‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 133 sur 342 · SEM LU · texte numérisé non relu

SEM LU

idee :

HÉTe +

à occuper la chaire de Saint-Pierre, sous le nom de Sylvestre Il, avait introduit dans l’enseignement des universités des aperçus scientifiques qu’ilavait recueillis au cours d'un voyage en Espagne où il s'était mis en rapports avec des savants et des philosophes juifs et : arabes qui brillaient alors à l’école de Cordoue et qu'il

= exposa plustard dans son traité de lalionali et Ratione

at. Dans cé travail, il affirme que « user de la raison convient à l'être raisonnable et le rattache à la lignée des philosophes. » Après lui, cefut Bérenger de Tours, “également scolastique du 1° siècle, qui osa se en à cer dans son enseignement publie contre le mystère de L'Eucharistie et la Transsubstantiation, défendant :Unsi Ja doctrine du Nominalisme, tandis que son contemporain Lanfranc, de Pavie, plus tard archevêque de Canterbury, qui le combattit avec acharnement, défendait le Réalisme. , D'après ce qui précède on voit bien que déjà à cette époque où la philosophie n’était admise par l'Eglise que comme une humble servante de la Théologie, elle aspirait à occuper un rang plus élevé, puisqu'elle habitait la même maisou que sa maîtresse. En effet c’est sous

©” samt Anselme, qui succéda à Lanfranc en qualité de

prieur de l’ abbaye du Bec, que la philosophie réussit à 5 occuper une place SUR égale à celle de la théologie. ‘ Il suffit de lire pour s’en rendre compte son Monologuium, où il expose sa méthode particulière, au moyen de laquelle il prouve que sans recourir à l'autorité de

la Sainte-Ecriture, et en s’en remettant uniquement à l'évidence de la raison, on peut arriver à la connaissance de l’essence divine. En d'autres termes, la philosophie par elle-même peut suflire à remplacer la

théologie. Ce fut encore saint Anselme qui raviva la querelle des Réalistes et des Nominalistes, querelle qui émut profondément les défenseurs des dogmes catho-

liques. Cependant, il faut reconnaître que l'homme qui a personnifié le stade le plus avancé “de la raison humaine au xie siècle, c’est Abélard. C’est Ini qui osa le premier dans un siècle de foi parler du droit

de la raison, admirer et louer les païens et procla-

mer en même temps la nécessité de croire et le besoin irrésistible de comprendre. C’est lui qui, par son esprit-analytique pénétrant et par la puissance de

sa critique, a résumé la métaphysique de son temps, et

qui par ses leçons éloquentes a donné une impulsion si puissante à l'Université de Paris. Il fut, en un mot, un foyer de lumière intellectuelle au milieu des ténèbres

que l'intolérance religieuse fit peser sur l or pen-

dant de longs siècles, |

Il est certain que si Abélard avait su mettre les principes de sa vie privée en harmonie avec les grandes facultés intellectuelles, son enseignement aurait été plus fécond, et il aurait laissé des traces plus profondes dans l’évolution de la philosophie de son époque.

Malheureusement, l’histoire enregistre de nombreux

exemples d'hommes illustres qui ont illuminé le monde

par la lumière resplendissante de leur intelligence et qui ont fini par voir sombrer leur gloire faute d’avoir su dominer leurs passions. Ce qui prouve bien que l'intelligence et le sentiment du devoir ont une origine dis-

tincte et ne se trouvent que rarement réunis chez un même individu.

Avec la mort d’'Abélard, son système philosophique, le Conceptualisme, perdit graduellement du terrain au cours du x11° siècle, car ses disciples les plus illustres et les plus érudits, tels que Pierre Lombard (évêque de Paris) dans le Maître des Sentences et Jean de Salisbury (évêque de Chartres) dans 4 Policraticus et le

Métalogicus ne tentèrent rien pour le défendre. D'autre

part, les efforts vigilants de l'Eglise contre le Nomina-

Hsme et sa méfiance envers les défenseurs du Conce}:-

tualisme rendaient ces derniers hésitants et enclins à la transaction. En effet, ils ne tardèrent pas à abandouner la lutte et à laisser le champ libre au Réalisme qui finit par triompher faute d’adversaires.

Toutefois, le triomphe n'était pas définitif. La lutte entre la Théologie et la Science ne fit que se déplacer. Avec les Croisades et l’entrée des Croisés à Constantinople, quelques moines érudits se mirent en rapports avec les savants byzantins qui leur firent connaître des

SÉRCE P ET

ouvrages originaux d’Aristote sur la Physique, la Méta- Fi physique et la Morale, car jusqu'alors ils ne connais. saient guère que l’Organum, traitant seulement des principes et des mots du raisonnement. D'autre part, les rapports entre les savants chrétiens d'Espagne et les philosophes juifs et arabes dansles écoles de Tolède

4e intimes sous le règne d’Alphonse VI vers la fin du . xi* siècle, ils eurent pour résultat de faire pénétrer en

tote par des écrivains arabes et juifs, tels qu'Al- Gazali, Averroës et Maïmonide. Toutefois il faut rappeler que ces commentateurs, bien qu’admirateurs du savoir et de la purssance intellectuelle d'’Aristote,

n'étaient pas d’accord entre eux quant à la manière

d'admettre ses doctrines métaphysiques. C’est ainsi qu'Al-Gazali, comme chef de la secte Motakhalline, qui

tout raisonnement, était un adversaire irréconciliable de la philosophie aristotélienne tandis qu’A verroës en était Le défenseur le plus ardent au point d'admettre sans restriction son principe de l'éternité de la matière. D'autre part, Maïmonide, bien qu’admirateur enthousiaste de l’œuvre d’Aristote, rejetait les principes de sa métaphysique qui luisemblaient être en contradiction avec l’ensei-

comme un article de foi la création du monde. Pour Île reste, il reconnaît le Stagirite comme son oracle ; comme

et de Cordoue, étant devenus plus fréquents et plus

France les différents commentaires des ouvrages d’Aris-

plaçait les dogmes de la religion islamique au-dessus de

-gnement de la Bible et l'esprit du judaïsme affirmant

ner

lui, il érige la nature en principe suprême ; il proclame la. De sociabilité naturelle de l’homme d’où découlent les lois = qui régissent la société, car dit-il « seul il ne peut rien, « mais il peut tout par l'association. D’autre part, la « variété infinie de son organisation apporte une telle

« différence-entre les individus qu'on les prendra pour « des êtres d’une nature diverse. L'un jettera son enfant : « dans le feu sans frémir et l’autre s ’évanouira en écra- «sant un ver. Pour ces motifs, il est nécessaire qu'il y «ait dans la société des lois pour ramener à un état 2. « normal ce qu'il y a d’excessif ou d’insuffisant. Les « mots juste et Justice ne signifient souvent autre chose «que l'équilibre (1) ». | J'en résulte que si Aristote n’était connu en Europe jusqu'alors que par son Organum, ses autres travaux furent à partir de cette époque divulgués et admirés même par ses adversaires. Tous étaient séduits par les” idées de ce vaste génie et l autorité du Stagirite régnait Sans partage en Europe. Les papes eux-mêmes, loin de s'opposer à la domination du Péripatétisme, prirent en mains la cause des études philosophiques. Ils créèrent des écoles à Bologne, à Pise, à Naples, à Montpellier, à Lisbonne et à die Innocent IV, qui vivait au xrnr° siècle, déclare voir avec peine qu'on déserte la philosophie et considère les connaissances philosophiques comme la base indispensable à la situation pré-

Page 1