SS LE
th
ou Corindon, et un peu d’eau servant de moyen pour faciliter le frottement doux et uniforme, au point qu’un ouvrier seul était capable de préparer en un jour mille bons éclats de silex, fraichement retiré de la terre. Les
haches de cette époque sont de deux sortes, les unes
sont plates et coupées carrément, leurs dimensions
sont assez considérables mesurant jusqu’à 40 centimètres de longueur; les autres sont à douille, se combinant de diverses façons avec le marteau. Il y a des haches à deux tranchants et des marteaux-haches.
Toutes sont percées d’un trou bien rond pour l’'emman-
chure. Le coupant est dessiné en arc de cercle et l’autre bout taillé en arêtes saillantes. Les pointes de lance
sont un chef-d'œuvre de goût, de patience et d'adresse,
elles affectent la forme d’une feuille de laurier. D’autres sont plus épaisses et se terminent à la base par un
manche presque cylindrique. Les poignards ne sont
pas moins admirables que les pointes de lance, dont ils ne diffèrent que par une poignée plate, large et un peu évasée à l’extrémité. Quant aux pointes de flèches, elles
ont la forme d’un prisme triangulaire se terminant par.
D’autres sont finement dentelées sur les bords. La
période néolithique ne comprend qu’une seule époque, celle de Robinhausen, ainsi nommée d’après une localité située dans le canton de Zurich.
un pédoncule, destiné à être implanté dans la tige.
de”
à ÉVOLUTION DE L'HOMME PRÉHISTORIQUE
ie. III
La conséquence immédiate de ce cataclysme survenu au centre de l’Europe fut l'émigration du renne et de l’aurochs vers les régions polaires, qui entraina celle d’une grande partie des tribus de Cros-Magnon ; cellesci s'étant nourries de la chair du renne, et couvertes de sa peau et ayant tiré les armes et les instruments de leurs cornes tandis que les tribus moins douées et moins aventurières préféraient rester dans leurs foyers en s’adaptant au nouveau milieu. Elles profitaient même de l’adoucissement du climat et du renouvellement de la faune et de la flore pour améliorer les conditions de leur existence, se nourrissant de végétaux et de la chair des animaux domestiques. Grâce à ce changement des conditions du climat au centre de l’Europe,ilse produi-
- sit une nouvelle immigration des peuplades des îles de
la Méditerranée, qui n’ont pas tardé à s'installer dans. les grottes abandonnées par les anciens chasseurs de renne, ce qui a donné lieu à un accroissement de la population. Alors, la chasse ne satisfaisait plus aux besoins de la vie et il en résulta que les uns commen-. çaient à cultiver la terre, tandis que ceux qui habitaient dans les bassins des grands fleuves ou à proximité des
ÉVOLUTION DE L'HOMME PRÉHISTORIQUE 23 lacs s'adonnaïent avec ardeur à la pêche. A cet effet ils eurent recours à la ligne munie de hameçon et au filet. On a trouvé récemment les traces des filets dans les lacs de la Suisse, où des habitations lacustres avaient servi de demeure aux pêcheurs et dont quelquesunes ayant été la proie d’un incendie, s'étaient trouvées submergées et très bien conservées au fond des lacs.
Les tribus qui se sont consacrées à l’agriculture n’ont pas tardé à construire des instruments, dont les uns destinés-à défricher la terre et les autres à triturer le blé et le transformer en farine. Garrigou et Filhol ont recueilli dans les cavernes de l'Ariège plus de vingt meules de 20 à 30 centimètres de diamètre destinées à triturer le blé pour en faire de la farine avec laquelle on préparait des galettes grossières. Tel fut le premier moulin. À l’âge du bronze, on y introduit une modification, qui consistait dans la superposition de deux meules dont l'une était mue par dessus l’autre avec un manche de bois. Cette forme s’est maintenue jusqu’à l’âge historique.
