‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 31 sur 342 · LS · texte numérisé non relu

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monde, l’anthropomorphisme divin n’a été aussi pro- noncé que dans la religion grecque. Les Dieux du poly-

théisme hellénique n’ont pas simplement de vagues formes humaines, ce sont des citoyens qui participent à la vie de la cité avec l’intérêt et la passion que les divinités homériques déploient lors de leur intervention dans les conflits guerriers. :

En effet, Paul Albert dit avec raison : les dieux d'Homère sont de véritables hommes (1), ils ont des corps, mais plus grands, plus beaux, plus forts, et à l'épreuve de la maladie, de la vieillesse et de la mort. Leur voix est plus puissante, leurs bras sont plus vigoureux, ils soulèvent sans effort un rocher énorme ; leur vue est perçante, élle saisit les objets à des distances énormes : des hauteurs inaccessibles de Olympe ou de l’Ida, ils entendent les moindres paroles des mortels ; tout ce que font les mortels, les dieux le font aussi, mais sans effort. Les dieux, ayant un corps d'essence, mangent, boivent, et dorment, mais leur nourriture habituelle, c’est l’ambroisie, et le nectar leur boisson. » |

Si nous envisageons les dieux comme personnes morales, ils ont toutes les passions humaines et surtout celle de la guerre. Le seul Jupiter, père des dieux et des hommes, représente jusqu'à un certain point la conscience morale de l’époque; il est le seul qui, dans

. La Poésie, par Paul Albert, Paris, 1880, p. 36.

ses rapports avéc les hommes, reste impartial et juste ; c'est lui qui est le gardien du serment et les mortels sont persuadés que le dieu punira le parjure. Il est aussi considéré comme le protecteur des étrangers, des pauvres et des malheureux. Au fur et à mesure que l'intelligence se perfectionne et que le sentiment gagne

en vigueur chez les Grecs, leur conception de la divi-

nité se modifie ; : toute force de la nature, l'air, le soleil, la mer, est pour eux une force indépendante et ils attribuent chacune de ces forces à un dieu particulier. Chaque dieu représente une force de la nature et porte un nom distinct. De même, tout homme quise distingue, tant par ses forces physiques que par son intelligence,

est considéré comme un héros ou une force divine, mais en même temps qu'ils divinisent les forces de la nature,

les Grecs humanisent aussi les divinités. C’est ainsi que les personnages divins du Panthéon grec agissent en tout comme des hommes : ils naissent et se trans-

forment, ils se marient et ont leurs descendances ; ils

ont pour mère une déesse, des dieux pour frères et pour enfants d’autres dieux ou des hommes semi-divins.

Leurs dieux ont aussi leur généalogie. C’est ainsi

qu’Apollon, par exemple, est né dans l’île de Délos où sa

mère Latone s'était réfugiée. Saturne, s'étant enfui de

Crète par crainte de son fils irrité,était venu en Italie ; il reçut l'hospitalité chez Janus et il apprit à ces hommes

ignoraats à graver des lettres, à frapper de la monnaie et à fabriquer des instruments de travail. Son fils,

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Jupiter, régna sur la Crète après l'expulsion de son père; 1l eut des fils et y mourut.

De mêmeils ne regardaient pas. comme un sacrilège de prêter à leur dieux des passions humaines : Hermès

était connu pour voleur ; Aphrodite était célèbre par

ses coquetteries. En même temps, tous étaient vaniteux et jaloux et ne pouvaient supporter de voir un homme entièrement heureux. D'après les historiens grecs, la prospérité de l’homme était pour lui grosse de dangers, car elle attirait la colère des dieux. Xénophon, l'historien, disait : « Les grecs primitifs avaient fait leurs dieux à leur image; plus tard, avec les progrès dans les sciences et les arts, leurs descendants ont été choqués de tous ces vices, mais ils n'osaient pas toucher aux habitudes’et à la routine de leurs ancétres. En effet, Socrate, qui fut une des gloires de la Grèce par sa haute conception de la finalité humaine et par le culte qu’il rendait à la conscience morale et à l’activité rationnelle de l’homme, fut accusé par l’aristocratie athénienne de ne point adorer les dieux de la cité, d'introduire des dieux nouveaux et de corrompre la jeunesse, avec la circonstance aggravante quil se trouva des juges à Athènes qui le condamnèrent à mort. ; ;

De ce qui précède il résulte d'une manière claire et évidente que le polythéisme anthropomorphe des Grecs n’est qu’une des nombreuses manifestations de l’évolution des croyances humaines qui ayaiemt pour base

l'élévation de la personnalité humaïne ët la divinisation

de la nature. Bien que cette conception religieuse fût associée dans la forme à de nombreuses superstitions,

celles-ci s’atténuèrent graduellement dans les cercles,

intellectuels au fur et à mesure que se développaient l'amour de l’art et l'idéal de la beauté dans l'expression, harmonieuse de la vie, en même temps que la culture des facultés intellectuelles. Ce qui surtout. distingue la culture du peuple grec, c’est d'abord son harmonieux assemblage des dons supérieurs de la pensée, ensuite ses facultés prodigieuses dans l'expression variée des

sentiments humains. On peut dire que l’histoire de son

évolution représente en miniature celle de l'humanité entière.

Bien que les différentes tribus dorienne, ionnienne et éolienne qui occupaient le sol grec, poussées par l’ins-

tinct de leur propre conservation, aient réussi à fonder

une confédération nationale entre les petits Etats dont chacun formait un Etat indépendant à part, appelé cité, l’antagonisme qui existait entre le tempérament, le caractère, les tendances et les aspirations politiques et sociales de Sparte. et d'Athènes, se prononça chaque jour davantage au fur et à mesure que s’aflirmait l’hégémonie de la Grèce à la suite de la victoire des

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Athétiens sur les Perses dans la première guerre médique.

Dans le but de mettre en relief le contraste profond entre l’organisation politique et sociale des deux cités, représentant deux types distincts par la conception différente que chacune d’elles avait de l'Etat et de l’in-. dividu et de leurs rapports réciproques, nous allons décrire la physionomie physique et morale de ces deux cités : Sparte et Athènes.

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