DIN ET
à une guerre terrible qui finit par la prise de Jérusalem et la destruction du Temple. En même temps, les juifs de la province de Judée, en proie aux souffrances | morales les plus atroces, cherchaient à se consoler par la lecture des livres des anciens. prophètes qui annonçaient la destruction des grands empires et laréhabilitation du royaume de Judée sous les rejetons de la mai- = son de David. R
À cette époque, selon E. Renan, il se trouvait. parmi - R les Esséniens un certain nombre d'individus exaltés et | mystiques qui exerçaient la divination, faisant en même temps le métier de guérisseurs et qui, errantde
bourgade en bourgade, jouaient le rôle de prophètes et
excitaient l'imagination des groupes DOpiLes Igno= © rants et superstitieux. | & . ESA
Si- maintenant nous jetons un regard sur le milieu des dominateurs, nous trouvons que le peuple romain, bien qu'il fût plus avancé en culture que ceux qu'il avait soumis à sa domination, n’était pas moins enclin à la superstition. C’est surtout après que les légions eurent vaincu la Grèce et d’autres peuples asiatiques et africains, que les Romains adoptèrent souvent les dieux de leurs voisins et qu'ils les confondirent avec les leurs, È au point qu'ils avaient élevé à Rome un temple de
si Te
SAANEPE
«tous les dieux », le Panthéon, où chaque dieu avait.
son sanctuaire. La crédulité était arrivée chez eux à un degré tel qu'ils finirent par croire à la divinité des empereurs morts et par admettre le fait que Vespasien, à son passage en Egypte, avait guéri un aveugle ctun paralytique. L'histoire raconte que, pendant la guerre
contre les Daces, l'armée romaine mourait de soif.
lorsque tout à coup la pluie se mit à tomber, ce qui fut considéré comme un miracle qu'on attribua à Jupiter prenant en pitié les soldats romains. On voit encore
aujourd’hui sur la colonne de Marc-Aurèle des bas-
reliefs représentant Jupiter, la foudre en main, envoyant
. la pluie que les soldats reçoivent dans leurs-boucliers,
Un autre fait de ce genre est rapporté par l'historien Seignobos, en ces termes : «Quand les apôtres, Paul . et Barnabé, arrivèrent dans la ville de Lystre, en Asie
Mineure, les habitants prirent l’un pour Jupiter et.
l’autre pour Mercure ; ils marchèrent à leur rencontre
en procession et le rte. à leur tête, amenait un tau- reau pour le sacrifier en leur honneur (1).»
Ce n'étaient pas seulement les classes inférieures ignorantes qui étaient victimes de la superstition, les gens cultivés n'étaient pas moins crédules. Les philosophes stoiciens admettaient les présages. L’empereur Auguste regardait comme un mauvais signe de se tromper de soulier. Suétone, l'historien des XII Césars,
1. Histoire de la civilisation, par Ch. Seignobos, t. I, p. 306, 307.
A écrivait à Pline le Jeune pour le prier de faire remettre | son procès à un autre jour, parce qu il avait eu un mauvais rêve. Pline même croyait aux revenants. La superstition gagnait de plus en plus de terrain dans : toutes les classes sociales romaines à mesure que le mélange de religions différentes s’étendait dans l’empire
F romain, durant le ne siècle. Aussi les chrétiens appelèrent-ils ce mélange de religions, la religion des Gen- ER dus. se S:
#- Le fait de l'extension de la crédulité et de la super-
ne Abe stition à toutes les classes sociales, et celui de la sou— mission volontaire d'un peuple au despotisme féroce
7 des empereurs romains pouvant condamner, confisquer
et mettre à mort sans contrôle, sont des signes indubitables de la déchéance physique et morale du peuple
7. romain ; car s’il y eut quelques empereurs honnètes et sages, la plupart portaient la marque de la dégénérescence. Les uns se rendirent célèbres par leur cruauté, comme Zibère, Néron et Domitien, les autres, par leur aberration mentale. C’est ainsi que Vitellius brillait par la gloutonnerie, Claude par l’imbécillité et Cali-
gula par des actes de folie.
De plus, la société romaine avait l'esclavage pour
M base de sa prospérité, car tout travail se faisait par la ÈS main des esclaves ; l’agriculture, les travaux domes- : __ tiques et les ouvrages techniques, de même que les trapus ET yaux publics étaient de leur ressort. L'homme libre se Ée 0 consacrait soit à la politique soit à l’art de la guerre.Or,
, et "..
\ 4 CA È LE 7 ut SALES ART
pour maintenir l'esclavage, il était nécessaire de recourir aux marchés d'esclaves afin de pouvoir remplir les vides qu'avaient laissés les morts. Au temps de la République, les légions victorieuses fournirent des esclaves en abondance grâce aux prisonniers de guerre, mais après qu'Auguste eût inauguré l’Empire en fermant le temple de Janus et en assurant à l'Italie une ère de paix et de prospérité, la source de l'esclavage ne tarda pas à se tarir et par la suite les terres restèrent incultes. C’est alors que les Empereurs se virent forcés d'appeler les étrangers, {es barbares, pour cultiver la terre, de même que pour remplir les vides qui se produisaient dans les rangs’ de leurs légions. Ce fut le premier acte de l'invasion des Barbares. - |
La décadence physique de Rome fut bientôt suivie de la décadence morale des hommes chargés des destinées de la nation et de la transformation des citoyens libres en esclaves ; car le Sénat, autrefois tout-puissant, courbait l’échine sous le joug des Empereurs et les citoyens romains, autrefois libres, rivalisaient de bassesse avec le Sénat (1).
Juvénal, dans ses satires, peint l’état social de son