‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 76 sur 342 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

En pénétrant dans les couches sociales inférieures, l’idée chrétienne ayant animé la nouvelle secte d'une foi ardente et enthousiaste en l'avènement prochain d'un nouvel ordre social, l'idéal religieux se doublait désormais d’un idéal social: l'amour du prochain et la

| solidarité er entre ous dela IDEURE et les Ne

de la routine et es intérêts matériels créés par un = ordre social très ancien.

Toutefois il ne faut pas oublier que l’école stoïcienne - avait exercé quelque temps avant l'avènement du Chris- : ue et même le doc siècle tE notre

as Aniéles qu'elle néant un contre-poids à re de domination des classes dirigeantes, à à Rome où l'idée de la force brutale Done “aie du droit et où le

En effet, de cette école sont sortis une série d'hommes célèbres, tels que Lucréce, Virgile, Horace, Senèque, | le grand Pline et le fameux Celse, qui combattaient

avec ardeur les superstitions inhérentes à l'ignorance et au polythéisme, Cependant, les stoïciens s’occupalent plutôt de la morale individuelle que de celle de la collectivité ; ils dédaignaient les liens de la patrie et re-

gardaient avec indifférence les institutions politiques et

sociales : ils ne cherchaient que le perfectionnement de l'individu et son élévation morale comme moyen de renouveler la société. Il n’en est pas moins vrai que le stoicisme, de même que le christianisme, représentaient une réaction intense contre le principe fondamental de l'Etat romain, dans lequel l'intérêt de l'individu restait toujours subordonné à celui de l'Etat, au point que celui-ci, dans sa toute puissance, avait absorbé tous les droits et les intérêts de l'individu.

En effet la ressemblance entre les principes moraux de l’école stoïcienne et ceux de l'Evangile est tellement frappante que les savants juifs et plus tard les pères de

l'Eglise prétendirent que les philosophes grecs s ‘étaient

inspirés de la lecture des livres sacrés des juifs et de

ceux de l'Evangile. D'après eux, la traduction de la

Bible en langue grecque dite: « Version des Septante » avait mis en rapports les philosophes grecs avec la doctrine juive, et Platon, qui avait beaucoup voyagé en Orient, se serait mis en jcontact avec les juifs en Palestine et à Alexandrie

: ne ET LE PAGANISME . 303

On prétendait même avoir découvert une correspondance entre Senèque et saint Paul qui étaient contem-

porains. Toutes ces opinions ne résistent pas à un

jugement critique basé sur des données historiques. D’ abord, plus de cinquante ans après Senèque, des écrivains romains, tels que Suétone et Tacite, lorsqu'ils s’occupaient des chrétiens ou des juifs habitant Rome, en parlaient avec dédain, considérant leurs croyances

comme entachées de superstition, ce qui prouve bien

que les intellectuels romains n’avaient pas de notions des doctrines religieuses et morales de la Bible et de

l'Evangile ; ensuite l’Empereur Adrien, de même que

Marc-Aurèle, homme vertueux, attribuaient le stoïcisme des martyrs chrétiens à un entêtement déraisonné. Ce qui est certain c’est qu’on ne trouve nulle part dans les écrits de Sénèque un mot relatif à l’enseignement des apôtres ni au royaume de Dieu, à la fin du monde, au repentir, etc. La morale de Senèque et ceile de Mare- Aurèle semblent plutôt avoir eu pour source les principes philosophiques de Platon enseignés d’abord dans

les écoles d'Athènes et d'Alexandrie et propagés

ensuite par les écrivains romains et les adeptes du stoicisme, non seulement à Rome mais encore dans toute l'Italie, de manière que la doctrine de l'unité de Dieu et de la fraternité parmi les hommes avaient été déjà connues dans les sphères intellectuelles de Rome avant leur vulgarisation par les apôtres,

Toutefois ce n’est que par la propagande. constaute

des chefs des communautés chrétiennes pendant deux

de - siècles que les principes religieux et moraux du chr is tianisme se sont infiltrés dans les couches sociales inférieures, car la philosophie des stoïciens, n'étant pas à la portée de toutes les intelligences, n° était pas qualifiée pour faire pénétrer à elle seule parmi le peints les principes qu’elle contenait.

