CAUSES DE LA DÉCADENCE D'ESPAGNE
sept ans, qui devaient être baptisés et convertis au
catholicisme. Ces admonestations étaient appuyées par l'archevêque de Tolède, primat d’Espagne, frère du duc de Lerma, premier ministre de Philippe IE, avec la circonstance ageravante que celui-ci s’opposait catégoriquement à ce qu’on conservât en Espagne les enfants au-dessous de sept-ans, car il ne voulait pas courir le danger de voir le sang pr des chrétiens souillé par les infidèles. 3 ;
Quelques membres du haut clergé demandaient même que tous fussent égorgés, hommes, femmes et enfants, sans exception. PRO III, trop scrupuleux pour s'opposer aux insinuations des chefs de l’église, consentit à mettre à exécution cet acte de barbarie. En effet à peu près un million d'hommes, les plus industrieux d'Espagne, furent traqués comme des bêtes fauves. Bon nombre d’entre eux furent assassinés, au moment de s’embarquer ; d’autres furent pillés et spoliés de toute leur fortune et d’autres furent massacrés par l'équipage des navires qui les conduisaient au Maroc ; et ceux qui purent échapper à la sauvagerie des Espaœnols tombèrent victimes des Bédouins en débarquant en Afrique.
Les évêques, satisfaits de se voir maitres absolus da pays, assurèrent à leurs croyants que désormais l'Espagne se trouverait sous la protection immédiate du Ciel et qu’elle entrerait dans une’ ère de félicité. Mais ils ne tardèrent pas longtemps à subir les consé=
quences désastreuses de cet acte de barbarie. Avec l'expulsion des Moriscos. disparut la richesse agricole du pays, et l’industrie périclita par suite du manque de bras et d'artisans habiles, car les Espagnols considéraient alors tous les travaux inhérents à l’industrie comme indignes d’être exécutés par des hommes libres, La guerre et la religion étaient les seules vocations honorables ; se battre pour le roi ou servir dans un ordre religieux quelconque, étaient les seules carrières louables. Il en résulta qu'après l'expulsion des Moriscos, il n’y eut personne pour les remplacer; les arts et les manufactures tombèrent en décadence et des régions immenses de terres restèrent incultes et complètement désertes. Avec la disparition de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, se desséchèrent les trois sources principales de la richesse nationale.
En troisième lieu, le chiffre restreint de la population d'Espagne à l’époque et les moyens pécuniaires dont elle disposait, n'étaient nullement en rapport avec les entreprises coloniales et guerrières qui mettaient à contribution toutes les forces de la nation, Les uns, animés d’un esprit guerrier, faisaient continuellement la guerre en Europe, tantôt en Sicile et à Naples, tantôt dans les Pays-Bas ; les autres, poussés par l’esprit d'aventure, émigraient en Amérique, Avec une population qui ne dépässait pas huit millions, l'Espagne aspirait à peupler un grand continent comme l'Amérique en même temps qu'elle arrosait de son sang de vastes