Mortillet place aussi l’art de la navigation lacustre dans l’âge de la pierre polie. L’embarcation n’était à ses débuts qu’un gros tronc d'arbre coupé à ses deux bouts et creusé d'abord par le feu, puis ensuite par la lame tranchante de la pierre. On la perfectionnait plus tard, en taillant l'extérieur du tronc pour façonner les deux extrémités en pointes, en équarrissant et en évidant le bas de la pirogue pour lui donner plus de stabi-
lité. A cet eflet, on y ajoutait également un contrepoids
à l intérieur.
À mesure que l'homme avançait en culture intellectuelle en augmentant ses besoins matériels, il parvenait à se rendre compte de sa situation privilégiée dans la nature. Il devint plus sociable, s'attachant plus à
la re et pour marquer le respect dû à ceux qu’ 44e
Chérissait pendant la vie il ne les enterrait plus après
leur mort dans la caverne qu'il habitait ; il construisit
en leur honneur des monument funéraires avec de volumineuses pierres formant une tombe, que les paléontologistes ont dénommé Mégalithes et les monuments mêmes des Dolmens, terme qui siunifient monument funéraire, composé de pierres piates de grandes dimensions, placées les unes horizontalement et les autres inclinées en forme de piliers, laissant entre elles un
espace suffisant pour y introduire un cadavre et les
objets lui appartenant.
En Bretagne, où les dolmens abondent plus qu’ail-
leurs, les pierres sont rangées en forme de cercles et
sont appelées Cromlechs: On rencontre en Bretagne
également des blocs énormes de pierres brutes placés
verticalement sur les tombes et qu’on appelle Menhirs. Toutelois, les dolmens n’ont pas été construits en l’honneur d’un seul personnage ou d’une seule famille : ils ont plutôt l'air de sépultures communes dont quelques-
unes contiennent une vingtaine de cercueils renfermant 4 / chacun un squelette dans une attitude repliée, et dont d’autres contiennent des centaines de squelettes formant | quatre rangées superposées et repliés sur eux-mêmes. LA RES
D’un autre côté, il faut bien se garder de considérer les |
dolmens comme l'expression d’un sentiment religieux.
Loin de là, Lubock est même d'avis que le fait d’avoir rencontré souvent les squelettes d’une femme et de son enfant ensemble prouverait que lorsqu'une femme mourait pendant l'allaitement, l'enfant était enterré vivant
avec La mère, ce qui ne témoigne certainement pas . en faveur d’un sentiment religieux. Cependant, on en = est forcé de reconnaître que les dolmens constituent - un progrês moral en ce sens que l’homme témoignait du
| respect anx mânes d’un membre de sa famille défunt et
pensait à en conserver le souvenir. En d’autres termes,
__ lPhomme de l’âge néolitique avait déjà vaguement cons- ___ cience de la continuité de l'espèce humaine. | : . Nous devons ajouter que des dolmens contenant,outre == des squelettes humains, des armes et des instruments | fabriqués par l’homme, ont été trouvés vers la fin du
xrx° siècle dans tous les pays de l'Europe, aussi bien
dans ceux du midi, tels que l'Espagne et l'Italie que
dans ceux du Nord, tels que le Danemark et la Nordé vège, la Belgique, la France, l'Angleterre, l'Allemagne, la Russie et lAutriche-Hongrie, ce qui prouve bien |
qu’à l'époque de l’âge néolithique l'espèce humaine s’est | Fe trouvée déjà répandue dans tous les pays de l’Europe ne
\ et qu'en même temps elle avait déjà acquis, surtout dans certaines régions,les premiers éléments de culture.
Malgré les progrès sensibles réalisés par l’homme dans la première époque de l’âge néolithique, il n’est entré dans la vraie voie de la civilisation qu’au moment où ila découvert les métaux et les moyens de s’en servir pour la satisfaction de ses besoins. Le rôle que jouent les métaux dans la société moderne démonire que sans eux aucun progrès ne se serait réalisé ni dans l’industrie, ni dans les arts, ni même dans les -8clences.
