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LE RÉGIME DE L'ÉDUCATION POPULAIRE À SPARTE

Selon Seignobos, après l'immigration dorienne et son invasion du Péloponèse, sa principale branche se fixa à Sparte, en Laconie, étroite vallée parcourue par un gros torrent (l’Eurotas) entre deux énormes massifs aux cimes neigeuses. Dans ce pays fermé, les Doriens de Sparte vivaient au milieu des anciens habitants devenus les uns, leurs sujets et les autres, leurs serfs.

Il y avait donc en Laconie trois classes : Ailotes,

Périèques, Spartiates. Les premiers habitaient des cabanes éparses dans la campagne et cultivaiént la terre ; mais la terre ne leur appartenait pas etce qui est pire, ils n'étaient pas même libres de la quitter. Ils étaient comme les serfs du moyen âge, des fermiers attachés à la terre de père en fils. Ils travaillaient pour un propriétaire spartiate qui leur prenait la meilleure

partie de leur récolte. Les Spartiates les méprisaient, les craignaïent et les maltraïtaient.

Quant aux Périèques, ils habitaient une centaine de

: villages dans les montagnes ou sur la côte. Ils naviguaient, 1ls commerçaient et ils fabriquaient les objets nécessaires à la vie. Ils étaient libreset ils administraient A. les affaires de leurs villages, mais ils payaient un tribut aux magistrats de Sparte etleurobéissaient. Il en résulta

queles Hilotes etles Périèques détestaient les Spartiates, leurs maîtres. Un jour, un tremblement de terre faillit | détruire Sparte. Les Hilotes accoururent de tous côtés : 2 pour massacrer ceux des Spartiates qui avaient échappé ee à la catastrophe. En même temps, les Périèques se sou-

. Jevèrent et refusèrent d’obéir. Or, étant donné que les

opprimés étaient dix fois plus nombreux que leurs maîtres, car il n’y avait jamais plus de neuf mille chefs a. de famille spartiates contre deux cent mille Hilotes et cent vingt mille Périèques, il fallait qu’un Spartiate valüt dix Hilotes. Dans.ce but, Sparte se voyait forcée de former un peuple agile et robuste, toujours prêt pour la guerre, et voici les moyens que le gouvernement avait adoptés’ pour réaliser ce but. L'Etat s’appro- | pria le droit d'éducation des enfants. ; : On s'y prenait dès la naïisssance pour fabriquer des

soldats. L'enfant nouveau-né est apporté devant un conseil: si on le trouve faible ou difforme, on l’expose sur 2 la montagne, car il ne faut dans une armée que des | hommes valides. Les enfants qu’on laisse vivre sont, ÆS

dès l’âge de sept ans, repris à leurs parents et élevés en commun comme des énfants de troupe. Ils vont pieds

nus et n’ont qu’un seul manteau, le même hiver et été. Ils couchent sur un tas de roseaux, et se baignent dans

les eaux froides de l'Eurotas. Ils mangent peu, mangent vite et ont une nourriture grossière. C’est pour leur apprendre à ne pas charger l’estomac. Ils sont divisés en troupes de cent, chacune sous un chef. Souvent, on

les faitse battre ensemble à coups de pieds et de poings.

À la fête d'Artémis, ôn les fouette jusqu'au sang devant

la statue de la déesse; quelques-uns en meurent, mais ‘ils mettent leur honneur à ne pas crier. On veut leur. apprendre à se battre et à souffrir. Souvent on ne leur ‘donne rien à manger, il faut qu'ils volent leur nourriture; s’ils se laissent prendre, on les fouette rudement.

Un enfant spartiate qui avait volé un petit renard et l'avait caché sous son manteau se laissa, dit-on, ouvrir le ventre plutôt que de se trahir. On voulait les habituer à se tirer d'affaire en campagne, Ils marchaïent les yeux baissés, silencieux, les mains sous le manteau,

‘sans tourner la tête et ne faisaient pas plus de bruit

que les statues. Ils devaient ne pas parler à table et obéir à tous les hommes plus âgés : c'était pour les plier à la discipline et les habituer à la vie militaire. A

dix-sept ans, le Spartiate devient soldat et 1l reste sol-

dat jusqu’à soixante. Le costume, l’heure du lever et du coucher, les repas et les exercices, tout est fixé par le

rèclement comme à la caserne. Quand le Spartiate ne

fait pas la guerre, 1l ie s’y préparer, il s'exerce à courir, à sauter, à manier les armes; il s'exerce en toutes les parties du corps, le cou, les bras, les épaules les jambes, et cela tous les jours.

