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avec une grande clarté dans l’excellent ouvrage D'Abou
Zacharia, de Séville, dont il existe une traduction espagnole par Don José Antonio Banqueri (Madrid, 1802). Il existe également une traduction des remarquables ouvrages sur l’histoire naturelle de Cazwini et Aldemiri
par M. de Lacy. L'Espagne leur doit aussi l'usage des
norias ou machine hydraulique formée de godets fixés après une chaîne sans fin. |
Les Arabes ont également brillé dans la médecine. Ils ont produit une phalange de médecins célèbres. Les ouvrages de Rhazès et D’Avicenne, tous les deux nés en Perse au x° siècle, furent traduits et imprimés plusieurs fois, et les Universités de France et d'Italie s’en servirent pendant plusieurs siècles. De même que la
Perse, l'Espagne musulmane eut de grands médecins
tels qu’Albucasis, Avenzoar, Averroès et Aben-Bithar.
Albucasis, né dans un village près de Cordoue, fut
l'écrivain le plus célèbre ‘en matière de chirurgie. Ses ouvrages contiennent des gravures d'instruments de chirurgie et traitent des fractures et des luxations, des hernies et de la lithotomie qu’il décrit avec des détails dignes des chirurgiens modernes.
Avenzoar, né à Peñaflor, dans la province de Séville,
en 1073, fut le premier qui eut l’idée de la trachéotomie. :
IL donna des indications très exactes sur le diagnostic
et le traitement des luxations et des fractures. Il a écrit
également divers ouvrages de médecine dont on trouve
* Ur re
des exemplaires dans différentes bibliothèques nationales d'Europe.
Le médecin arabe le plus célèbre de l'Ecole de Cordoue, fut Averroës, qui vécut au x: siècle. Il est l’auteur d’études remarquables sur la médecine, de même que sur les sciences naturelles et la philosophie. Parmi ses nombreux ouvrages de médecine, 78 figurent dans
uncatalogue manuscrit de la bibliothèque de l’Escurial.
Son principal ouvrage médical est Kitabu-el-Colliget, c’est-à-dire le livre de’ tout ; c’est un traité complet de médecine qui est divisé en sept livres : anatomie, santé, maladies, pronostics, signes de maladie et de santé, aliments et médicaments, régime de santé et de maladie. Dans ses travaux, il s’efforça d'appliquer les doctrines philosophiques pythagoriciennes à la médecine. En plus de son Colliget dont on fit plusieurs éditions à Venise et à Lyon, il a écrit des commentaires sur Aristote et sur les Canons d’Avicenne.
Outre ce petit nombre de médecins célèbres, 1l y eut
toute une phalange de médecins et de savants arabes remarquables, dont l’histoire a conservé les noms. Les Arabes ont eu également -de grands philosophes, des jurisconsultes célèbres, de même que des historiens de grand renom. se
Les Arabes comptent aussi des écrivains éminents :
qui ont laissé des travaux sur les contrées qu'ils habitèrent,comme la Perse, la Syrie, l'Egypte et l'Espagne. Gayangos a laissé une liste considérable de nombreux
historiens arabes qui rédigèrent à l’époque les annales de la Péninsule ibérique.
Les Arabes, tout en cultivant avec succès toutes les | branches du savoir humain, ne négligèrent pas les arts. Pendant la première période de leur domination en Espagne, du virr* au x° siècle, ils se limitèrent à copier l’art gréco-romain en modifiant le style et en l’adaptant à leurs mœurs et coutumes. C'est ainsi que lorsque Abdel Rahman s'installa dans son califat de Cordoue, il yfit bâtir, pour éviter aux Musulmans le pèlerinage pénible de la Mecque, une mosquée splendide qui fut l'objet de la vénération et le lieu de pèlerinage de tous les fidèles d'Espagne. Cette mosquée était une imitation de celle de Damas, qu’elle dépassait cependant en magnificence. Les mosaïques utilisées dans la mosquée étaient une imitation de celle des artistes byzantins. C’est seulement depuis 965 que les Arabes cherchèrent à donner à la décoration un certain éclat et à en multiplier les détails. On ajouta aux arcs des
= festons et des courbes variées comme en témoigne la
chapelle de Villaviciosa dans la mosquée de Cordoue. Sous les princes almoravides et almohades,au xi° siècle,
l'art trouva beaucoup d’encouragement. Leurs archi
tectesintroduisirent l’artogival,les mosaïques en faïence, “les broderies les plus capricieuses et les ornements coulés en stuc. Les inscriptions abondent et font partie du décor,ainsi qu’on le voit dans l’Alcazar de Séville. Tou- tefois, dès le commencement du xr1° siècle, l’art arabe
atteignit son apogée qui coïncida avec le plus haut degré de splendeur du royaume de Grenade dont l'AI- hambra est l'expression la plus éclatante.
