CHAPITRE XX
De ce qui précède, 1l résulte d’une façon indiscutable - que l'Espagne du xvi° siècle a non seulement eu la gloire de découvrir un nouveau continent, : mais elle a aussi le mérite insigne d’avoir contribué à enrichir Les sciences mathématiques, astronomiques et nautiques de nouveaux faits et de nouveaux procédés, de répandre . une lumière nouvelle sur les hommes et surles choses, d'élargir la sphère du commerce et de l’industrie et de répandre la langue espagnole parmi les habitants du nouveau continent, en même temps qu’elle purifiait et enrichissait sa propre langue, grâce à ses écrivains éminents, qui produisirent d’impérissables chefs- d'œuvre littéraires. En un mot, l'Espagne a le droit nee 4 appeler le xvr° siècle son siècle d Ôr. + nee. | Maintenant, la question se pose : Comment expliquet-on qu'un peuple qui est parvenu à créer son unité nationale, à être l’arbitre de la politique en Europe, à découvrir un nouveau continent ne à produire
des hommes proéminents aussi bien dans le domaine des beaux arts que dans celui des sciences exactes et naturelles, ait commencé à décliner à la fin du xvi° siècle, et soit entré en pleine décadence au xviie siècle? La chute subie par l'Espagne fut même si rapide que pendant le règne des trois Souverains quise succédèrent après Philippe IT, la monarchie espagnole, qui ètait la plus puissante du monde, tomba au dernier dégré d’impuissance ; elle perdit quelques-unes de ses plus belles possessions, le Portugal et les Pays-Bas, et devint un objet de dédain de la part des nations étrangères, ayant subi la cruelle humiliation de voir diminuer son territoire par un traité, à la rédaction duquel on ne lui permit même pas de prendre une part active. IL fut même question lors du Congrès européen tenu sous le règne de Charles II du partage de la monarchie espagnole, l’armée espagnole ne comptant plus quesix mille soldats mal vêtus et sa flotte se réduisant à vingt galères.Ce qui est le plus curieux dans cette chute, aussi complète que rapide, c'est que la petite république de Hollande put braver avec succès déjà en 1579 la puissante armée espagnole commandée par ses meilleurs généraux. |
Il n’y a pas de doute qu’un phénomène de cette nature ne peut être dû à une cause unique. Eneffet, l’évolution de l'Espagne comme grande puissance, ainsi que les étapes qui ont précédé son apogée et sa décadence rapide, constituent un problème très complexe, dont
voici les éléments. Zn premier lieu, il faut tenir compte des conditions biologiques de la naissance et du développement de ce pays. L'Espagne, à l'encontre des autres Etats européens, tels que la France, l’Angleterre, la Russie et la Prusse, n’a pas passé par les phases d'évolution nécessaires à une grande collectivité
pour atteindre son apogée. C’est ainsi que chacune de
ces nations qui sont arrivées au rang de grandes puissances, a commencé par former un petit Etat embryonnaire, quis’est développé léntement et successivement eta grandi avec le temps à force de travail et à la suite d’un accroissement de sa population et de luttes avec lés Etais voisins, jusqu’à acquérir une force d'expansion suffisante pour absorber et s’assimiler les petites collectivités voisines qui lui étaient inférieures en culture et en résistance vitale, tandis que l'Espagne, dès qu’elle eut délivré le pays de la domination arabe et constitué son unité nationale, devint sous Charles- Quint la maîtresse de l'Europe. Toutelois cette grandeur n'ayant pas été le résultat d’une force organique intérieure mais bien d’une juxtaposition d'éléments venus du dehors, son étoile commença déjà à se ternir avant la-fin du règne de Philipe IT par la destruction
-de J'invincible Armada et par la perte des Pays-Bas, en
sorte que la décadence de l'Espagne commence à l'épo-
que de sa suprématie sous Philippe II et n’a fait que
s'accentuer jusqu'à la fin du xvri° siècle. En second
dieu, ce sont des causes d'ordre religieux qui ont joué