‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 293 sur 342 · SYSTÈME PHILOSOPHIQUE DE MALERBANCHE · texte numérisé non relu

SYSTÈME PHILOSOPHIQUE DE MALERBANCHE

préméditée ; il futle premier qui interpréta la nature

dans un sens religieux en même temps ie philoso= »

phique.

Quoique faible de constitution, menacé d’une Re à

die terrible qui devait le conduire au tombeau et aban-

donné au dernier moment par ses anciens amis qui. . craignaient de se compromettre, il eut le courage de publier son livre sur l’'Ethique où il expose avec une Ë logique rigoureuse de géomètre des doctrines qui pro=

duisirent une grande révolution parmi les penseurs de

son époque, bravant ainsi le danger de la persécution

et de la prison. Heureusement pour lui, peu de temps

après avoir accompli sa mission, la mort vint le sous-

traire à la vengeance de ses ennemis.

La France du xvrr° siècle compte encore d’autres É

philosophes qui relèvent plus ou moins de Descartes.

D'abord c’est Malebranche, né en 1638. Après avoir Fe terminé au collège de la Marche son éducation clas-

sique il fit sa théologie en Sorbonne et ensuite il prit

les ordres. En 1666, il entra dans la Congrégation de .

l’Oratoire. A l’âge de vingt- six ans, ileut connaissance re

de Traité de l'homme de Descartes, qui l’enthousiasma à un tel point qu’il se consacra à l’étude de la philosophie. Dix ans plus tard, il publiait la Æecherche de la

Vérité, les Entretiens métaphysiques et les Méditations

L'ANGLETERRE È ENTHOUSIASTE DE DESCARTES 721 chrétiennes. Comme Descartes, il professe qu'il ne faut céder qu’à la seule évidence, mais pour être chrétien, ” dit-il, il faut croire. aveuglément. 1 Malebranche était sans doute un grand penseur, mais voulant concilier ses principes philosophiques avec les doctrines théolo- | giques, il se perd dans un dédale de considérations tel- lement confuses qu’ on le croirait incliné au panthéisme. A0 est ainsi que Bossuet n'hésita pas à donner l’alarmé, ce qui nel’ empécha pas de qualifier la philosophie de Spinoza | de monstrueuse et d’épouvantable, et de se servir pour la défense de ses thèses d'arguments du genre de la scolastique où les idées sublimes sont envelop- | pées de phrases obscures et de paradoxes. |

La révolution produite par la philosophie de Descartes ri . au xvir siècle ne resta pas limitée à l'Allemagne et à la France; elle traversa la Manche et enthousiasma les esprits d'élite de l'Angleterre. Le principe cartésien: a Je pense, donc je suis », principe vivant, puisé à la source de l'observation de la conscience intime de l’homme, renouvela sa psychologie au point qe Angle- ; terre, pays debon sens et d'esprit pratique, s’opposa aux exagérations de l’idéalisme des philosophes français et : allemands, tels que Malebranche et Leibnitz et le car- tésianisme y subit une transformation complète grâce

à l'intervention de Locke, qui, par le grand prestige dont il jouissait aussi bien comme philosophe que comme défenseur de la liberté politique et religieuse, réussit à vulgariser dans les classes les plus éclairées de la société anglaise les principes d'équité et de justice en harmonie avec ses doctrines philosophiques basées

sur la raison et le sentiment de la solidarité. John

Locke, né dans la même année que Spinoza, en 1632, à *

Wrington, comté de Bristol, était fils d'un grefhier

de justice de paix. Après avoir achevé ses études

à l’Université d'Oxford où il obtint un bénéfice ou

sinécure qui lui permettait de se livrer à des travaux scientifiques, il se consacra d’abord à l’étude de la

médecine, sans l'exercer professionnellement. Le. hasard le fit entrer en rapports avec lord Ashley, qui

devait être plus tard comte de Shaftesbury, qui lui confia l'éducation de son fils et qui, devenu grand chancelier en 1672, le fit nommer secrétaire des présentations

aux bénéfices. Quelque temps après, Shaftesbury, ayant :

