‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 95 sur 342 · SE : LE · texte numérisé non relu

SE : LE

le courage d’émanciper l'Eglise de la tutelle de l'Etat, d’abord comme auxiliaire du pape Nicolas II, etensuite comme pape plus tard (élu en 1073) sous le nom de Grégoire VII. Dans ce butle premier édicta un décret,

suivant lequel seuls les cardinaux-évêques auraient le

droit d’élire le pape, cette élection devait recevoir après,

la consécration du clergé et du peuple romain et être

enfin confirmée par l'Empereur. Par un autre décret, il établit que la préférence serait toujours donnée à un membre du clergé romain.

Grégoire VII introduisit également le célibat obliga-

toire des prêtres et finalement défendit aux évêques de recevoir l'investiture d’un prince quelconque. Henri IV,

qui refusa de reconnaitre les droits usurpés du pape, fut menacé d’excommunication, et Grégoire VII ne se con-

tenta plus de demander l’émancipation de l'Eglise de la tutelle du pouvoir temporel, il exigea aussi la subor- dination de l'Etat au pouvoir spirituel des papes en

imposant son intervention dans les affaires du gouvernement et en dirigeant la conduite privée des princes et des peuples dans l'intérêt du salut de leur âme.

. Après que l’empereur Henri IV eût prononcé publi-

quement la destitution de Grégoire dans le Synode de Worms composé de 25 évêques, le pape lança une

bulle d’excommunication contre l’empereur, le déclarant détrôné comme rebelle au Saint Siège et déliant du serment de fidélité tous ses sujets. Les ennemis de l’Em-

pereur tels que les Saxons et les Suèves, en profitèrent

352 LUTTE ENTRE LA PAPAUPÉ 057 0 10 pourle suspendre de ses fonctions. Là- dessus, HenriTV se rendit à Rome pour implorer le pardon da pape.

Celui-ci, inexorable, le laissa trois jours et trois nuits

devant la porte du château de Canossa, habillé en ne tent, les pieds nus, au milieu de la neige, avant delui donner l’absolution. =

Cependant le triomphe de Grégoire sur Henri Ve n’était pas définitif. Son successeur, Henri V, suivit la même politique que son père ; non seulement il se refu= sait à reconnaître les droits du pape sur le To

civil, mais il en réclamait aussi les fiefs comme chef

de l’Empire et les droits allodiaux comme proche parent dela comtesse Mathilde qui légua ses biens au Saint Siège. Grâce à la crainte des belligérants de voir leurs - forces s’affaiblir dans une lutte prolongée, les deux partis tombèrent d'accord pour faire un arrangement amiable, et ce fut la diète de Worms qui se chargea de dicter les conditions du Concordat, établissant les concessions réciproques des deux adversaires,et laissant ir le pouvoir temporel au souverain tandis que le poüvoir es spirituel était accordé au pape. ; | à Cet arrangement était loin de réaliser 1 rève de Grégoire VII. Toutefois, la lutte entre lé pape et l’em- 4 pereur pour la suprématie sur l'Europe chrétienne, à n'était que le premier acte d’un grand drame : l'indépendance de l'Italie qui, sous prétexte d'alliance entre letrôneetl’autel, était restée soumise pendant des siècles à la domination de l’Empire allemand.

L'Italie se composait alors du grand nombre de duchés et de royaumes qui figuraient comme des fiefs de l'empire allemand ; en plus, d’un grand nombre de villes constituées en républiques qui conservaient les restes du régime municipal romain, Tous se mirent en confédération et envoyèrent des délégués à une assemblée, espèce de parlement, où étaient admis les nobles des châteaux contigus à titre de citoyens, bien qu'ils conservassent leur dominium propre et leurs serfs. L'amour de l'indépendance nationale les poussa vers une union plus étroite et ils se constituèrent en république fédérative en 1144, créant un Sénat de 56 membres, ce qui donna lieu à l’explusion d’Innocent II. Son succes- seur, Luce II, qui s’avançait en procession armée pour chasser les nouveaux magistrats du Capitole, fut repoussé à coups de pierre et frappé à mort. Cependant, le nouveau régime se heurta à un grand

nombre de circonstances hostiles qui l’empêchèrent de se consolider, De plus, l’empereur Frédéric [°° Barberousse n’était pas disposé à renoncer à la domination de l'Italie par l’empereur allemand, C’est ainsi qu’en 1152, il l’envahit de nouveau avec une forte armée et ee finit par entrer à Rome où il s'empara d'Arnauld de Brescia qu’il fit mettre à mort et brûler ensuite. En même temps, ses soldats ravagèrent la ville et firent de nombreuses victimes. Les cruautés commises par Frédéric dans les villes italiennes donnèrent lieu à la création de la Ligue lombarde, laquelle, après avoir

organisé une armée considérable ,recommença la guerre contre l’empereur Frédéric. Il y eut une rencontre entre

l’armée impériale et celle des confédérés en 1176 près de Lugano, au nord-est de Milan, où les Italiens remportèrent la victoire. Cependant, la paix définitive ne fut établie entre l'empire allemand et l’Italie qu’en 1183, grâce à l'intervention du Concile de Constance, qui décida que les Italiens conserveraient les droits régaliens, tels que ceux de lever des armées, fortifier les villes, exercer la juridiction civile criminelle et se constituer même en confédération ; que le pape de son côté conserverait tous les biens allodiaux, tandis que l'Empereur aurait le droit de confirmer les consuls italiens par ses

délégués et d'établir dans quatre villes un tribunäl

d'appel pour certaines causes de litige.

