‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 18 sur 342 · Ibid:, p · texte numérisé non relu

Ibid:, p

2er Éd Ave, tn

fleuve. D’après Ross, les Esquimaux ont du vol une conception singulière. Selon eux, le vol cesse d’être ‘une action blämable quand le propriétaire ne s’aper-

. Goit pas de la disparition de l’objet dérobé (1). En

revanche, dans le sein de la communauté, personne n’a

: le droit d'être oisif et de consommer du phoque sans

en chasser. L’individu qui ne veut rien donner ne peut

rien recevoir de la communauté, mais il peut se don-

ner à ses risques et périls le luxe de la propriété pri-

vée. Selon les rapports de la plupart des explorateurs, il est établi comme un fait incontestable qu'aux débuts ’

de l’époque historique le régime de la communauté

des biens était commun à tous les peuples, ce qui était

fort naturel à l’époque où l’ homme étant mal armé pour . Ja lutte, avait besoin de l'assistance d'autrui ou de la

coopération de ses semblables. Cette phase ayant été de longue durée a certainement contribué à laisser des

sentiments altruistes au sein de la collectivité. C’est

cette mentalité transmise par la voie héréditaire qui a

résisté plus tard à l'influence égoïste de la Poptsie pie

Fr

La phase du cannibalisme ou animale se prolongea pendant plusieurs siècles surtout. dans les régions

1. Histoire universelle des voyages, par Ross. L. XL, p. III.

où les conditions alimentaires étaient défectueuses pour l’homme, donnant lieu à des déprédations fréquentes entre les tribus voisines ; elle s’atténua lentement avec les progrès intellectuels et cessa d’être un acte ordinaire de tous les jours, s’étant restreinte à des circonstances spéciales, telles qu’un accès de fureur ou

de vengeance.

. L'homme entra alors dans la seconde phase d’évo-

a ton éthique dénommée par Letourneau celle de la

morale sauvage. Dans cette phase, l’anthropophagie

persiste encore sous la’ forme religieuse ou juridi-

que. Dans l’une, elle se manifeste comme une cérémonie religieuse représentant soit un acte de sacrifice, soit un acte de gratitude à Dieu ou à l’idole. Dans l’autre,

‘elle représente la punition d’un acte criminel, C’est

ainsi que les Battas de Sumatra, peuple policé, agri-

cole, ayant dés lois et un gouvernement, une écriture

alphabétique et une certaine forme de littérature, pratiquaient, il y a peu d’années encore, l’anthropophagie juridique, lPayant légalement réservée au voleur de

nuit, à l’adultère et à tous ceux qui avaient traîtreuse-

ment attaqué une ville ou village, ou même un parti-

Le culier. Le’ condamné était attaché à des poteaux et

dépecé avec des haches et des couteaux, et les lam- ” beaux arrachés étaient mangés tout crus et sanglants

par les assistants. Toutefois, ce qui caractérise sur- tout la seconde phase de l’ évolution éthique de l’'Huma-

nité, c'est l'institution de l'esclavage, à savoir : au lieu

PS

Fe de dépecer le vaincu et de le dévorer sur le champ, on en fait un animal domestique sur lequel on se décharge -des travaux les plus pénibles. À mésure que le nombre d'esclaves augmentait chez une tribu, ceux-ci formaient une nouvelle classe sociale soumise au bon plaisir des riches propriétaires, constituant au début une propriété possédée en commun par la classe dirigeante. Dans la chasse on les employait à chercher le gibier tombé. Si l’on avait besoin d'eux pour le lendemain, on les parquait la nuit dans un enclos épineux comme des bestiaux. On les nourrissait suffisamment pendant qu'ils pouvalent travailler ; mais on les abandonnaït sans scrupule en cas de maladie ou d’infirmité. En dehors de toute idée de compensation, les esclaves partageaient - avec les femmes l'honneur d’être sacrifiés; en nombre’ > plus ou moins grand, sur la tombe de leurs maîtres. = Pourtant, l'intervention de l'esclavage dans les travaux Fe domestiques et publics a fini par adoucir le sort de la — femme ; d’abord le travail ayant été partagé, la femme a eu le temps de s'occuper des besoins de la famille; ensuite la brutalité du mari pour la femme a trouvé un dérivatif dans l’esclave. Une fois que l'esclavage est entré dans les habitudes d’un peuple, on est arrivé à distinguer entre l’esclave héréditaire et l’esclave de capture récente, le premier a été traité avec moins de dureté et a fini par occuper une place modeste dans la famillé et dans la tribu. ” es Avec le temps les mœurs s'étaient adoucies et les -

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habitudes, ayant eu force de loi, avaient modifié avan-

tageusement la situation sociale de la femme. Ce changement n’est survenu qu'après que l’agriculture se fut imposée aux peuples primitifs comme une nécessité de la vie, que l’industrie fut devenue entre les mains des classes plus intelligentes une source nouvelle de l’existence humaine et que l’échange des produits industriels contre les produits naturels du sol entre les. différentes tribus eurent établi des rapports fréquents de commerce entre les peuples de race distincte. Dès ce moment, la chasse fut moins indispensable à l'homme et la structure des sociétés devenant de jour en jour plus complexe, celles-ci tendirent à se diviser en grands propriétaires, aristocrates, industriels et CASA Nute et esclaves.

- Depuis le moment où on fut arrivé à apprécier la valeur de l’esclavé selon la valeur du travail qu'il fournissait, l’ésclave représenta une monnaie et la possession de

nombreux esclaves fut convoitée comme une grosse fortune : il en résulta un commerce régulier d'esclaves tant en Europe qu’en Afrique. Le nègre propriétaire de terres en Afrique orientale ne voulut plus travailler lui-même; il tâcha par tous les moyens possibles de se procurer “e esclaves qui cultivaient, qui semaient, qui récoltaient pour lui, et qui constituaient de plus une valeur échangeable (1). Ces mœurs qu'on a pu encore

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