Moïse Maïmonide, Moreh nebukim, p. 11, ch. XXIX et XL
pondérante de l'Eglise. Mais pour empêcher la philosophie d’envahir le domaine de la théologie, il appela comme auxiliaires les dominicains et les franciscains, qui se partageaient alors le domaine de la science et représentaient le mouvement intellectuel de l’époque. C'était Albert le Grand {né à Lauingen, en Souabe, en 1193 et mort à Cologne en 1280) moine dominicain très 1llustre qui avait initié ce mouvement par son enseignement publie à Paris. Compilateur très érudit et polémiste habile plutôt que penseur original, il eultivait la philosophie et la théologie en même temps que l'alchimie, Il commenta également la’ plupart des ouvrages d’Aristote traduits en latin par les savants juifs, mais sans les approfondir et sans y ajouter rien de nouveau. Il lui arriva même assez souvent de se fourvoyer par ignorance du grec et de l’arabe et aussi faute de connaissances historiques et littéraires suffisantes (1). Son désir de savoir le poussa aussi à l’étude de l’alchimie et des sciences naturelles et il eut le mérite d'ajouter à son érudition une grande finesse d'esprit qui l’amena à reconnaître à la raison le pouvoir d'atteindre la vérité, En effet, pour lui, la philosophie représente l’ensemble des connaissances acquises par le libre travail de la pensée. | D'autre part, il poussa son penchant à la dialectique jusqu’au point de manquer le chemin conduisant à la
1. Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. IV; p. 625, année
SUR L'ÉVOLUTION INTELI ECTUELLE 479
vérité et exerça son ‘intelligence en subtilités sur des questions religieuses d’une manière enfantine. C’est ainsi qu'il souleva 233 questions sur la leçon de l'Evangilé: Missus est angelus Gabriel, et prouva par huit
raisons qu'iln’était pas nécessaire qu'un ange fut envoyé à Marie, la divinité pouvant communiquer directement
avec la Vierge. Il se demanda ensuite si l'Annonciation m'eut pas été mieux faite par un homme, par le Saint- Esprit, par le Fils de Dieu ou par Dieu le Père. Si l’'Ange Gabriel dût prendre la figure d'un serpent, d’une colombe ou d’un homme. Si la Vierge était belle et de quelle couleur étaient ses yeux et ses cheveux, Si son mariage fut régulier malgré son vœu de chasteté. Toutefois, Albert fascinait son auditoire et il eut de nom-
breux disciples parmi lesquels se distingua Thomas
d'Aquin qui fut plus tard l’homme le plus illustre qu’ait produit l’école scolastique.
Né en 1224 à Rocca-Lecca, près de ER Thomas
d'Aquin était le petit-neveu de Frédéric Barberousse,
cousin d’Henry VI et de Frédéric II et descendant par
sa mère de princes normands. Thomas renonça de
bonne heure aux plaisirs mondains et à la perspective
d'un brillant avenir pour se faire dominicain, malgré
. l'opposition de ses parents. D’un caractère taciturne, constamment absorbé dans ses études et ses médita-
tions, il était devenu à cause de son silence et de son manque de sociabilité, un objet de raillerie pour ses
condisciples qui l’appelaient le bœuf muel de Sicile;
480 L'INFLUENCE DE LA SCOLASTIQUE ie.
mais son maître Albert frappé par ses réponses si judi-
cieuses aux questions les plus ardues, le jugeait autre ment ; il disait de lui que le jour viendrait où le bœuf mugirait si fort que tuut le monde l’entendrait.
Il joignait à une vaste érudition un profond esprit philosophique qui l’amena à rassembler à l’âge de quarante et. un ans tous les matériaux épars de la
théologie pour en former un ensemble complet, ayant
pour titre la Summa théologica qui comprenait outre les principes moraux et religieux et les dogmes établis
par les différents conciles, les connaissances philosophiques léguées par les penseurs grecs, juifs et arabes,
tels que Platon et Aristote, Averroés et Avicène, une ë
monide et Avicebron.
Il est tout naturel qu'un homme qui, comme lui, |
avait puisé les éléments de son savoir à des sources
aussi riches et aussi variées a:cordât à la raison une
place d’honneur à côté de la théologie. En effet, il s est appliqué à ordonner plus dignement l’idéalisme, à con-
soliderles idées d’Aristote en \ mélant celles de Platon,
pour développer ensuite ses concepts sur la matière et la forme, comme parties constitutives de individualité : car selon lui, il n’y a pas d'essence universelle, il n’ ya que des individus et des rapports sociaux-entre eux, de
même qu’un tas de pierres n’existe pas indépendamment
des pierres entassées. De même, la génération des
substances est, d’après lui, contemporaine de la géné-
ration du monde, les substances n'étant que des indi-
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vidus. Ouant. à la natière et à la forme, elles sont insé- | | parables ; ; les deux constituent l'individualité des sub- Riañebs, rie se | = En ce qui concerne l'esprit, saint Thomas, imbu des nes d’Aristote, considère l’âme comme table l'ASGE RES sur laquelle viennent se graver les images reçues par les sens, par l'imagination et par la mémoire qui for- ment l’ intelligence passive et qui sont ensuite converties : en espèces intelligibles par l'intelligence active, qui est ‘une faculté de l’âme, en sorte que nous n’avons primitivement que des idées particulières, et ce n’est que doit par abstraction, par généralisation et induction, que nous nous élevons du particulier àl'uni- - versel. Cependant, après avoir réduit la connaissance aux bornes de la sensibilité, saint Thomas n'hésite pas à déclarer Pintelligence de nature divine et l'âme immor- * ? telle. Pour le reste, les principes de morale et de logique de saint Thomas ne sont que la reproduction des __ maximes du Stagirite et de Platon, vivifiées par l'esprit i théologique de saint Augustin, É est ainsi qu'il voit dans l’esclave un prédestiné et n'hésite pas à justifier + esclavage. Ses contemporains,en admiration devant son
‘ immense savoir, l’ont surnommé Doctor universalis ot Angelicus. - |