ES DOMINICAINS ET LES FRANCISCAINS
dialectique qui abuse de la raison sans satisfaire aux besoins dela foi. Le mysticisme qui ne s'appuie ni sur lessens ni sur la raison, mais sur la partie sensible de notre être, sur cette propension mystérieuse de l’âme vers le en absolu et la tendresse extatique vers l'infini, prétendait concilier la théologie mystique et le culte de la raison. Il arriva qu'après que l'école mystique a combattu le système de la dialectique, elle-. même finit par se discréditer à la suite de ses excès. Un autre moine franciscain, appartenant également à l’école mystique et qui s’est rendu célèbre par sa grande activité intellectuelle, c’est Raymond Lulle, de Majorque, qui, par ses idées extravagantes, faillit faire sombrer cette école. Né en 1235, à Palma, d’une famille noble et riche, Lulle passa sa jeunesse à la Cour de Jacques I‘, roi d'Aragon, mais vers l’âge de trente ans, bien qu'il fût marié et eût des enfants, il.
quitta la vie mondaine et prit l’habit de saint François. Il
s’adonna à l'étude de la théologie, de la philosophie et des langues orientales, IL imagina un système particulier dans le but de découvrir la solution de questions äbsolument originales et de résoudre des problèmes imaginaires. Ce système consistait à savoir appliquer à quelque sujet que ce fut certains prédicats qu'il réunissait par places, chacune d'elles marquée par une lettre de l'alphabet, puis il les disposait en cercles concentriques, de façon à ce que chaque lettre signifiâät un attribut. Toutes les pensées ainsi classées produisaient
au moyen des quatre cercles qui renfermaient plusieurs
triangles, certaines combinaisons de propositions. Raymond se servit de cet échafaudage de mots artificiellement combinés pour résoudre des problèmes imagi-
naires. Ainsi, il posait la question suivante: un bateau est attaché au rivage ; un âne y entre, ronge la corde et périt avec la barque ; qui en supportera le dommage?
Pour exposer son système, il écrivit plusieurs livres, dont un intitulé Ars generalis, comprend Ars demonstrativa, Ars inventiva, Ars exposiliva, Arbor scientiæ, Ars brevis. : | LS
Il a en outre écrit sur la théologie, la grammaire, la
mnémonique,les mathématiques, la physique ; on lui
attribue aussi des écrits sur la cabale et la magie Ila laissé 486 traités sur des matières diverses.
Parmi ses idées extravagantes, figure le projet d'or-
g'aniser une croisade spirituelle contre les infidèles
au lieu de les combattre par les armes. Il se proposait :
de former une espèce de milice de théologiens destinée à convertir les infidèles par la persuasion. N'ayant pu
amener le Pape à l'aider dans ses entreprises, ni obtenir de subsides des souverains, il résolut de tra-
vailler pour son compte. Il fit dans ce but trois voyages en Orient. Il alla d’abord à Tunis en 1292, ensuite il se rendit à à Alger et à Bône ; plus tard il retourna à Tunis,
où il n’échappa à la mort qu’à grand peine. Il revint en
Italie etil s'arrêta à Naples où il connut Arnaud de |
Brescia qui lui inspira sa passion pour l’alchimie.