‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 13 sur 342 · L'Homme Primitif, par Louis Figuier, Paris, ni pe · texte numérisé non relu

L'Homme Primitif, par Louis Figuier, Paris, ni pe

€ Pour trouver, dit-il, les témoignages encore debout des guerres à l’âge de pierre, il faut nous transporter dans la partie de l’Europe qui forme aujourd’hui la

Belgique. Oui, à l’âge de la pierre, par delà toute tra=

dition écrite, les peuples de cette contrée guerroyaient déjà, soit entre eux, soit contre d’autres peuples venus du dehors. On en a la preuve par les enceintes fortifiées ou camps retranchés qui ont été découvertes par MM. Hannour et Himelette. Ces camps sont ceux de Furfooz, de Pont-de-Bonn, de Simon, de Jemelle, de Hastedon et de Poilvache. Ces divers camps présentent des caractères communs, ils sont généralement établis en

surplomb de vallées escarpées sur un massif de rochers

formant une sorte de promontoire qui est relié au reste du pays par un passage étroit. Un large fossé était

creusé dans cette langue de terre et le camp tout

entouré d’une épaisse muraille de pierres simplement assemblées les unes contre les autres, sans aucun

mortier ni ciment... Lorsqu’ ils étaient attaqués, les

hommes réunis dans l’enceinte faisaient pleuvair sur

les assaillants des pierres empruntées à leur mur, lequel devenait ‘ainsi tout à la fois un ouvrage de

défense et d'attaque. Ces positions étaient si bien choisies que la plupart continuèrent à être occupées pendant les siècles suivants. C’est ainsi que celle de Poilvache, après avoir été citadelle romaine, se transforma au Moyen âge en un château-fort qui fut détruit seulement au xv° siècle. Les camps de Hastedon et de Fur-

ed

fooz ont également été utilisés par les Romains ». | Dans toute l'enceinte de ces anciens camps, on a Le à

trouvé des silex taillés et des poteries, toutes choses qui Fes suffisent pour attester la présence de l'homme primitif. ne Figuier en conclut qu’à l’âge de pierre, les peuples à

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peine constitués se trouvaient déjà en guerre et que

| c'étaient des rivalités entre les tribus voisines et les

__ peuplades ambitieuses qui se traduisaient par des Fe ….

incursions armées, par le pillage et la mort. Il n'ya

pas de doute. qu’à l’âge de pierre l’homme, malgré

son intelligence plus éclairée et la possession de moyens

pour satisfaire aux besoins de la vie, était encore pro-

| fondément dominé par l'instinct animalet le sentiment : de la force brutale au point de ne pas respecter la pro-

priété ni la vie de son prochain. Ces mauvais penchants à

et ces instincts sauvages ont persisté pendant des

siècles, même après que l’homme fut entré dans l’âge

__ historique et arrivé à former des sociétés organisées en classes et en castes sous un chef despote. Ce n'est er qu'à la suite de l’éducation et de l'instruction progres- Le sives des classes supérieures de la société que les que- = Ë relles de voisinage et les guerres de proie sont devenues moins fréquentes. Cependant, le fait que nous ne venons de rapporter mérite bien de fixer l’attention, à nu

__ savoir : les camps retranchés appelés par les Romains ee = Castros, sont décrits pour la première fois sur le À | territoire belge. On dirait que la Belgique était le pays ne . * prédestiné dès l'âge préhistorique à être l’objet de

l'ambition des conquérants Voisins. Heureusement, ses habitants primitifs étaient déjà doués d’un esprit d'indé-

pendance et de prévoyance, ayant su construire des

camps fortifiés pour se défendre contre l’envahisseur.

C’est cet esprit d'indépendance transmis à leurs des-

cendants par la voie héréditaire qui a animé la génération actuelle en l’amenant à défendre leur territoire en 1914 contre l’armée allemande qui leur était supérieure en nombre et en armement.