De même, les Spartiates ont voulu faire des femmes robustes, capables d'avoir des enfants vigoureux. Ils élevaient les filles à peu près comme les garçons. Dans leurs gymnases, elles s’exerçaient à sauter, à courir, à lancer des disques et des javelots. Elles étaient réputées pour les plus saines et les DAS braves de la Grèce. D'un autre côté, le Spartiate n’a le droit de commercer ni d'exercer une-industrie, ni de cultiver la terre tout cela était la besogne des Hilotes et Périèques. I ne s’occupait ni des beaux-arts, ni de littérature, ni de philosophie. IL est clair que cette uniformité de vie matérielle et le manque de ressources intellectuelles privaient les Spartiates de la vivacité d'esprit et de J'ingéniosité ainsi que de l'initiative pour pouvoir se tirér d'affaire dans les situations embarrassantes. La vie de famille était également très limitée pour les Spartiates. Ils mangeaient souvent en commun parescouades. Le mets favori, avec lequel commençait le repas, était la soupe noire. Ils ne pouvaient sortir de leur pays qu'avec une permission. En un mot, toute la vie sociale, à Sparte, portait l'empreinte d’une vie militaire. Cependant, l'Etat spartiate malgré les rigueurs de la discipline, n’eût pas pu continuer à vivre dans des conditions d'existence normale sans l’aide de ses ennemis

ex

naturels les Hilotes et les Périèques, dont les uns culivaient la terre et les autres se livraient au commerce et à l’industrie, d'autant plus que la monarchie double était devenue impuissante à maintenir l’ordre.

A la suite de l’anarchie sociale, conséquence de l’extrême richesse d’une classe et de l’extrême pauvreté de |

l’autre, c’est Lycurgue qui fut appelé pour rétablir

l’ordre social. Celui-ci consulta d’abord l'oracle de Delphes consacré à Apollon, dieu national des Doriens, et l’oracle lui répondit que les Spartiates seraient grands s’ils observaient les lois qu'il leur avait données. Mais Lycurgue, loin d'introduire des réformes, perpétua le pouvoir de l’oligarchie. Il conserva les deux rois et le Sénat composé de 28 citoyens âgés de plus de soixante ans. Dans la Laconie comme dans la Messénie et autres lieux du Péloponèse, les pouvoirs de cette assemblée étaient contrebalancés par cinq Æphores, magistrats annuels armés d’une autorité redoutable pour préserver contre toute atteinte la liberté aristocratique. Ils pouvaient casser les sénateurs et les punir, arrêter les rois et les suspendre jusqu’à ce que l’oracle les eût rétablis ; ils recevaient les ambassadeurs et levaient les soldats, convoquaient l’assemblée du peuple et rappelaient le roi durant la guerre même au milieu de ses triomphes ; en un mot, ils étaient tout-puissants, comme les prêtres en Egypte. Le peuple, bien qu'il fût consulté dans les assemblées publiques, ñe refusait jamais son approbation, étant habitué à obéir.

Grâce à ce régime, les Spartiates conservaient leurs mœurs rudes de montagnards ; ils n’eurent ni sculpteurs, ni architectes, n1 orateurs, ni poètes, ni philosophes. Ils avaient tout sacrifié à l’idée de la guerre. Ils devinrent des artistes dans l’art militaire et les instituteurs des autres cantons grecs. Ils apportèrent deux innovations dans l’art de la guerre : une meilleure méthode de combat et une meilleure méthode d’exercices, ayant été les inventeurs de la phalange qui consistait à se mettre en ligne d'ordinaire, sur huit rangs de profondeur, chacun serré contre son voisin. Arrivés devant l’ennemi, ils entonnent un chant que tous les soldats répètent en chœur. Alors, ils s’ébranlent d'un pas rapide en cadence, au son de la flûte, la lance

devant l'ennemi. Ce système fut ensuite modifié et

- - renforcé par les rois de Macédoine.