Dans tous les cas, il faut reconnaître que l’école stoïcienne, de même que l’école platonicienne, malgré É certaines fausses conceptions sociales, prèchaient la FE morale et anathématisaient les vices, ce qui a sui pour ébranler la force du polythéisme, puis pour l'anéantir dans les milieux éclairés de la société, tandis que a l'influence de la routine et de latavisme à toujours : empèché les masses populaires de ne avec un - passé vieux de plusieurs siècles. e +

C’est pourquoi Jésus-Christ choisit parmi d humbles pêcheurs les apôtres dont la mission était de convertir > les opprimés et les deshérités de la fortune. Ce ne fut. é qu’au re siècle, après que les classes inférieures eurent ‘été converties par la propagande des apôtres et les

évangiles, que les docteurs de l'Eglise utilisèrent la. philosophie grecque, transformée, après de longues luttes au sein de l’école d’ Alexandrie sous l’ influence du =

mysticisme oriental, en un système éclectique comme | un moyen de faire pénétrer la morale évangélique et les dogmes chrétiens dans la mentalité des an ET hellénisés, habitués à diviniser les forces de la nature à et les actions héroïques de l'homme. 7" *

NE

ET LE PAGANISME 305 C’est précisément la mentalité mystique de l'Orient qui a fait de lui le berceau du Christianisme. En eflet,

presque tous les pères de l'Eglise, tels que saint Justin, saint Jerôme, saint Antoine, saint Athanase, étaient

nés sur le sol brûlant de l’Afrique, terrain de culture

__ très favorable à l’exubérance du sentiment, à l’exalta- tion de l’imaginationet à l’éclosion des idées mystiques. Il est tout naturel que ces hommes d'élite, après s'être

mis au courant à l’école d'Alexandrie de la littérature et de la philosophie grecques, aient profité de ce centre intellectuel pour cultiver leur esprit et satisfaire leur

amour de la science. Mais, après avoir exploré ce nou-

veau champ de culture, ils finirent par comprendre que les doctrines philosophiques les plus spiritualistes ne

peuvent exercer une influence profonde sur la conscience des masses populaires plongées dans la misère

et l'ignorance. D'autre part, guidés par leurs sentiments d'amour de Dieu et du prochain, souvent un peu exaltés, ils ne crurent pas devoir utiliser leur connaissance de la philosophie grecque dans l’œuvre de conversion des classes ignorantes, pour lesquelles: Ia science n’a aucune valeur, se contentant de leur ensei-

LR 27 ie CQ , K e , gner l’évangile, qui contient, outre les principes de

la morale chrétienne, les récits traditionnels concernant la vie, les miracles et les œuvres de Jésus-Christ,

qui racheta par sa mort le péché originel du genre humain.

Toutefois, il faut reconnaître que les Pères de l'Eglise

n’ont fait en cela que compléter le système d'éclectisme

‘troduit au rsiècle à l’école d'Alexandrie par le

célèbre philosophe juif, Philon, qui, poussé par l'amour

de la paix sociale, s’efforça de concilier la révéla-

tion de la Bible avec la philosophie grecque, et posa e e L |?

inconsciemment la pierre angulaire du dogme de Ja Trinité en introduisant son « Logos » dans la cosmo-

gonie mosaique, lequel devint le « Verbe », intermé-

diaire entre Dieu et l’homme. Il donna en même temps une base philosophique à la nouvelle croyance judéo-chrétienne par l'exposé de son système de philo-

sophie mystique qui contenait en germe les dogmes et

les principes de la christologie : La Trinité, la Rédemption, l'Incarnation, la Grâce et la Foi.

Au fur et à mesure qu'on approfondit le système éclectique de la philosophie mystique de Philon on se

convaine que c’est lui qui a donné au judaïsme la marque de l’esprit hellénique, facilitant ainsi la conver-

sion d’un grand nombre de juifs hellénisants et d’hellè-

nes judaïsants au christianisme.

« Le développement des dogmes christologiques, « dit À. Loisy (1), fut causé par l’état d'esprit et de « culture des premiers convertis venus de la gentilité « ou ayant subi son influence. Dans la mesure où ils

« ont été gagnes à la croyance Juive, ils étaient prépa-

« rés à comprendre et à goûter le christianisme primi- 1. L'Evangile, par À. Loisy, pages 182 et 184.

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