. Après avoir donné un exposé succinct de l’évolution intellectuelle de l’homme dans l’âge préhistorique selon l’enseignement de la Paléontologie, nous allons nous oëcuper de la préhistoire vivante dans les époques modernes, selon les données de l’Ethnologie. |

Nous commençons par constater qu ‘il existe une grande analogie entre l’industrie et le genre de vie des sauvages préhistoriques et ceux des sauvages contemporains. C’est à M. Letourneau, ancien président de la Société d’Anthropologie que revient le mérite d'avoir réuni dans son beau livre L'évolution de la Morale un grand nombre de faits et d'observations recueillis par d'illustres explorateurs en Afrique, en Australie, et en Amérique. Le cadre de ce travail nous oblige à nous limiter à quelques faits précis suffisants pour démon-

trer l’analogie entre l’évolution de l’homme préhisto-

- rique disparu et la préhistoire vivante dans l'époque

moderne.

= D'après Hamy, les sauvages contemporains de la Nouvelle Calédonie se servent de pointes de lance et de flèches en obsidienne, montées sur des hampes, de même que les hommes quaternaires de Saint-Prest et d'Abbeville (Hamy, Paléontologie, p. 190, 1re édition). Des mortiers-godets magdaléniens ayant servi probablement à broyer les substances minérales colorées et les fards, se retrouvent chez les Osages, peuplade de Peaux Rouges (Mortillet). Un bâton de commandement provenant des reliques de la Vézère ressemble presque identiquement à un baton de chef de Peaux-Rouges du fleuve Mackensie (Canada). Les Esquimaux fabriquent encore aujourd’hui des instruments en os et gravent aussi sur des os des dessins analogues à ceux qu'ont laissés les tribus magdaléniennes. Les habitants des îles Andaman du golfe de Bengale fabriquent des poteries ressemblant à celles qu'on a trouvées dans les dolmens européens de l’âge de la pierre polie. M. Letourneau a vu à Florence, chez M. Beccari, une collection d’armes, d’ustensiles et de haches en pierre polie, rapportée par lui de la Nouvelle Guinée, identique à celle que l’on a exhumée des dolmens du Morbihan, Les mêmes Néo-Guinéens construisent et habitent encore des villages sur pilotis tout à fait semblables. aux palafittes préhistoriques des lacs de la Suisse. Les

Tasmaniens et les Australiens étaient encore au siècle passé à l’âge de la pierre taillée tandis que les . Néo-Calédoniens et les hommes de la Polynésie avaient

déjà atteint l’âge de la pierre polie, mais ignoraient

encore la poterie, tandis que les Guaranis du Brésil et les Papous de la Nouvelle-Guinée sont déjà des céramistes et, de même que nos ancêtres de la pierre polie, ils chargent leurs femmes de modeler l'argile à la main

sans tour de potier. On trouve également chez les peu- -

plades de la préhistoire vivante des mœurs analogues à celles de nos ancêtres européens de l’âge de la pierre polie. . : | |

Ces faits authentiques prouvent évidemment que les

races inférieures contemporaines représentent d'une

manière générale l'humanité primitive et que ce ne sont

que les types humains les mieux doués qui ont évolué

et progressé à force de luttes très âpres, et qui ont prospéré et créé des civilisations plus ou moins avancées, avec cette circonstance particulière que parmi ces mêmes peuples, il s’en trouve un qui, après avoir réussi à s'élever à un niveau supérieur de culture intellectuelle, a regardé ensuite avec dédain un peuple de race distincte, au point de le maltraiter, ne se faisant pas scrupule de le combattre, lorsqu'il s’opposa à ses projets ambitieux, avec des armes perfectionnées et décidé à l’asservir ou à l’exterminer s’il croyait que ce fût

nécessaire à ses buts. Cet acte brutal accompli par un

peuple civilisé représente la survivance des penchants

ÉVOLUTION DE L'HOMME PRÉHISTORIQUE 45 re égoistes et criminels de ses ancêtres de l’époque bar- Dr bare. C'est ainsi qu'aux débuts de l’âge historique et a même à des époques déjà avancées de l'histoire, on ne

trouve des collectivités humaines qui ont conservé des coutumes et des usages qui nous paraissent aujourd’hui Fa monstrueux en même temps que ridicules, avec la cir- en constance qu’elles ont eu pour base une mentalité réel: Ë gieuse erronée. Nous voyons ainsi Agammemnon sacrifier sa fille Iphigénie dans l’espoir de se concilier la : bienveillance des dieux, afin d'obtenir un vent favo- 3 __ rable à l’expédition de la flotte hellène retenue dans le port d’Aulis. La Bible nous rend compte d'un fait ana- Jogue. Abraham était sur le point de sacrifier son fils Isaac comme une offrande au dieu pour qu'il le favorise dans son entreprise, mais il en fut Dee par un ange sn . envoyé par Dieu même. | :

