base de la loi de Serres.
Mais, quand il y a beaucoup de vitellus, sa présence intervient mécaniquement tant qu'il n'est pas consommé et peut, par suite, masquer considérablement la ressemblance entre les embryons correspondants, même quand ces embryons proviennent de plastides initiaux voisins; et l'on connaît beaucoup de cas où cela se produit; mais, nous l'avons constaté à propos de la cicatrisation, lorsque le squelette ne s'y oppose pas, la forme du corps est précisément à chaque instant la forme d'équilibre que prendrait, libérée de toute entrave, l'agglomération polyplastidaire au moment considéré. Il n'est donc pas étonnant, quand l'entrave mécanique due au vit'dlus a disparu par la consommation de ce vitellus, que l'embryon libéré prenne, débarrassé de cette entrave nutritive, une forme beaucoup plus voisine d'un embryon de même âge (provenant d'un plastide initial d'espèce voisine, sans vitellus) que ne l'ont été jusque-là les formes de même âge des deux embryons évoluant parallèlement, l'un avec l'autre, sans vitellus.
Fritz Millier a fait remarquer que, dans le cas de la présence d'un vitellus abondant, l'évolution vers l'adulte est plus rapide, d'où le nom d'accélération embryogénique due aux phénomènes qui prennent place dans ces conditions. Il est évident que cette accélération embryogénique est acquise et non primitive. En effet, ce que nous avons appris de la formation des espèces par cinétogénèse, avec transmission héréditaire des caractères acquis, nous autorise à affirmer que tous les caractères utiles des animaux ont été acquis successivement, et que le développement initial de l'espèce s'est fait par individus libres. Il n'est pas compréhensible, autrement, qu'il existe un corps aussi bien fabriqué que l'œuf du poulet, donnant naissance, à i'éclosion, à un merveilleux poussin. L'accélération embryogénique est donc un caractère acquis et fixé par sélection naturelle, parce qu'il est avantageux en rendant le développement plus rapide, et aussi parce qu'il rend
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l'espèce beaucoup moins variable. Ce dernier point résulle en effet de ce que nous avons déjà remarqué plus haut^, que les modifications introduites dans l'individu par l'éducation seront de moins en moins considérables suivant que l'individu viendra à éclore à un stade de plus en plus voisin de l'état adulte. Donc une espèce qui, comme l'écrevisse, le poulet, naîtra avec presque tous les caractères de l'adulte, sera beaucoup moins sujette à une variation par cinétogénèse qu'une espèce qui, comme le Penœus, éclot au stade nauplius.
Il est utile, dans l'étude de la formation des espèces, de savoir reconnaître ce qu'il y a de primitif et de secondaire dans les caractères du développement embryologique. Giard a donné à ce sujet la loi suivante qu'il a appelée loi de la nécrobiose phylogénique"^ :
« Quand, par suite d'une embolie ou de toute autre cause pathologique, un tissu normal ou un néoplasme n'est plus nourri que d'une façon insuffisante, ce tissu et cette tumeur subissent dans leurs éléments une modification spéciale qui aboutit à la mort de ces éléments, à leur transformation en granulations graisseuses et à leur fonte ou leur résorption par les phagocytes. C'est ce (jui constitue la dégénérescence graisseuse ou nécrobiose pathologique'^.
« De niC'uie, quand un organe a joué un rôle important dans la phylogénie d'un groupe zoologique, il arrive souvent que cet organe réapparaît par hérédité dans l'onto génie d'un animal de ce groupe, bien qu'il soit devenu complètement inutile à l'embryon ' ; mais alors cet organe est toujours essentiellement transitoire : il présente une tendance marquée à la réduction, et les cellules qui le