La prospérité de l'Espagne sous les Arabes surpassa celle de tous les pays d'Europe. Selon Duruy, Cordoue et ses arrondissements avaient huit lieues de circonférence, soixante-mille maisons et deux cent quatre-vingttrois mille habitants. Tolède avait deux cent mille habitants et Séville trois cent mille et six mille métiers pour la soie seulement. Le géographe Edrissi, qui visita l'Espagne au milieu du x1° siècle, assure qu’il y avait dans le seul royaume de Jaen plus de six cents villages et pooone qui faisaient le commerce de la soie. ;
En ce qui concerne l’industrie, les Arabes perfectionnèrent l’art de tanner et de préparer le cuir, de tisser le coton, le lin et le chanvre, de fabriquer des étoffes de
draps bleus et verts de Cuenca, les lamés de Tolède, les draps de Murcie fabriqués avec les belles laines de la région, les soïeries de Grenade, d’Alméria et de Séville, étaient recherchés sur tous les marchés d’Europe, D'autre part, le soufre, le fer, le cuivre et le mercure étaient exploités par eux avec succès et les aciers trempés d'Espagne étaient très recherchés par toutes les manufactures de casques et de cuirasses de l’Europe.
Les savants arabes à Andalousie se sont distingués
soie et de laine. Les cuirs travaillés de Cordoue, les -
non seulement par leur savoir,.
leur érudition et leur esprit philosophique, mais aussi par leur grand amour de la vérité et leur désir insatiable d'élargir la sphère 7 de leurs connaissances, qui les poussait à entreprendre de longs et pénibles voyages en Orient afin de visiter
les grands centres de culture et d’ entendre les maîtres
du Caire, de Bagdad, de Smarakand et de Bassora.
Une fois rentrés en Espagne, ils se faisaient un devoir
de faire profiter des nouvelles connaissances acquises les nombreuses écoles d’Andalousie où l’on enseignait. la géographie, la dialectique, l'astronomie, les sciences mathématiques et physico-chimiques, l’histoire naturelle et la médecine. sa
Après avoir fait un exposé succinct de l'état des deux civilisations qui, au x1° siècle, se sont partagé l’ancien 2
monde, on ne peut pas s'empêcher de comparer les
fruits que chacune d’elles a donnés et de juger en consé-
quence de leur valeur respective. C’est ainsi qu’on voit, en Occident, de misérables petites villes, des cabanes de paysans et des forteresses grossières, des régions
entières troublées par la guerre, un manque absolu de:
sécurité de.la personne et de la propriété, la société divisée en maîtres et serfs, l'Europe parsemée de grands” monastères et églises où les uns ne faisaient que prier
PENDANT LEUR DOMINATION EN ESPAGNE 387 ne
et les autres que copier des manuscrits dont la plupart | étaient des ouvrages de piété, des livres d'office ou, “+ : des récits de la vie des saints ; pendant que les laïcs des villes et des châteaux, quiignoraient le latin et ne Ke savaient ni lire ni écrire, allaient entendre les trouvè- . à res et les jongleurs, qui dans les foires aussi bien QU'A 1/00 | la cour des seigneurs chantaïent en s ANCORPAgREnt dé 2228
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: L D'autre part, on voit toutes les sources de la one » publique. taries, les paysans gémissant sous le poids de, & | la glèbe, le commerce et l’industrie chômant par - manque de routes et de sécurité, mais surtout par l’absence des rapports commerciaux avec les autres pays. Quant à la culture intellectuelle, elle était en Occident: Ê pour ainsi dire inexistante ; les sciences comme les 8 ‘arts s'étaient refugiées dans les cathédrales aux- ; Fa quelles étaient rattachées des écoles, où l’on enseignait. “a surtout la théologie, qui était alors considérée comme
la science maitresse, | 2 4 La religion elle-même s’était laissé envahir par les. }
ne croyances populaires qui dominaient la morale, l’art,
te la littérature et jusqu’à la politique. Grâce à cet état. 5e d'esprit, l'ignorance, la superstition et la crédulité Eue" à + ,
