LES ÉCRIVAINS ITALIENS INAUGURENT
le grand prêtre de Junon, et ie de Liacetnatoi du a fils de Jupiter. Les mêmes tendances ont présidé à la composition du Décaméron, son chef-d'œuvre, quoique l’on n’y trouve ni morale ni charité. 4 Bien que l'expérience enseigne que le génie créateu | est l’apanage d'êtres privilégiés par la nature, on ue attribuer au ee fait de trois individu: È
vorisé le dus des a queue tuelles de ces trois écrivains. En effet, l'Italie en géné- ralet Florence en particulier étaient alors pi pare des circonstances toutes spéciales.
En premier lieu c’étaient les rapports commerciaux réguliers entre les ports de l'Italie tels que Venise et. Gênes et la ville de Constantinople où se trouvaien un grand nombre des Grecs encore imprégnés de lai :
des couvents et de certaines familles opulentes conte- __ naient de nombreux ouvrages d'anciens auteurs. Il ; est tout naturel que ces rapports commerciaux . aient contribué avec le temps à établir des liens entre les classes intellectuelles des deux pays En effet, il yeut à Constantinople un nombre considérable de savants grecs qui faisaient des voyages en Italie et OURS uns
| y ont même fixéleur résidence.
Re En second lieu, le niveau élevé atteint par la civilisa=
tion judéo-arabique en Espagne et dans le midi dela France et les voyages fréquents que les savants arabes et juifs faisäient en Italie y fécondèrentles germes de l’ancienne eulture grecque répandue autrefois dans les
Dors italiennes méditerranéennes, appelées la Grecia Mana. 0 :
__ En sroisième lieu, l'école de Salerne surnommée Civitas Hippocratica, située à 40 kilomètres de Naples qui avait atteintune grande prospérité au x11° siècle grâce à la protection qui lui fut accordée par Frédéric II, ne manqua pas d’exercer une influence sur les milieux intellectuels de l'Italie, les réformes introduites par ce monarque illustre ayant contribué à rehausser sensiblement l’enseignement de cette école, Il réunit tout d’abord l’école de médecine et celles des lettres et des sciences en un centre appelé Université ; ensuite il prescrivit trois années d’études philosophiques et litté- raires avant de pouvoir accéder à l’école de Médecine, obligeant tout médecin qui voulait se vouer à l'exercice dela chirurgie à consacrer une année à l'étude de lanatomie et à la pa qe des Chr uone sur des porcs.
Il faut enfin tenir compte des circonstances particulières au milieu desquelles vécurent ces hommes supérieurs et qui tracèrent pour ainsi dire la voie suivie - par chacun d’eux.
C’est ainsi que nous voyons Dante, issu cure famille patricienne, fidèle au parti politique de ses frères, ser-
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vir d'abord dans la magistrature et les ambassades et s’adonner ensuite à la politique. Malheureusement, le parti politique qu’il servit, celui des Guélfes, fut vaincu par son adversaire, celui des Gibelins, et Dante fut obligé de quitter en exilé son pays natal, Après de longues pérégrinations de ville en ville, de rivage en
rivage, il parvint en France, et grâce au secours
qu’il reçut de quelques personnes charitables, ilse consacra à l’étude de la philosophie et de la théologie à
l'Université de Paris. Il conservait au fond du cœur
une grande amertume contre des adversaires politiques
enmêmetemps qu'une profonde tendresse envers ceux de
ses amis qui avaient embelli sa jeunesse.
C'est ainsi qu'ayant connu Béatrix à neuf ans, il la
revit à dix-huit et la perdit à vingt-sept ans, mais son Ê
image resta gravée dans son imagination de poète. Elle fut pour lui la muse qui inspirait ses rêves et ses pensées. Comme il avait toujours une prédilection pour les idées symboliques, ce furentl'a-
mour et la haine, la politique et la théologie, quilui dictèrent à la suite de longues méditations, son œuvre immortelle la Divine Comédie, où il divinise le souvenir
de Béatrix par ses chants comme le symbole de la lumière entre un passé ténébreux et un avenir plein
d'espoir. En même temps on voit le patricien intolé-
rant, s'élever dans sa colère contre sa patrie et inspiré par l'esprit de vengeance, déclarer que, bien que le sort l’eût condamné à porter le nom de florentin, il
ne voulait pas que la postérité pût s’imaginer qu’il tenait de Florence autre chose que l’air et le sol (Ep. dédic.) Il aurait dû ajouter, dit avec raison César Cantu, l’idiome, sans lequel il n'aurait pu se faire une gloire
“immortelle. Il ne ménageait pas davantage les autres
cités d'Italie. Il qualifieles habitants de Pise derenards pleins d’astuce. Il souhaite à cette ville, honte des nations, que tout le monde s’y noie ; à Pistoie, qu’elle soit réduite en cendres, parce qu’elle agit de mal en pis (1). On a beau invoquer pour le disculper le triste passé de Dante qui, au milieu des plus douces :illusions de la jeunesse et des rêves d’une complaisante
imagination, se voit précipiter parl'iniquité des hommes,
dans la plus amère déception et hors du cercle de son activité et de ses affections. Ce raisonnement n'a d'autre valeur que celle d’une explication, mais il ne suffit pas à le justifier aux yeux de ceux qui considèrent l'observance des principes de morale et de charité enseignés par Jésus-Christ comme le premier devoir
de tout bon chrétien, et la soif de vengeance comme un
manquement aux préceptes de l'Evangile.
