‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 247 sur 342 · GAUSES DE LA DÉCADENCE D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

GAUSES DE LA DÉCADENCE D'ESPAGNE

un grand rôle dans la décadence politique et morale de

l'Espagne; car la société espagnole des xvre et xvire siècles n’était pas seulement catholique comme celle des autres pays de l'Europe, mais par le fait même d’avoir réussi dans sa croisade contre l’islamisme, le catholicisme constitua le fond moral de son unité nationale,

de ses lois, de ses mœurs, et de son caractère politi-

que. Sa haine pour l’hérésie et pour les hérétiques se

traduisait jusque dans son langage vulgaire par des expressions qui se sont conservées jusqu’à nos jours …

telles que cara de hereje, hacer herejias, estampa de la herejia et qui dénotent bien le sentiment de répulsion qu'éprouvaient les Espagnols pour tout ce qui n’était. pas catholique, tandis que les termes catholique et bon, étaient synonimes, Sancho Panza pour exalter la qualité du vin que lui avait donné Tomé Cecial exclamait:

Como es catolico! Nuñez de Alba en parlant de Martin Le Luther, s’exprimait de la manière suivante: «Il me

paraît que l’air que je respire se corrompten parlant d'un être aussi pervers et que ma bouche se salit en le nommant », Ce sentiment religieux si exalté suggestionna l'esprit des guerriers, des artistes, des poètes.

et même des savants espagnols de l’époque. C’est seu-

lement ainsi qu’on comprend la pensée de Philippe Il,

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lorsqu'il déclarait : » Je prèfère perdre mes royaumes

plutôt que de régner sur des hérétiques. » Philippe ne faisait en ce disant qu’ exprimer la mentalité F tous. ses sujets.

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Bien entendu, ce n'est pas le catholicisme en luimême qui a contribué à la décadence de la nation, c’est plutôt l’intolérance religieuse associée au despotisme politique qui a aveuglé les hommes les plus éclairés et leur a fait perdre le sens de la justice et de la morale chrétienne, et qui a eu pour conséquence d’aliéner à

l'Espagne la sympathie des autres pays de l’Europe.

Cette exagération de l'esprit d’intolérance ne fit que grandir après la mort de Philippe II. Le clergé proftant de la faiblesse de Philippe III mit en jeu toute son influence pour entreprendre une nouvelle croisade contre les Moriscos, c'est-à-dire les descendants des anciens Arabes convertis au christianisme. Le premier qui se lança dans cette lutte fut l'archevêque de Valence, nommé Ribera, lequel, après avoir adressé plusieurs mémoires au monarque à ce sujet se présenta aü roi comme chef et représentant naturel de l'Eglise nationale en lui déclarant que tous les désastres dont souffrait la monarchie espagnole provenaient de la présence des incrédules sur le sol national et que l'invencible armada que Philippe IT avait dirigée contre l’Angleterre avait péri parce que Dieu n'avait pas voulu que l'Espagne püt triompher contre un ennemi du dehors

tant que son sol servait d’abri aux infidèles. Il attri-

bua aussi à la même cause l'expédition malheureuse entreprise contre Alger. Il exhorta le roi, s’il voulait conserver la prospérité de l'Espagne, à expulser les Moriscos et à ne garder que les enfants au-dessous de

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