| avaient dominé dans toutes les élasses sociales et la #4 croyance aux saints poussait tous les jours desracines d. Sr plus profondes. Tout homme a un patron qui le défend 55 et intercède pour lui auprès de Dieu, Toute église, toute ville et toute corporation est consacrée à un saint,
ou à une sainte. Pendant tout le moyen âge, à mesure que la lumière de l'intelligence s ’obscurcissait, la pen-
sée du diable hantait tous les esprits ; on le voit rôder au milieu des hommes comme le loup dans la bergerie ; bien des gens ont vu le démon traverser les airs, poussant d’horribles cris de joie en emportant l'âme d’un meurtrier, d’un usurier, d'un hérétique. Les démons ont intérêt en effet à faire tomber l’homme dans la tentation pour pouvoir l’entraîner ensuite dans l'enfer. Une nuit, saint François, étant malade, posa sa tête surun
ereiller de plumes ; le démon y pénétra et l’'empècha
de prier ; au matin, le saint fit jeter le démon avec le eoussin hors desa cellule. Parfois, le démon entre dans Je corps d’un malheureux, lui donne des convulsions et prononce des blasphèmes par sa bouche. On disait alors ne le malade était possédé du démon. C’est ainsi qu'on s’expliquait l’épilepsie, morbus sacer, et les maladies nerveuses. Le diable, selon l'opinion courante, recrutait souvent ses serviteurs parmi les gens du peuple ; c'étaient les sorciers. On les accusait de faire tomber la grêle et de faire mourir les gens oule bétail, de se livrer à une cuisine infernale avec des crapauds et de la graisse d'enfants morts sans baptême. Les sorciers pullulaient surtout en Allemagne où le Broeken, la plus haute cime du Hartz, jadis sanctuaire des
dieux, devint le rendez-vous des sorciers de toute l’AIlemagne. L'inquisition organisa un tribunal spécial
contre les sorciers de même que contre les hérétiques.
On brüla des sorciers par milliers, surtout en Allemagne, jusqu'aux xvie et xvir' siècles.
Tous ces faits prouvent bien la déchéañce morale et intellectuelle de la société humaine en Europe pendant le moyen âge, grâce à l’absolutisme religieux qui dominait la conscience humaine et paralysait la volonté des classes les plus éclairées, ce qui contribua à allumer le fanatisme parmi les classes incultes et les esprits faibles et à fausser le sens moral et le. sentiment religieux des classes élevées. | | :
Si nous jetons maintenant un regard du côté de l'Orient, nous trouvons de nombreux centres d’instruction publique au Caire, à Damas et à Bagdad, en même temps que des palais de marbre, des ateliers, des écoles, des œuvres d’art et des jardins qui s'étendent sur plu-
sieurs lieues ; de plus une campagne bien arrosée et
couverte de villages et un mouvement incessant de
marchands qui se rendent paisiblement des marchés . de l'Espagne jusqu’à ceux de la Perse.
Les pays d'Orient s'étant enrichis par un commerce et une industrie prospères, furent l’entrepôt des objets de luxe et des produits des pays chauds, tels que les
épices de l'Inde, l’ivoire, les soies de Chine et les tapis ainsi que du sucre et du coton qui provenaient des mar-
chés de Bagdad, d'Alexandrie et de Constantinople. Au x siècle, les grandes villes de commerce de
l’époque, Gênes, Venise, Pise, envoyaient leurs navires
dans les ports Fe Palestine où aboutissaient les cara-
vanes de Damas et de Bagdad. Au xr11° siècle après la prise de Constantinople par les Croisés, tout un quartier de la ville fut occupé par les Comptoirs des Vénitiens qui, de là, commerçaient avec Trébizonde et les autres ports de la Mer Noire. Les navires de Venise et de Gênes venaient régulièrement à Alexandrie chercher les épices et les étolfes de soie de l'Orient. Des Arabes nous viennent également le sarrasin, l’asperge, le lin, lé chanvre, le mürier, le safran, le riz, le palmier, le citron, l'oranger, même le café, le coton et la canne à sucre.
