L'ÉVOLUTION HUMAINE AU POINT DE VUE MORAL
met de cette organisation trônait le monarque, considéré comme un demi-Dieu d’origine divine (1). Par conséquent, ce régime représentait le despotisme le plus
absolu; ses lois étaient d'ordre céleste, immuables et
indiscutables. De même tous les actes de la vie royale étaient soumis à un réglement invariable: une heure pour les audiences,une heure pour rendre la justice, une heure pour les promenades : le régime alimentaire même était astreint à un réglement. :
Néanmoins, ce potentat dont les actes de la vie étaient ainsi réglés, prélevait la cinquième partie de toutes les récoltes sauf de celle des prêtres et des guerriers. En
dehors des castes, il existait encore une masse d’es-
claves employés dans les travaux des pyramides et des … édifices publics. Le peuple cultivait le sol mais ne le
possédait pas. Les délits étaient châtiés d’une manière
barbare. C’est ainsi que le viol d’une femme libre était puni par la castration, l’homme adultère recevait mille
coups de verge et à la femme qui se laissait séduire on
coupait le nez; le parjure était puni de mort ainsi que l’homicide, même d’un esclave. En échange, la législation égyptienne se distinguait par sa douceur en ce qui concerne les questions d'intérêts matériels.
1, Max Dunker, les Egyptiens, p. 218. =
HS
. L’aperçu que nous venons de tracer de la législation de l’ancienne Egypte prouve bien que toutes brutales
que fussent certaines de ses lois pénales, le but moral
qu'elles poursuivaient constitue un progrès sensible sur les légisiations en vigueur et sur les idées dominantes à l’époque dela morale sauvage en Assyrie et en Baby-
lonie. Il est même permis de dire que l'Egypte des.
Pharaons a réalisé l'idéal d'une monarchie barbare et théocratique. On yétait dur, mais avec un but moral et avec une bonté relative. US Malheureusement, dans les pays monarchiques où les rois se prétendent être les représentants du ciel et où une caste sacerdotale puissanteet privilégiée s'appuyant sur l’ignorance des masses populaires fait cause commune avec le monarque, l’autel soutient le trône en même temps qu’il s'empare de laconscience de l’homme, de ses pensées et de ses sentiments, tandis que la caste aristocratique et guerrière menace et au besoin supprime l’homme, le privant de ses biens et de sa liberté. Sous un tel régime, le peuple loin d'avancer et la morale loin de s'améliorer, rétrogradent plutôt et
- finissent par succomber sous le poids de la force bru-
‘tale.
* Quant à l'évolution du sentiment de la morale collec-
tive en Europe, bien qu’elle aït suivi une marche plus
lente que celle de l'intelligence et même indépendante de celle-ci, elle a revêtu dans les différentes régions du continent européen un caractère distinct correspondant aux différents concepts religieux des peuples respectifs. C’est ainsi que dans la troisième phase évolu-
tive appelée la morale barbare, la sauvagerie d’antan
est bridée et le sens moral se développe tant chez les Juifs que chez les Grecs et les Romains; les mœurs sont devenues humaines et sont codifiées en lois écrites ou traditionnelles ; le vol, le meurtre et l’adultère sont
considérés comme des crimes sociaux et sont sévère-
ment punis. Néanmoins, la société repose encore sur : l'esclavage qui ne paraît mitigé que chez les Hébreux, ‘où selon la Bible, « esclave avait le droit de ‘quitter «son maître après six ans de servitude, et le salaire de
« l’ouvrier devait être payé avant le coucher du soleil « parce qu'il est pauvre (Deutéronome XIII, 15). Le
« créancier ne peut saisir la couverture dont le débiteur
« s’enveloppe la nuit (Exode XXII, 22-24). Il n’a pas
non plus de droit sur la meule du pauvre ni sur les
objets qui sont nécessaires à l'entretien de la vie (Deutéronome XXII, 12 et 13). Même en Grèce et à Rome la
morale n’est plus sauvage; elle est barbare. L’esclave
est déjà considéré comme un être humain inférieur et n’est plus traité comme un animal que dans des cas
exceptionnels. En Grèce, la femme était encore soumise
comme fille à ses parents, comme femme mariée à son
mari et comme veuve à ses fils. D’après Aristote la
st
femme est une créature inférieure, n’ayant pas la faculté de délibérer (1). Plutarque raconte que Gallias,. riche athénien, étant devenu amoureux de la femme de Cimon, un personnage renommé par sa grandeur d'âme, celui-
ci la lui céda (2). Caton le Censeur prêta sa femme con-
nue pour sa fécondité à son ami Hortensius. Il a fallu arriver jusqu’à Justinien pour que l’on crût la femme digne d’avoir la garde de ses enfants, étant donné que dans la Rome primitive le mari pouvait avoir des concubines et que même beaucoup plus tard,le terme d’adultère ne s’appliquait qu’à la femme. Il en fut de même en Grèce. Ce n’est qu'avec le temps que la législation changea dans ces deux pays. Solon condamna le ravisseur d'une fille à payer 100 drachmes d’argent et ordonna également au plus proche parent d’une orpheline pauvre de l’épouser ou de lui constituer un dot. # :
A Rome les lois des 12 tables qui perméttaient aux parents d'exécuter eux-mêmes la femme adultère, furent abolies et remplacées par la loi Julia qui décréta la
peine capitale contre l’homme adultère et la confisca-
tion de la moitié des biens contre le séducteur de la femme. Elle enjoignit au mari de la femme adultère de cesser toute cohabitation avec elle sous peine de perdre ses droits civils. | Avec la dissolution de l’Empire romain, bien que la
