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préoccupé l'esprit humain, l'existence ie monde supérieur, le but de la création, les imperfections et l'amour
de la vie terrestre. En même temps il chercha à conci- “lier la philosophie d’Aristote avecles vérités révélées de la Bible. Toutefois Maimonide, bien qu'admirateur de l’œuvre d'Aristote n’en accepte pas tous les principes <
il rejette tous ceux qui ne lui paraissent pas fondés après un examen approfondi et ceux qui lui paraissent.
en contradiction, avec l'esprit du judaïsme etopposés à : 5e
l’idée d’éternité de la matière, D'après lui, l'homme est partagé entre les besoins de la matière qui cherche l’utile et l’agréable, et les aspirations de l’âme qui cherche le bien et la perfection. L'homme, doué de la
raison est toujours capable de surmonter les barrières que lui oppose la matière, de s'élever au rang des
esprits purs et de s’unir à l'Esprit universel du monde, Îl attribue aussi à l’homme le don de prophétie. L’effu-
sion de la pensée divine sur l'imagination humaine se à
manifeste surtout pendant le sommeil ou un état ana-
logue. Toutes les visions des prophètes se sont pro-
duites d’après lui, dans une sorte de rêve, et les récits de la Bible relatifs aux faits et gestes des voyants doivent être pris, non pour des faits réels mais comme
des états intimes de l’âme, comme des inspirations
divines perçues par l'imagination.
Le Guide des égarés ayant été traduit en arabe et en
latin ne resta pas limité au cercle étroit des commu-
nautés israélites d’Espagne et du midi de la France;
Je LA PHILOSOPHIE RELIGIEUSE EN ESPAGNE 415
il fut bientôt répandu parmi les savants arabes ; un mahométan y ajouta même une préface en manière de commentaire. De même il fut connu d'Albert le Grand
et de Thomas D’Aquin, les principaux fondateurs de la Scolastique. Toutefois, loin de contribuer ‘à maintenir intactes les croyances mosaïques parmi les juifs dis- persés dans les pays d'Occident et d'Orient, les doctrines contenues dans le Moreh Neboukhim servirent de pomme de discorde entre les partisans du progres eb ceux de la tradition.
Ce fut parmi les juifs du midi de la France que la
.. lutte entre Les partis extrêmes devint particulièrement acharnée : les uns accueillaient Le Guide des ave avec enthousiasme, en poussant l'exagération jusqu’à supprimer dans la Bible toute idée faisant allusion au surnaturel et au miraculeux, tandis que les rabbins de l’ancienne école effrayés de la tendance de Maimonide à
supprimer le Talmud, dénonçaient ses doctrines comme erronées et dangereuses pour l’existence du judaisme, Ce fut surtout un obscur rabbin de Provence, Salmon “ben Abraham de Montpellier, qui, en 1232, lança l’ex- 5e communication contre ceux qui liraient le Moreh Nebou- Khim ou qui s’occuperaient d’autres études que celles | de la Bible et du Talmud. Cette déclaration de guerre provoqua une violente scission parmi les rabbins de Provence, dont la majorité se déclarèrent favorables à __ Maimonide. Salomon, homme à esprit étroit, furieux de . se voir désavoué, commit la folie de le dénoncer à l’au-
torité ecclésiastique qui fit brûler à Montpellier etàa Sur. Paris les ouvrages de Maimonide comme injurieux pour se la foi chrétienne. Cette conduite ignoble, qui rappelle e celle de Calvin dénonçant Michel Servet à l’inquisition . de Lyon, amena amis et adversaires à s'unir pour une protestation commune contre le fanatisme rabbinique. IL en résulta que le nombre des partisans de Maimonide augmenta de jour en Jour. | ce er
Le parti orthodoxe, alarmé de ces rogrée, entreprit une campagne contre les rabbins de Montpellier qui défendaient avec énergie les droits de la pensée. Les deux partis, fatigués d’une lutte stérile, choisirent pour arbitre Salomon ben Adret, la plus haute autorité rabbinique d'Espagne. Celui-ci réunit à Barcelone un Synode de trente rabbins, qui prononça l’excommunication contre quiconque ayant l’âge de vingt-cinq ans irait un ouvrage scientifique dans la langue originale ou dans la traduction hébraïque. On ne ferait. exception que pour les livres de médecine. Quant aux commentaires philosophiques sur l'écriture sainte, ils furent condamnés au bücheret leurs auteurs voués aux peines de l’Enfer. Cet anathème lu en grande solennité dans les synagogues fut officiellement transmis aux Communautés de France, d'Espagne et d'Allemagne.
Cependant, malgré l'autorité du Synode, l’excommunication lancée par lui n’exerça aucune influence sur les rabbins provençaux qui se groupèrent autour de leur chef, Ibn Tibbon, opposèrent anathème à anathème
et continuèrent à défendre avec ardeur les doctrines de Maimonide pendant tout le xrve siècle.