été accusé de tramer une conspiration contre le roi, fut obligé de se réfugier en Hollande et Locke suivit son

maître, perdant ainsi son bénéfice. Après la mort de

Shaftesbury, Locke, s’étant vu privé de ses moyens d'existence, chercha à gagner sa vie par des travaux littéraires et avec l’aide de quelques amis. C’est de cette manière qu’il put s’adonner à l'étude de la philosophie. Il resta en Hollande jusqu'au moment de la

révolution anglaise de 1688. Il fut alors rappelé par

S à, AU

Guillaume III qui le nomma d’abord commissaire des appels et ensuite commissaire du commerce et des colo-

nies. Toutefois, l’affaiblissement de sa santé l'obligea à résigner ses fonctions, et malgré les instances du roi,

il refusa de recevoir les émoluments d’une charge qu'il ne remplissait pas. Il se retira à la campagne où il mou-

rut en 1704.

Quant à la vie intellectuelle de Locke, elle fut remplie d'un labeur constant et fécond. Doué d’une grande puissance de travail et d’un esprit positif, il commença par consacrer son temps à l'étude de sujets divers; tantôt c’étaient des questions d'économie politique, tantôt des questions économiques et sociales, tantôt des ques-

tions purement philosophiques. C’est ainsi qu’il publia‘

d’abord un travailintitulé: Considérations sur la diminulion de l'intérêt et l'augmentation de la valeur des monnaies, travail qui fut considéré comme un modèle d'économie politique ; ensuite il publia un Traité d’éducation des enfants qui suggéra à Rousseau ses vues ingénieuses qu'il expose dans son Æmile. En 1689, il

me écrivit un travail sur la Tolérance, en latin. A l’époque

où Guillaume III se proposait de réconcilier les sectes

dissidentes en Angleterre, Locke, pour favoriser les

projets de son roi écrivit le Christianisme raisonnable

et son Essai sür le gouvernement civil. Mais le livre qui attira l’attention de l’Europe entière et qui rendit

son auteur très populaire, tant en Angleterre qu’en France, fut son traité de métaphysique intitulé : Essai

AA

sur l’entendement humain divisé en quatre livres: £o les notions innées ; 2° les idées ; 3° les mots ; 4 la ‘connaissance. Dans ce travail, l’auteur recherche d’abord l’origine, la valeur et l'étendue de nos connaissances ; ensuite, il renverse l'hypothèse des idées innées dans l'ordre spéculatif et des principes ea dans l’ordre pratique ; il considère l’âme au nes de la naissance comme une table rase, c’est- à-dire où. l’on n’aurait encore rien écrit et où l'expérience ue imprime ses caractères qu on appelle des idées. Nos. idées, d’après lui, sont de deux sortes: simples et complexes. Les premières sont dues à la sensation ou à la réflexion. La sensation nous fournit les idées des choses sensibles ; et la réflexion les idées des opérations de l’âme. Les idées complexes s obtiennent part un travail de décomposition et de recomposition. | Après avoir étudié les idées, Locke s'occupe des mots et de leurs rapports intimes avec les idées. Là, il signale toutes les ressources du langage, en même temps que les imperfections et les abus dans l'emploi des mots, et les remèdes qu’il convient d'y apporter.

Quant à la connaissance, d’après Locke, elle est intui- AE

tive ou démonstrative, et doit être ramenée à trois objets : l’âme, le monde et Dieu. D'après lui nous ne

connaissons les objets extérieurs que par les idées

qu'ils représentent; la vérité perçue consiste dans la conformité de l’idée avec son objet. FER Quant à l’âme, Locke professe que c’est par intuition

que nous connaissons notre propre âme et par démonstration que nous arrivons à la connaissance de Dieu. Je suis, done Dieu est, conclut Locke,- de même que Descartes. Il soutient de plus que Dieu est immatériel et il montre que toute partie de la matière est dépourvue de pensée. Toutefois, dit-il, bien que nous ayons des idées sur la matière et sur la pensée, peut-être ne serons-nous jamais capables de connaître si un être purement matériel pense ou non, pour la raison qu'il . nous est impossible de découvrir par la contemplation de nos ou idées, sans l’aide de la révélation, si Dieu n’a point donné à quelque assemblage de matière disposé comme il le trouve à proncé la puissance d’ aperce voir et de penser ou s’il n’a point ajouté et uni à la même matière ainsi disposée, une substance immatérielle qui pense, :

Quant à l'idée de l'infini, elle est Lodel d’ après lui, sur l’idée de l'Espace que nous avons reçue par les sens. tl applique la même analyse à la Durée et au nombre. qu il réduit à des idèes de succession et d’addition TS indéfinies et il les ramène à leur origine expérimentale.

