VIE ET ŒUVRES ET SPINOZA
- arabo-hébraïque et se mit parfaitement au courant de
la philosophie religieuse des Juifs d'Espagne des xret . x11e siècles. Il connaissait sans doute les théories métaphysiques d’Avicébron « qui distinguait la matière de « la forme, définissant la matière comme le potentiel de « l’Etre dont l'expression est la forme et établissant « l'existence d’une seule et unique matière qui remplit « tout l’univers depuis la limite extrême spirituelle « jusqu’à la limiteextrême temporelle ; que Dieu repré- « sente l'essence de la matière et de la forme et c’est la volonté qui sert d’intermédiaire entre Dieu et l’uni-
«vers ». Après avoir acquis les connaissances philo-
sophiques des écoles judéo-arabiques, le jeune Spinoza chercha à s'instruire dans les sciences courantes de son époque, et pour cela, il lui était nécessaire de connaître le latin qui était alors la langue commune des savants.
Dans cé but, il fréquenta l’école d’un médecin nommé François van der Ende qui lui enseigna le latin en même temps que la physique, les mathématiques et l’astrono- Ge médecin, homme fort instruit, avait une fille &é Clara Maria, passionnée pour la philosophie de Descartes. Le jeune Spinoza ayant attiré l'attention par
son intelligence supérieure et par son esprit philoso-
phique devint bientôt l’ami des autres élèves très dis-
tingués qui fréquentaient l’école de van der Ende, tels
qu'Henry Oldemburg, Louis Meyer et Théodore Kerke-
ring. Quelquefois, le médecin était substitué par sa
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fille dont l'intelligence et la: en al Le supérieure fixa l'attention de Spinoza. Le salon de Clara Maria, où l'on discutait les problèmes les plus transcendantaux, : fut également fréquenté par des personnes de haute
distinction. Spinoza, qui fréquentait le matin la syna- : gogue, prenant part aux discussions talmudiques, pas-
sait les soirées dans le salon de Clara, échangeant ses vues avec Oldemburg sur la nature et la finalité des choses et sur les lois du monde moral.
Peu à peu Spinoza cessa de fréquenter la synagogue d'Amsterdam. Il chercha à se soustraire à l’autorité des doctrines rabbiniques qui étaient en complète opposition avec l’enseignement de Descartes, selon lequel il est nécessaire, pour atteindre la vérité, de se défaire de toutes les opinions et doctrines reçues et de reconstruire ensuite dès le fondement toutes les
branches de ses connaissances sur une nouvelle base.
-De plus, l'affection qu’il éprouvait pour la fille de van 2
der Ende et l'admiration que lui inspirait sa haute
intelligence l’éloignaient graduellement de la synagogue. Malheureusement, lorsqu'il la demanda en mariage à son père, celui-ci lui posa comme condition
de renoncer publiquement à la religion judaïque et de <e convertir au catholicisme. Spinoza, bien que séparé
depuis longtemps de la foi de ses ancêtres, n’enten-
dait nullement souscrire aux dogmes du catholicisme
qui-étaient en opposition avec ses convictions reli- :
gieuses, et il trouva en lui même assez de force morale
‘pour renoncer à la réalisation du premier et dernier rêve de sa vie. Blessé profondément dans sa première et unique affection, Spinoza cessa de visiter la maison de van der Ende et les cercles savants et se livra aux méditations abstraites dans une vie solitaire.
Après avoir acquis des connaissances profondes dans
es sciences mathématiques et physiques et après avoir
fait des études comparatives des différents systèmes de philosophie grecque et judéo-arabique, sans négli- ger les discussions ardentes entre les divers chefs de la scolastique, il s'attacha avec ardeur à la philosophie alors en vogue, celle de Descartes et sa méthode qu'il interpréta et modifia au commencement et qu'il finit par remplacer par ses doctrines à lui.