De plus, Levy ben Gerson, appelé le Gersonide dont ‘les écrits astronomiques furent traduits de son vivant par ordre du pape Clément VI, publia les Combats du Seigneur, traité de théologie d’une hardiesse sereine, rendant hommage aux défenseurs de la vérité.
Il nous reste encore à mentionner trois grands écri- vains juifs d’origine provençale de la seconde moitié du x1v° siècle qui se sont distingués comme philosophes, grammairiens et controversistes, et qui illustrèrent la philosophie religieuse, l’un dans le sens progressiste de Maimonide et l’autre dans un sens opposé.
Le premier est Profiat Duran, dont le vrai nom est Isaac ben Moise Halevi, qui consacra une grande partie de sa vie à l'étude de la philosophie et des sciences naturelles. Après de longues luttes avec le parti de la tradition, il se fit connaître comme un habile polémiste dans la défense du judaïsme contre les dogmes chrétiens. Il fit également un commentaire sur le Moreh Neboukim de Maimonide, mais son ouvrage principal est une grammaire critique de lalangue hébraïque intitulée : Maaseh Efod. |
Le second est Hasdaï Creseas, né à Barcelone en 1340 et mort en 1400. Il fut une grande autorité comme talmudiste, mais il se distingua plus tard comme philosophe par l'originalité de ses idées etson courage à les défendre, Dans son traité espagnol sur la philosophie
LA PHILOSOPHIE RELIGIEUSE: EN ESPAGNE religieuse, il défend avec une logique remai quable les doctrines éthiques du judaïsme et réfute en mêmetemps les dogmes principaux du christianisme, ce quin 'empèe cha pas le‘roi d'Aragon de lui accorder sa confiance et : de le nommer tuteur de son oncle, Vitalis Hasdai. Cette a faveur excita chez ses adversaires chrétiens une vive | ‘animosité dont son fils unique fut victime. La pe 5
- phie religieuse fut P unique objet de ses pensées jusqu’ à.
la fin de ses jours. C'est dans son dernier travail,
ouvrage littéraire et philosophique intitulé : Aur A naï (Lumière du Seigneur), qu'il développe son système 7 philosophique opposé à celui de Maimonide. L'auteur estime qu'il faut soustraire le judaïsme à l'influence de Re. la philosophie d’Aristote et défendre l’orthodoxie contre : le libéralisme de Maimonide et du Gersonide qui voulaient mettre en harmonie la théologie judaïque et la philosophie grecque. Bien qu’il admirât la haute intel= 5 Jigence et l'honnêteté de Maimonide, ilétait tout ss à la philosophie d’Aristote. C'est ainsi qu'après avoir exposé dans la première partie de son travail les vingt- A
; six thèses de Maimonide, il s’efforce d’en démontre 0
l'inexactitude au point de vue ontologique. Il nie d'abord Lt:
que la philosophie à elle seule suffise à démontrer les
attributs de Dieu, tandis qu’il reconnaît à la révélation seule la faculté d'établir l’unité de Dieu et de constituer le trait d'union entre Dieu et l’homme. Dans be seconde partie il énumère les six principes fondamentaux.
qu'il érige en articles de foi : Dieu créateur, Paës Pro-
es
vidence, Dieu Omnipotent, Libre-arbitre et Croyance
dans la prophétie ; il admet enfin que l'Amour et non la Raison estle lien entre Dieu et l’homme. D’après lui,
la prophétie est le plus haut degré de la mentalité
humaine et l’homme ne peut atteindre son ultime per-
fection par le développement de la raison mais plutôt par l'amour de Dieu, par les bonnes actions et par
l’obéissance aux lois de la nature qui sont celles de Si Dieu. à
‘ Le dernier des grands hommes du judaïsme espagnol de cette époque est Isaac Abravanel (1437-1508). Né à Lisbonne d’une ancienne famille sévillane, il se con-
sacra de bonne heure à l'étude de la philosophie-freli-
gieuse et publia à l’âge de vingt ans un travail très
original sur les questions vitales de la religion. Sa
grande érudition et ses connaissances profondes en matière de finances lui valurent d'entrer au service du roi Alphonse V de Portugal comme ministre des
Finances. Après la mort du roi il fut accusé d’avoir
conspiré contre celui-ci, de connivence avec le due de Bragance ; il se vit obligé de prendre la fuite et ses biens ras confisqués.
Il s'établit alors à Tolède, où il se voua complète- ; ment aux travaux littéraires, Les souverains de Cas- tille, Ferdinand et Isabelle, lui confièrent l'administration de leurs biens et il resta chargé du Trésor royal pen-
dant huit ans, jusqu’au moment de la prise de Grenade par les roïs catholiques et la promulgation du fameux