LE RÉGIME DE L'ÉDUCATION POPULAIRE À ATHÈNES P.> à È Les Athéniens se disaient originaires de la région dela Grèce qu'ils habitaient : l’Attique. Leurs ancêtres, les Toniens, qui habitaient autrefois la région monta-

gneuse furent obligés de se retirer vers la côte à la

suite de l'invasion dorienne. L’Attique se compose d’un massif de rochers qui s’avancent en triangle, formant un promontoire sur la mer Egée, ayant à son flanc

haute et le bouclier au corps, en rangs serrés jusque.

droit l'ile d'Eubée et à son flanc Patch les îles de Salamine et d'Egine. Elle est divisée en trois bassins semi-circulaires : les plaines d’Eleusis, d'Athènes et de Marathon qui sont entourées de tous côtés par les montagnes et la mer, mais qui communiquent entre elles par des langues de terre étroites. Sa végétation pauvre y contraste avec celle de sa voisine, la Béotie. En échange, les carrières de beau marbre blanc du. Penthélique, les mines d'argent de Laurium et les pêcheries abondantes de la côte constituent, avec la beauté dela nature, toute la richesse du pays. 1; Attique n’était pas assez fertile pour que ses habitants pussent vivre de l’agriculture ni suflisamment stérile pour les obliger à employer toute leur activité dans la recherche des moyeïs de subsistance. D'un autre côté, la confi-

guration du pays coupé de grandes chaînes de montagnes et de vallées étroites, la diversité de la nature du sol et la variété des climats entre les régions montagneuses couvertes de neige et. le littoral de l’'Egée, obligeaient les Athéniens, doués d’un esprit expansif et turbulent, à recourir au commerce, à fonder des colonies, et à entrer en rapports avec les pays voisins de l'Asie Mineure. C’est précisément à cause de la nature variée du sol et de la situation géographique del'Attique, à peu près à 40 degrés de latitude que les Athéniens étaient sobres de corps et d'esprit, que leur intelligence était vive, leurs idées originales et très.

ingénieuses ef leur conception claire et précise ; rien

d'exagéré ni de démesuré dans leurs aspirations ; ils étaient ennemis de l’uniformité, du monstrueux et du grotesque, ils cherchaient partout l'harmonie, aussi bien dans la vie que dans la nature, Aucun peuple de l’antiquité n’a su jouir mieux de la vie ; leur littérature, leur art, leur poésie, respiraient l’amour de la beauté de la nature et l’unité de la vie matérielle et intellectuelle, De plus, Athènes, ayant été l'asile de diverses races helléniques, telles que Pélasges, Achéens, Thraces, Eoliens et quelques peuplades orientales, se vit obligée de former l’union d’éléments quelque peu hétérogènes. En effet, de ce mélange de races, surgit un peuple vigoureux, doué de grandes facultés intellectuelles, en même temps que d’un esprit de lutte pour réaliser l'idéal de la peser de la raison et du sentiment humain.

D'un autre côté, la proximité des côtes de l’Asie Mineure dont la population, avec laquelle les habitants de l’Attique entretenaient des rapports fréquents et intimes, conservait encore des restes de l’ancienne culture asiatique contribua puissamment à la naissance d’une nouvelle culture sur les confins méridionaux de l’Europe et sur le littoral de la Méditerranée qui doit être considérée comme le berceau de la civilisation actuelle de l'Europe. : :

= Les habitants de l’Attique, après avoir constitué leur unité régionale, à côté de la Laconie, adoptèrent de même que celle-ci, la royauté comme forme de gouver-

on

116 LES GRECS CRÉATEURS ere - Ft nement. Mais après la mort du roi Codrus, ils suppri- mèrent la monarchie, l'ayant remplacée par une oligarchie qui consistait en neuf chefs appelés Archontes qui. changeaient tous les ans, ce qui ne tarda pas à provoquer des abus de la part de l'aristocratie et à donner lieu à un état anarchique,-au point que les propriétaires nobles (Eupatrides) opprimaient les journaliers de leurs

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