Politique, livre 1°", chap. IL, p
2, Cubain, Lois civiles, etc., p. 125.
comme l’homme le plus vertueux de l’ancienne Rome, se fit gloire de vendre ses vieux serviteurs. Auguste fit crucifier un esclave qui avait tué sa caille favorite. Senèque, dans son livre ‘de Ira parle de maitres
estropiant leurs esclaves, leur crevant les yeux. Sous Auguste, on avait décidé que tous les esclaves vivant
sous le toit d’un maître assassiné par l’un deux, seraient
mis à mort. Tacite, dans ses Annales, raconte l’'émo-. tion populaire que produisit sous Néron l'application de cette loi sauvage à quatre cents esclaves dont le maïtre,
alors préfet de Rome, avaitété tué par l’un deux. Il y alieu de constater qu’outre le grand nombre
d'esclaves provenant des prisonniers de guerre et des
actes de piraterie il y avait encore l’esclave de fait ou celui qui était vendu par son père comme tel, puis l’esclave pénal, c’est-à-dire l’homme libre qui, après
l’âge de vingt-cinq ans, s'était laissé vendre en fraude {Institutes, 1, liv. Ill), avec la différence que les hommes libres vendus comme esclaves n'étaient pas
soumis à des traitements outrageants.
Toutefois, il faut reconnaître que les mœurs se réfor-
maient plus vite à Rome que la législation, et c'était la conscience publique, choquée de cette ïiniquité, qui
s’efforçait de mettre graduellement fin à ces attentats
contre la personnalité humaine.
C’est ainsi que Constantin défendait la rue de
la famille de l’esclave et Antonin ordonnait que les
maîtres coupables de graves sévices sur leurs esclaves,
fussent obligés de les vendre. Grâce à l'adoucissement graduel des mœurs, l’affranchissement devint très commun au point que les pouvoirs publics finirent par le limiter, jusqu’au 30 */, (1). En voicila raison : à Rome, les travaux industriels et agricoles étaient la besogne des esclaves qui n'étaient pas rémunérés. Par consé- quent avec. l’affranchissement des esclaves, le travail ne se faisait qu’à force d'argent, ce qui avait contribué à enchérir la vie publique. |
Un autre phénomène social qui confirme l'étrange conception de la moralité sexuelle gréco-romaine et du peu de respect de la vie de famille, c’est la grande faveur dont jouissait la prostitution dans la société antique. En Grèce, la prostitution dans les temples se pratiquait à Chypre, à Corinthe, à Milet, à Tenedos, à Lesbos, à Abidos (2). A Sparte, les jeunes filles dansaient et chantaient nues en présencé des jeunes garçons (3). D'une façon générale, en Grèce, les courtisanes n'étaient nullement méprisées. La débauche romaine, surtout sous l’Empire, est restée célèbre: elle grandit avec l’opulence et loisiveté. Ce n’est que sous Tibère que fut décrétée une loi ayant pour but de réfréner la lascivité.
Il n’y a pas de doute que dans toutes les phases de l'époque gréco-romaine, il se trouvait des hommes supé-
7. Cubain, Lois civiles, p. 148. | 2. Lecky, History of Eurcpean morals, etc., t. IE, p. 291. 3. Plutarque, Lycurgue, XXV-XXVI.
rieurs qui avaient une conception élevée de la mora-
lité. C’est ainsi qu'à Athènes le travail fut imposé et la propriété individuelle fut limitée par la loi. Solon avait. noté d’infamie quiconque avait été trois fois convaincu d'oisiveté. Solon défendit de prêter à usure. Epami-
nondas rachetait des captifs et dotait des filles pauvres.
Cimon distribuait des aliments et des vétements aux
. nécessiteux. À Rome même, il y avait une époque où
l'on distribuait des vivres, du blé, et des médicaments. aux pauvres. Déjà Hésiode avait rédigé tout un code de la morale grecque primitive et les tragédies d’Euripide sont pleines de sentences morales.
Les philosophes ne le cédaient en rien aux poètes.
Socrate se proclame citoyen da monde. Platon affirme
que dans un Etat bien réglé la société tout entière doit ressentir les plaisirs ou les peines de chacun de
ses membres. La politique, dit-il, est la science qui fait
régner la justice. Pour Aristote, la société est une alliance offensive et défensive destinée à mettre chaque
individu à l'abri de l'injustice.
Tous ces faits prouvent bien que dans tous les temps, chez tous les peuples, il y eut des hommes supérieurs, soit des poètes ou des philosophes, qui avaient le sentiment de la solidarité humaine et la conscience de la valeur morale d'une race; mais ce ne sont évidemment que des individus exceptionnels, supérienre au. milieu dans lequel ils vivaient.
En somme, on peut dire que parmi les peuples de
l'antiquité la morale n’avait jamais acquis d’étendue ni de profondeur dans les masses populaires. Seuls les grands penseurs et les grands poètes que ces peuples
ont engendrés, par la hauteur de leur conception intel-
lectuelle et par la profondeur de leurs sentiments hu-
mains, ont survécu à leur époque et frayé de nouvelles voies pour la civilisation de l’avenir. La Grèce a légué
les fruits de la conquête de la raison et du sentiment humain aux générations successives. La culture grecque constitue incontestablement la source de la civilisation européenne actuelle.
LES TROIS PEUPLES DE L'ANTIQUITÉ ONT ÉVOLUÉ DIFFÉREMMENT ET ONT DISPARU ee MAIS LEURS ŒUVRES ONT SURVÉCU
Si nous mettons en parallèle l’évolution des trois peuples dont nous venons de tracer l’histoire, les Grecs les Romains et les Juifs, nous sommes amenés à constater les faits sociologiques suivants :
1° Que chacun a joué un rôle prépondérant et a laissé une trace profonde dans l’histoire de l’humanité : Les Grecs, illuminant le mondeparla lumière de leur haute
intelligence, par la culture des arts poétiques et plas-
tiques et par la profondeur de leurs vues en philosophie ;
les Juifs, inaugurant parmi les nations le monothéisme et leur transmettant un livre sacré, la Bible, source de révélations, établissant un lien intime entre Dieu et l’homme, qui a survécu une trentaine de siècles et qui est encore répandu dans le monde entier servant de lecture et d'étude à des millions d'hommes, et considéré comme le fondement des principes moraux et religieux qui gouvernent les peuples civilisés.
= Si maintenant nous jetons un regard sur ie rôle qu'ont joué les Romains dans l’histoire du monde, nous ne pouvons qu’admirer leur force expansive et leur faculté de conquérir des continents entiers et d’assujettir les habitants par la force brutale. Mais nous n’y découvrons nulle action ni pensée qui agrandisse la personnalité humaine. Cependant, les Romains, après avoir pris comme base de leur activité le droit de conquête et considéré la force comme mère du droit, ont fini par fonder Le droit civil et le droit des gens qu’ils ont légués ensuite aux générations suivantes.
De plus, pour étendre et consolider leurs conquêtes, les Romains se sont vus obligés de construire des routes militaires et des ponts nombreux pour faciliter leurs communications avec la métropole, ainsi que des aqueducs pour alimenter leurs légions de bonne eau potable : ils ont dû également prendre des mesures d'hygiène pour cantonner leurs troupes et les préserver des maladies contagieuses. Finalement, les Romains ont eu le mérite de se rendre compte après leur conquête de la