.. Grâce à la logique incomparable de son raïisonnement et à la puissance extraordinaire de son jugement, il arriva à des déductions tout originales d’une exacti- ; tude mathématique. Il est clairque la manière d'agir et de penser de Spinoza dut troubler la conscience et les convictions religieuses des rabbins d'Amsterdam. Geux-ei employèrent tous les moyens possibles, séductions et menaces, pour retenir te dans le sein du judaïsme, mais en vain, Quelque temps après la mort de son père (1654), ayant perdu tout espoir de le ramener à eux, ils le citérent devant le Sanhédrin. Et, sur son refus de comparaître, ils prononcèrent en son absence contre le . déserteur de la synagogue, par la bouche du vieux
Chacham Abuabh, rabbin de grande réputation, la plus terrible de leursexcommunications, l'excommunication Schammata, dans laquelle Spinoza fut déclaré, à cause
de ses. horribles hérésies, anathème séparé, maudit
exécré. Défense est faite à tous de communiquer avec
lui, soit de vive voix, soit par écrit, défense delui venir
en aide en quoi que ce soit, défense de l’approcher de
plus de quatre brasses, défense de lire aucun document composé ou écrit par lui. Bien qu'il restät indifférent à ce jugement sévère qui le rejetait du sein du judaïsme, il crut néanmoins devoir se justifier devant l’opinion, en publiant en espagnol une apologie de sa conduite : Apologia para justificarse de su abdicacion de: la sinagoga. | Le
Dénué de patrimoine, il se décida à apprendre un métier qui lui permit desubvenir à ses besoins. Il choisit l’art de polisseur de verres et grâce à ses grandes: connaissances d'optique et à son talent de dessinateur il acquit en peu de temps une telle habileté et unetelle réputation parmi les gens du métier qu'il gagna suffisamment pour assurer pleinement son existence et. son indépendance. Dans le but de se soustraire à l’inimitié de ses anciens coreligionnaires qui le dénoncèrent aux autorités comme un homme dangereux aux bons citoyens, il se retira à la campagne entre Amsterdam et Oudrekerke, chez un de ses jeunes amis et. élèves, Albert Burgh où il reçut un grand nombre de visites de ses amis et admirateurs qui cherchaient avec
D tion:
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-aviditéson enseignement, car l’autorité desonnom s’affir-
mait chaque jour davantage et ses écrits trouvaient un écho lointain parmi ses amis et ses ennemis. Afin de pouvoir consacrer son temps à des études philoso- : phiques, il recherchait la solitude et changea souvent de résidence dans les différentes régions de Hollande, depuis 1660 jusqu’en 1669, sq il se fixa définitive ment à La Haye.
Chose singulière ! Spinoza, bien qu'il ne cessât pas d'employer une grande activité dans ses travaux philo-
Sophiques, se refusa pendant longtemps à publier le
résultat de ses études, malgré la sollicitude de ses amis. Son ancien ami, Henry Oldemburg, ministre résidant de la Basse-Saxe en Angleterre, 1 adressa des lettres pressantes pour le déterminer à la publication de ses travaux, mais Spinoza aui redoutait les machinations de ses adversaires, résista longtemps à ces exhortations. Ce n’est qu’en 1670 qu’il se décida à publier son 7ractatus theologico politicus qui fit grand bruit dans tous les cercles savants. et jeta le désarroi dans le camp des orthodoxes de toutes les religions, tant catho- Lques que protestants et juifs. | Bien que pour se soustraire à la malveillance il ait conservé l’anonymat et ait mème désigné comme lieu de limpression de son ouvrage Hambourg au lieu d'Amsterdam, la hardiesse de ses pensées et le cachet propre de son style clair et précis firent deviner aussitôt le nom de l’auteur. Jamais un livre n’avait excité
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l'opinion publique à tel degré. Amis et ennemis cher-
chaïent à le lire, les uns pour l’admirer et les autres. pour le critiquer. La maison de son hôte, le peintre Van der Spyck, se changea en lieu de pèlerinage où accoururent les esprits les plus forts de son temps. « La vie cachée, écrit Bayle, n’empêchait pas le vol de.
son nom et de sa réputation (1) ».
En 1673, Spinoza est mandé par le prince de Condé pour se rendre à Utrecht, car Condé était non moins
avide de métaphysique que de gloire militaire, mais à
l’arrivée de Spinoza l'illustre capitaine s'était rendu à Paris pour présider à la Sorbonne aux thèses théolo= giques de Bossuet. En l’absence du prince, Spinoza fut. reçu par le maréchal de Luxembourg qui lui offrit une pension de la part de Louis XIV à condition de la solliciter, mais Spinoza refusa en déclarant qu'il n'avait
rien à dédier au roi, car il était bon républicain, ce qui n’empêcha pas qu’à son retour à La Haye il fut.
considéré comme un espion de la France et menacé par la populace de La Haye.
Vers la même époque, le prince palatin Chase Louis, lui fit écrire par le docte Fabricius, professeur
de philosophie et de langue grecque à Heidelberg, pour Jui offrir au nom de son maître une chaire de philosophie à Heidelberg et lui garantir, pourvu qu'il respectât la religion établie, la plus ample liberté de discus— sion. Spinoza, bien que touchéde cette offre si flatteuse,
1. Dictionnaire historique et critique, par Bayle. Article Spinoza.