1. Aristote, la Politique, livre I, chap. V, p. 83. 2, Plutarque, Vie de Cimon.
À We
morale barbare continuât à dominer, les mœurs semblèrent s’adoucir sous l'influence du christianisme pendant sa période héroïque, lorsqu'il se donnait pour mission de propager les doctrines du Maitre : mais au
moment de l'invasion du Midi de l’Europe De les bar—. bares du Nord, le christianisme avait perdu beauconp
de son influence sur les masses populaires, ses doctrines ayant été grossièrement interprétées et mal appliquées par une race très arriérée. Pour se défendre et reprendre
son prestige, l'Eglise se vit obligée de s’accommoder
des habitudes et instincts égoïstes d'un peuple barbare sans la moindre culture. Le clergé, non seulement tolérait l'esclavage, mais it en usait largement pour
son propre compte. Le premier Concile de Reims
défendait de vendre des esclaves à ceux qui ne sont pas chrétiens. Le IX° Concile de Tolède déclarait esclaves de l'Eglise les enfants des ecclésiastiques (1). Cependant, il faut reconnaître qu’à la même époque les
moines et les nombreux ermites pratiquaient et pré-
chaient la charité et fondaient des asiles et hôpitaux pour les enfants exposés ou abandonnés par leurs parents, ce qui a contribué, à la longue, à l'adoucisse-
ment des mœurs et à combattre les instincts égoïstes. ‘. ” . = \ + D’habitude, les hôpitaux étaient des annexes des monas-
tères. Généralement, le clergé donnait d’une main
pour reprendre de l’autre. L'exploitation de testa- -
1, Larroque, l'Esclavage chez les nations chrétiennes, p. 67 et 79-
ments et l'accaparement des terres aux dépens des communes marchaient de pair avec les actes de charité, __ce qui n’empêchait pas que son action fût civilisatrice. Nos ancêtres s'étaient habitués à pratiquer des actes de désintéressement et à protéger les faibles d'autant plus que ces œuvres de charité finirent par se mulliplier, et se répandre dans un grand nombre de régions, étant arrivées à leur apogée sous le gouvernement de Charlemagne qui, après avoir fondé un grand empire en Occident, chercha en l Eglise un auxiliaire pour le consolider et lui accorda en échange le pouvoir tem- : porel après son couronnement par le pape comme empereur d'Occident. L'Empereur nommait les Evêques et les abbés qui étaient généralement des fils de seigneurs devenus propriétaires de grands domaines et auxiliaires du Gouvernement. Les papes de leur côté profitaient tantôt des donations, tantôt des héritages faits par les fidèles en faveur de l'Eglise pour augmenter
leur pouvoir temporel. -
Une fois que l'Eglise s’est trouvée en possession du ee. pouvoir spirituel et temporel elle a commencé à s’impo-
ser aux classes sociales élevées.
__ Elle s’est continuellement efforcée d'agrandir son Fe ibbuence sur les peuples et d'imposer sa volonté aux souverains des Etats européens. C’est ainsi qu'après la mort de Charlemagne et le morcellement de l'Empire en plusieurs royaumes et de chaque royaume en plusieurs provinces où chaque seigneur gouvernait à sa
guise, l'Eglise a commencé par servir de guide et. de conseillère aux petits Etats en les aidant à s’organiser
sur la base de contrats qui réglaïient les droits et les devoirs éntre vassaux et-rois, ces derniers considé-
rés comme les suzerains ou:les chefs suprèmes de
cette hiérarchie étagée, connue sous le nom de féoda-
lité. R ex RON a, Sous ce régime, il n’y avait que des chevaliers, des
seigneurs, des clercs et des paysans dont les-uns com-
battaient, les autres priaient et les derniers travail: laient la terre; mais tous les hommes libres étaient des guerriers qui prêtaient serment de. fidélité au chef, leur seigneur, lequel en échange:les nourrissait et leur fournissait des armes, des vêtements et. le cheval. Quelquefois, il leur donnait aussi un domaine en fief pour l’exploiter. Le vassal en échange servait son chef à table en même temps qu’il en était son compagnon d'armes, À leur tour les seigneurs prêtaient serment au Seigneur le plus riche et le plus puissant et recevaient en échange une propriété en fief. Presque tous les seigneurs furent à la fois Seigneurs et vas-
saux. Toutefois, les membres du clergé appelés clercs.
étaient devenus la classe sociale la plus puissante,
car ils recevaient de nombreuses donations en terre et en argent des croyants riches qui étaient convaincus d'effacer leurs péchés et de sauver leur âme en
donnant une partie de leurs biens aux serviteurs de 162 CL QAR