Toutefois, si l’on compare la mentalité des tribus | ee. aux débuts de l’âge historique avec celle du monde | contemporain, on est forcé de reconnaître que, malgré a répétition des actes sauvages par quelques peuples dans les différentes époques de l’histoire, l'humanité n’a pas cessé de progresser et de se perfectionner ; car l'histoire nous enseigne que chaque fois qu'il y eut en Europe des Etats ayant rétrogradé et pratiquant des actes sauvages et criminels, il y eut également d’autres peuples ayant le culte de la liberté et de la justice qui ont servi de refuge aux grands penseurs et ont combattu avec ardeur et succès des peuples plus

grands et mieux armés, les défenseurs de sas tisme politique et religieux. La survivance des penchants égoistes et immoraux chez certains peuples est un des phénomènes sociologiques qui ont attiré l'attention des moralistes et historiens modernes et les a amenés à formuler les conclusions suivantes :

10 L’humanité n'a jamais évolué simultanément dans tous les pays du même continent, pas même dans toutes les régions d’un même pays à la fois. Le progrès a d’abord pris naissance dans un grand centre de population au milieu d’un foyer intellectuel, d’où il a rayonné seulement vers d’autres centres ou des régions plus ou moins éloignées qui se trouvaient en communications faciles avec le foyer d’origine, grâce à la coopération de . quelques propagateurs zélés. :

2° Ce ne sont pas tous les peuples qui montrent les mêmes aptitudes, ni les mêmes dispositions favorables pour s’assimiler les progrès intellectuels où moraux réalisés à une époque donnée par un autre peuple, mieux doué par la nature ou plus favorisé par des conditions géographiques au point de vue du développement de la raison et de l'esthétique du sentiment. L'expérience, de même que l'histoire, nous enseignent qu’il y a des peuples qui sont indilférents à ‘toute idée nouvelle et à tout progrès intellectuel et moral, telle: ment 1ls sont attachés aux idées et coutumes traditionnelles léguées par leurs ancêtres. Il y en a d’autres qui sont animés des principes de justice, de liberté et de

morale, et acceptent avec enthousiasme tout progrès intelléctuel et moral. Il y en a d’autres qui montrent un grand intérêt pour l'acquisition des connaissances utiles aux besoins matériels de la vie et tous leurs ‘ efforts sont dirigés vers le but d'améliorer les sources de la richesse nationale et d'augmenter la puissance

de l'Etat chargé de la défense des intérêts industriels,

: mais ils sont indifférents aux intérêts humanitaires

lorsqu'ils contrarient leur intérêt national, de sorte

que le développement de la raïon se fait chez eux aux dépens du sentiment humain. |

. L'histoire nous en offre des exemples bien frappants

depuis l'antiquité jusqu’à l’époque moderne. Il nous

suffit de rappeler les Assyriens, les Chaldéens et

les Perses, peuples très puissants et très avancés

en culture, mais dominés par l'esprit de conquête et

par un égoisme barbare; ils n’ont fait qu’exploiter

les pays conquis pour satisfaire leurs besoins maté-

riels, ainsi que leur amour du luxe et des plaisirs. Il

en fut de même plus tard des Romains. Tous ont fini

par tomber dans la décadence physique et morale et

«par disparaître ensuite de la scène du monde comme

élément du progrès. D'un autre côté nous voyons deux

petits peuples de l'Antiquité, les Grecs et les Juifs,

dont les uns avaient illuminé le monde : par l'éclat

de la science, par. la culture de la raison et du senti-

ment humain, par les beaux-arts et la philosophie et

les autres avaient inauguré le monothéisme parmi

os

L nee

qui est encore Ju par des AIoAS d'individus et qui est la source dela révélation, établissant un lien ju entre Dieu et l’homme. Ces deux peuples ont survécu de nombreux siècles, malgré les luttes cruelles et Re souffrances sans nombre endurées sous le joug de leurs oppresseurs et n’ont pas cessé de contribuer au progrès de la raison et du sentiment de la solidarité humaine.

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