Ceci posé, on ne peut s'empêcher de se demander comment il se fait qu’un peuple qui a semé les germes dela civilisation en Orient eten Occident ait fini après huit siècles de domination, par perdre sa vitalité au point de reculer jusqu'aux confins de l'Afrique. Pour expliquer ce fait sociologique 1l faut rappeler les faits suivants : . ss
1° L'Empire arabe était composé de peuples de races et de mœurs distinctes, réunis sous un même drapeau religieux et politique ; il avait commencé par une période purement arabe sous les successeurs de Mahomet, puis il avait passé successivement par une période syrienne sous les Omniades avec Damas pour capitale,
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par une période perse sous les Abassides, avec Bagdad -pour capitale, et finalement par une période turque avec Constantinople pour capitale. Cet assemblage de races différentes, d’origine guerrière et de mœurs orientales
barbares, ne put rester longtemps sous le même drapeau; chacune des races qui le composaient voulant
prédominer sur l’autre.
90 De même les armées e l’islamisme étaient cons-
. tituées d'éléments ethniques divers : l'armée d’ Espagne était formée d’Arabes purs, de Syriens, d'Egyptiens et -de Berbères. Chaque légion s'établit dans un territoire “distinct, de manière que Cordoue fut occupée par la
légion de Damas ‘composée pour la plupart d'Arabes syriens, qui restaient toujours fidèles à la famille des Omniades, tandis que les Arabes du Maroc qui étaient des Berbères, de mœurs plus sauvages et d'un entendement moins cultivé, et par conséquent plus fanatiques, préféraient le maniement des armes aux arts et aux -sciences et se faisaient entre eux une guerre perpétuelle.
Il en fut de même en ‘Asie où l’élément mongol et tartare ne tarda pas à entrer en collision avec l'élément arabe. Il en résulta une collectivité sans idéal supérieur commun et qui, entraînée par des instincts ataviques à une guerre continuelle, finit par devenir la proie du -despotisme des chefs tartares dégénérés et la victime de la force brutale de l'élément turc. |
Le même cas se produisit pour les Omniades en -Andalousie où se formèrent six Etats indépendants,
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dont les chefs prirent le titre de rois : ce furent les Etats
de Cordoue, Séville, Ecija, Malaga, Almeria et Grenade. Sur la côte orientale, il y eut trois royaumes: Dénia, Murcie et Valence. Dans la partie septentrionale: + se trouvaient trois royaumes: Saragosse, Tortosa et Huesca. De plus, il y avait encore Tolède et ses environs qui formaient un royaume séparé, Certes, si les chefs s'étaient unis entre eux et avaient formé une con fédération, ils auraient été capables d’opposer aux chrétiens une barrière infranchissable, mais leur jalousie et leur ambition personnelle les portaient vers Ja désunion qui fut la cause de la perte de leur indépendance. |
3° L'Afrique n’a jamais été propice depuis la période égyptienne au développement de l'esprit scientifique ; c’est pourquoi les Arabes n’ont jamais réussi à y faire © germer la civilisation pas plus qu’en Arabie, leur pays d'origine. Au Maroc où avait pénétré la culture grécoarabe sous le règne des Abbassides, l’arrivée au pouvoir du parti orthodoxe ne tarda pas à effacer les bienfaits de la culture grecque et à substituer à celle-ci le régime du fanatisme religieux et de l'intolérance. D'autre part. à quelques uns des chefs belliqueux du Maroc, n'écoutant que leur ambition, exploitèrent la crédulité des masses fanatiques, les poussèrent à envahir l'Espagne et déclarérent la guerre anx rois chrétiens. Ceci fournit un prétexte au pape Innocent III pour prêcher la croisade contre les musulmans d’Espagne. En effet, l’arche-
vêque de Tolède, à la tête de soixante-mille combat-. tants et aidé par FE chrétiens d'Espagne et de Portupal engagea une bataille dans la plaine de Las Navas de Tolosa, où les musulmans furent mis en déroute, ce qui mit fin à la domination des Almohades en Écpaanes Quoi qu'il en soit, il est démontré d’une manière indiscutable que la culture grecque introduite par les Arabes dans la Péninsule Ibérique a été furieusement assaillie par deux vagues de fanatisme religieux, l’une provenant du parti orthodoxe musulman du Maroc, c’est-à-dire de l'Orient. et l’autre émanant des croisades, c'est-à-dire de l'Occident, et soutenue par tous les gouvernements de la chrétienté. Le fanatisme religieux, répandit son ombre sur l'Occident et la science et le progrès intellectuel furent retardés jusquà l’époque de la Renaissance et de la Réforme.
= Submergée par les flots montants du fanatisme jan gieux, la lumière de la science s ’éclipsa en Occident, et. ce fut seulement à l’époque de la Renaissance et de la Réforme qu’elle illumina de nouveau la raison et le
| progrès intellectuel.
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