Ceci prouve : 1° que letalent et la culture de l'intelli-
gence ne sont pas toujours accompagnés d’altruisme et de tolérance envers ses adversaires. En effet, l’histoire enregistre un certain nombre d'auteurs célèbres qui
1. Enfer, XVIIL 25. Purgaloire, 21. Œuvres de Dante Alhighiéri,
traduction française, p. L. Delécluse Paris, 1852.
révélé une absence de sens moral ; 2° Les différentes
et les termes vigoureux qui caractérisent son œuvre,
destiner à l’état ecclésiastique. Grâce à son tact et à
nesque, et qu'ilne donna pas prise à la rumeur publique, au point que lorsqu'elle mourut vingt ans après,
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ont joué un grand rôle dans l’évolution intellectuelle de. lhumanité et qui par les actes de leur vie privée ont.
phases de la vie de Dante, tant celle de sa première jeunesse que celle de son âge mur, prouvent d’une manière indiscutable que ce grand poète était un déséquilibré. Son amour prématuré à l’âge de huit ans pour Béatrix, de même que le sentiment exalté de vengeance qu'il manifestait, au moment de son apogée littéraire, envers sa ville natale et d’autres villes italiennes, en sont une preuve éloquente. Il est même ‘probable que, grâce à son caractère profondément passionné, il a puisé dans sa riche imagination les scènes saisissantes
Si nous jetons un regard sur la vie de Pétrarque, nous voyons un homme peu favorisé de la fortune, se
ses manières courtoises, il reçut un excellent accueil à la cour pontificale d'Avignon. Dans cette ville, il s’éprit d'amour pour Laure, femme mariée, pour laquelle il composait de temps en temps quelques sonnets. Cependant, il semble que cet amour n’eut rien de roma-
Pétrarque se fit un honneur de sa constance enversses cendres. Cependant, dans son dialogue avec saint
Augustin, il confesse ses agitations, ses transports, ses insomnies, les angoisses que lui cause sa passion
LA POÉSIE ET LA PROSE NATIONALES AU XIIIe SIÈCLE 459 be
et supplie Dieu de lui donner la force de s’en libérer.
Pétrarque a su associer à l'amour et à la philosophie la dévotion qui fut pour lui la troisième source de l'inspiration. « Il se faisait, dit César Cantu, conscience de « l'amour et priait Dieu de ramener ses pensées errantes « dans une meilleure voie ; il composait des beautés « de Laure une échelle pour remonter jusqu'au Créa-.
«teur. Lorsqu'elle n’est plus ; il espère revoirson Sei-
« gneur et sa Dame pour laquelle il fait tant d’aumones « et fait dire tant de messes et de prières avec telle « dévotion que si elle eût été la plus méchante femme « du monde, il l'aurait tirée des griffes da diable, bien « qu on assure qu’elle mourut pure et sainte, » Pétrarque, pour qui la vie était facile, ne connut ni les luttes ni les ennemis,et en chantant la plus tendre
.des passions avec une harmonie pleine de douceur, il
sut se rendre agréable à tout le monde ; même lorsqu'il blâme, il se hâte de déclarer qu’il le fait par amour de la vérité et non par mépris pour autrui. Aussi, les poésies de Pétrarque se présentant sous une forme facile et traitant du sentiment le plus général, se sont vite répandues dans toutes les classes de la société, tandis que les poèmes de Dante, traitant de sujets allégoriques et profonds ne sont jamais devenus populaires. Ce n’est qu'après sa mort que des chaires furent créées dans les églises pour expliquer la Divine Comédie.
En résumé, Pétrarque fut non seulement l’homme le. plus érudit de son temps, mais il fut aussi l’homme de