IV
Il n’y a pas de doute que saint Thomas n'ait résumé dans sa Somme théologique toutes les connaissances de son époque. Il n’est pas moins certain qu'il s’intéressait de préférence aux travaux de Maimonide qui lui
servirent de modèle, parce que les opinions exposées parce dernier dans sonlivre,le Guide des égarés, s’har-
monisaient avec sa conception des doctrines et principes d’Aristote dont Maimonide n’'acceptait que ceux qui se rapportent aux phénomènes physiques de la matière et de la vie organique, en repoussant ceux qui sont en contradiction avec l’enseignement de la Bible et l’esprit de monothéisme mosaïque. Il s’est assimilé
également la méthode de raisonnement d’Aristote basée
sur le principe de la causalité et sur le syllogisme qui a donné à la pensée des règles pour la démonstration d'une certitude mathématique. Toutefois, quelque
grande qu’ait été l'influence exercée par Aristote sur
saint Thomas, plus grande encore fut l'autorité qu’exercérent sur lui les Pères de l'Eglise, fondateurs de la Théologie, et notamment saint Augustin.
Chose singulière ! L'ordre de saint Dominique et l’ordre de saint François, appelés par le pape Innocent IV à enseigner la philosophie et diriger le mouvement intellectuel dans le but de préserver l'Eglise de.
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ENENTE,
SUR L'ÉVOLUTION INIELLECTUELLE 483
l'invasion du rationalisme, finirent par devenir rivaux, soutenant des thèses complètement opposées. C’est ainsi que nous voyons les doctrines de saint Thomas
combattues par Jean Duns Scot et Guillaume d'Occam,
tous les deux anglais de naissance et appartenant-à l’ordre de saint François.
Jean Duns Scot, à l’encontre de saint Thomas, qui enseignait que l’universel n’était contenu dans les indi-
vidus qu’en puissance, aflirmait qu'il s’y trouvait en
acte et que les idées abstraites au lieu d’être créées par l'intelligence, avaient été données à l’homme par Dieu comme réalité ; que les individus ne résultent pas, comme dit saint Thomas, de l’union de la matière et de
la forme, mais qu'ils proviennent des universaux, cons-
tituant une entité particulière, grâce aux principes d’individualisation, De même, il est partisan ardent de la liberté absolue de l'Homme qu’il définit par la conscience de pouvoir choisir autrement qu'il n’a choisi et la détermination libre et indépendante de tout motif externe, Il enseigne également que la volonté de Dieu est indépendante de tout motif et de toute loi. Dieu veut, parce qu'Il veut, [l aurait pu faire le monde autre qu'il n’est, tandis que pour saint Thomas, la liberté de Dieu est inséparable dela sagesse suprême. Par conséquent, il n'aurait pu agir autrement que conformément à sa nature parfaite, |
De vives discussions s'engagèrent encore sur d’autres points de la philosophie et de la théologie
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entre les disciples de saint Thomas et ceux de Duns Scot, mais les idées avancées de ce dernier sur le réa-
lisme furent poussées si loin que ses disciples mêmes
se refusaient à les admettre, et provoquèrent une réac-
tion intense en faveur du nominalisme, presque oublié. Le chef de cette réaction fut son élève, Guillaume d'Occam, qui avait enseigné la philosophie à à l’Univer-
sité de Paris. D'après lui, tout ce qui existe hors de la
pensée est individuel. Le général n’a d'existence que dans l'esprit et dans les mots de celui qui l’exprime. Une notion n’est générale que parce qu’elle se rapporte de la même manière à plusieurs individus. La science est purement subjective, n'ayant d’ autre. objet que les notions de notre esprit.” Elle n'en subsisterait pas moins, quand même elle ne correspondrait à rien de réel, en dehors de nous. D’après lui, la perception est
la source unique d’où dérivent toutes nos connais-.
sances, mais nous ne connaissons que des phénomènes : : la nature des substances nous échappe complètement.
De là, il conclut que nous ne pouvons nous faire aucune :
idée de la substance de l’âme parce que nous ne l’apercevons pas directement. L'âme ne nous est connue que par ses qualités, de même que nous ne connaissons Dieu que par ses attributs. Par conséquent, dit-il,
l'existence de Dieu et l'immortalité de l’âme ne peuvent
pas être démontrées par la raison et sont articles de foi.
Les efforts d'Occam dans ses luttes incessantes, ne
restaient pas limités aux problèmes plilosophiques et
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