Lockerapporte également les idées du bien et du mal à la sensation et à l'impression de plaisir et de peine 5 qui en sont inséparables, « Tout ce qui est propre à causer, à continuer et à augmenter du plaisir en nous,

ou à diminuer et abréger quelque douleur, se nomme bien et nous appelons le contraire mal, C'est sur ce. bien et sur ce mal que roulent toutes nos passions :

amour, haine, désir, joie, crainte. « La faculté est une série d’actes dont l’habitude fait sentir en nous la puissance. » La puissance que nous trouvons en nous de préférer la présence d’une pensée particulière à son

absence, ou de mouvements particuliers au repos, est

ce que nous appelons volonté La préférence actuelle d'une action à la cessation ou au contraire est ce qu’on nomme volition. La puissance aue nous trouvons en

nous d'agir ou de ne pas agir conformément à la préfé-

rence que notre esprit a donnée à l’action, nons fournit l’idée de ce que nous avons nommé liberté. » Locke refuse également toute réalité aux genres et aux espèces. Les natures générales dont les termes généraux sont les signes ne sont que des idées générales faisant abstraction du temps, du lieu et des autres particularités qui font que ces signes représentent seulement des natures individuelles. Une idée formée de la sorte par abstraction et dégagée de tout ce qui la rendait individuelle est capable de représenter éga-

lement plusieurs choses individuelles, en tant que.

chacune d'elles a tout ce qui reste dans cette idée abstraite. L'essence de chaque genre et de chaque espèce n’est autre chose qu’une idée abstraite dans l'esprit de celui qui parle et dont le terme général qu'il emploie

est le signe. Le genre n’est qu’une conception partielle

de ce qui est dans chaque individu. Toutefois, il faut reconnaître que le scepticisme de Locke n'est pas fon-

damental, d’après ce qui ressort de son livre De la con-.

x nee sa doctrine manque de netteté. Îl se montre très prudent et très chrétien lorsqu'il parle des rapports de l’homme avec Dieu. Il doute souvent pour ne pas A nier; mais il est sincère lorsqu'il dit que l'homme ne connaît que ce qui entre dans son intelligence et que cette intelligence ne connaît pas tout et qu’elle ne peut ee pas tout connaitre ; ; mais sous ce rapport Locke s’est. avancé un peu L car à mesure que la sphère des connaissances s’élargit, l'inconnu d’aujourd’hui devient le connu de demain. Néanmoins, il faut tenir compte | de l'époque et du milieu dans lesquels Locke a vécu, et c’est précisement le mérite de Locke d’avoir su con- cilier la hardiesse de ses conceptions sur l’homme et ses facultés intellectuelles avec son Déisme. Grâce à cette circonstance, il a inauguré un mouvement intel- lectuel qui a donne la note dominante à l’enseignement en Angleterre et en France pendant tout le KV

À siecle ; et 2 révolution qu il a produite par son sensua-

GS “\xIl LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES EST REMPLACÉE a

AU XVII SIÈCLE EN ANGLETERRE ET EN FRANCE PAR: sé CELLE DU SENSUALISME DEISTE DE LOCKE ET CONDILLAC

De même que l’enseignement de Descartes a contri= ” bué à réveiller l'esprit philosophique chez Locke, dont. l’esprit d'indépendance s’est servi de la méthode de. Descartes pour créer un système de philosophie à li devenu ensuite populaire dans toute: l'Angleterre, des | même les idées de Locke ont eu leur répercussion sur. .. le cartésianisme en France et préparé le terrain pour te ë A philosophie sensualiste de Condillace qui a dominé tout. le xvirre siècle. Ce mouvement d'idées a trouvé ue auxiliaire actif dans Pierre Bayle, philosophe français . émigré en Hollande, de même que Descartes ét é Locke. | ee

Pierre Bayle naquit en 1647 à Carlat, dans le comté. e de Foix. Son père, prêtre calviniste, lui enseigna de +

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