Le premier métal que l’homme a découvert est le cuivre, étant donné que les gîtes cuprifères étaient les plus répandus en Europe. Néanmoins, l'extraction de: ce métal des pyrites étant l’une des opérations chimiques les plus délicates pour un homme encore inculte, On a eu recours au bronze qui est un alliage de neuf parties de cuivre et d’une d’étain.Ilest certain qu'on eut besoin de plusieurs siècles de tâtonnements et de nombreux essais pour arriver à obtenir le bronze par la fonte des minerais de cuivre et d’étain avec un peu de charbon. Il ne fallut pas moins de siècles de patience, de beaucoup de constance et un certain degré de connaissances professionnelles pour que l’homme fût amené
ÉVOLUTION DE L'HOMME PRÉHISTORIQUE par,
à fabriquer dans des moules par la fusion du bronze au feu, des haches, des poignards, des épées, et des instruments pour l’industrie et l’agriculture. Il est probable que les premiers objets de bronze et l’art de le travailler furent importés en Europe par des Égyptiens et des Phéniciens qui connaissaient depuis longtemps l'usage des métaux étant donné la civilisation avancée de l'Egypte. En effet, tandis que l'Europe entière se trouvait encore à l'état sauvage, les Phéniciens s’aflirmaient déjà comme les premiers navigateurs et commerçants en introduisant les produn égyptiens dans tous les ports de la Méditer-
ranée.
C'est ainsi qu’on a trouvé dans les différentes régions del’Espagne des cavernes et des dolmens contenant des objets de céramique, d’or, d'argent, de bronze, des eol-. liers et des idoles en argile et en métal appartenant à .des colonisateurs phéniciens. Les murailles cyclopéennes de Tarragone et les tours cylindro-coniques appelées Talayots, abondantes dansles îles Baléares, en donnent un témoignage digne de foi. En outre des régions situées sur le littoral de la Méditerranée on a trouvé également dans l’intérieur de l’ Espagne, dans la province de Valladolid, à Tiedra, une idole égyptienne en bronze, représentant la déesse Isis sœur d'Osiris.
Cependant il faut reconnaître que, malgré limportation en Europe par les Phéniciens des éléments de culture, il a fallu plusieurs siècles pour que la connaissance
des divers emplois du bronze se vulgarisât et donnât
une impulsion vigoureuse à l’industrie et au commerce
des objets élaborés avec ce métal, en tenant compte des difficultés de communications terrestreset maritimes de l’époque. En effet, d’après les investigations de Morlotet de Guilleron, l’âge du bronze n’a pas duré moins de deux mille neuf cents ans, ce qui n’a rien d’ étonnant, si l’on
considère que l’âge de la Pierre taillée (d après le calcul
des mêmes auteurs) s’est prolongé pendant quatre mille sept cents ans. Bien que ces calculs ne reposent pas sur des données positives, les auteurs ont pris pour base de leurs investigations des faits concrets, à savoir les
rapports intimes qui existent entre l’évolution intellec-
tuelle de l’homme, l'évolution géologique de notre pla-
nète et les conditions climatologiques des régions habi-
tées par lui. Il est donc tout naturel que pendant l’époque glaciaire, le développement de la culture humaine ait été d'autant plus lent que les communications entre les diverses tribus étaient très difliciles et les besoins de l’homme réduits. l'a fallu de plus une. série de siècles avant quela transformation des espèces animales et végétales et leur remplacement par de nouvelles espèces aient pu s'établir, correspondant à la transformation radicale des conditions climatologiques du centre de l'Europe et à l'adaptation de l’homme à ses nouvelles conditions d'existence, qui changeaient ses habitudes de chasseur en celles d’agriculteur et élargissaient sa sphère d'activité dans l’industrie, le com-