Toutefois, cette paix ne fut pas de longue durée.

Avec la mort de Frédéric Barberousse qui survint à la

suite de la croisade à Jérusalem, coïncida l'occupation du

Saint-Siège en 1197, par Innocent III, pape ambitieux en même temps que rusé, qui n'avait d'autre aspiration que de consolider les privilèges de l'Eglise, ce qui lui

était d'autant plus facile que le successeur de Frédéric

Barberousse, Frédéric II, était encore enfant, et se trouvait sous la tutelle de sa mère. Le pape Innocent

commença d’abord par se déclarer maître de Rome, ville qui formait jusqu'alors partie intégrante de empire germano-romain, força le préfet impérial à lui prêter

le serment de fidélité comme vassal et obligea les gar-

aisons allemandes à quitter Ancône et Spoletto. L’impératrice veuve, pour pouvoir conserver les possessions de Naples et de Sicile à son fils, implora la protection du pape en lui demandant de les lui laisser comme fiefs.

En attendant Innocent III imposait sa volonté au due de Bohème et au roi d'Aragon, menaçait d’interdit le roi d'Angleterre, Jean sans Terre, et excommuniait le roi de France, Philippe-Auguste. Innocent III posa comme principe que l'autorité de l'Eglise a la force radiante du soleil, tandis que l'autorité temporelle des rois n'a que la lumière de la lune qui étant un corps opaque, reçoit son éclat du soleil. Par conséquent, c’est l'Eglise qui réunit en elle-même la souveraineté divine formant l'union entre le pouvoir spirituel et temporel. L’arme principale du pape contre les souverains était sans doute l’interdit qu'il lançait au besoin contre des pays entiers, d’après lequel restait suspendu tout service religieux ; les autels étaient mis à nu, les colonnes des saints renversées, les croix jetées par terre ; les cloches cessaient de sonner, les sacrements n'étaient plus administrés ; les morts n'étaient plus enterrés en terre sacrée par les prêtres ; les mariages n'étaient plus eélébrés devant l'autel. Il était défendu de se saluer dans les rues. On comprendra facilement qu'à une époque où les peuples étaient aveuglés par l'ignorance et la superstition, où on était habitué à considérer les services de l'Eglise comme les biens les plus précieux

pour le salut de l’âme, les souverains fussent rendus responsables de cette malédiction, et considérés comme la cause de tous leurs maux. | Une autre arme non moins puissante dont se servit “is Innocent III, ce fut la création des Moines mendiants dont. o il inonda l’Europe, qui allaient de ville en ville mendiant et préchant. Les frères ne devaient avoirrien en propre; ils allaient comme des pèlerins servant Dieu dans la pauvreté et l'humilité. Il y en avait de deux sortes : des Franciscains et les Dominicains, dont les uns étaient mendiants devenus prédicateurs et les autres dsspree dicateurs devenus mendiants. Ils différaient des anciens. moines, en ce que Ceux-Cl avaient vécu hors du monde, comme des anachorètes, tandis que les moines men- a diants se mélèrent à la société. Le pape leur avait permis de prècher, de confesser, d’enterrer, et les fidèles accouraient à eux, abandonnant leurs prêtres ordinaires. Ce fut une révolution profonde qui affermit encore l'autorité du pape par le fait que les moines i. communiquaient toujours avec le peuple et lui inspi- > 0 raient un certain degré de vénération à cause de leur : vie austère et simple et de leur dédain des jouissances

de la vie:

Une autre arme ee imaginée par nt III fut.

l'institution d'un tribunal d'inquisition, dirigé princi= palément contre les hérétiques. Ce tribunal, qui était

sous les ordres immédiats du pape, n’admettait pas d'appel. Il avait pour but de combattre l'esprit rationa-

à ET LES EMPEREURS D'ALLEMAGNE 394

liste qui se faisait jour dans le Midi de la France, tant parmi le parti intellectuel des juifs qui propageait les Le idées avancées de Maimonide vers la fin du xrr° siècle, que parmi les Albigeois, secte religieuse qui s'élevait <ontre les doctrines papales et qui avait trouvé un protecteur en Raymond VI, comte de Toulouse. C’est alors de qu'Innocent III organisa contre celui-ci une croisade = sous les ordres de Simon de Montfort, à laquelle prit - également part Louis VIII, roi de France, guerre qui se prolongea plusieurs années et finit en 1229 par la soumission de Raymond. À D “À la même époque, la lutte avait recommencé.entre la papauté et Frédéric Il, empereur d'Allemagne. Le pape Grégoire IX excommunia Frédérie, le déposséda de tous ses biens, et délia du serment tous ses sujets, ce qui n’empécha pas Frédéric II de soumettre la Tos- Cane, les républiques de Gênes et de Venise, et de mettre le siège devant Rome, Grégoire IX succomba à __ lapeine. La guerre se prolongea encore sous Innocent IV contre Frédéric IT, depuis 1243 jusqu’à 1250, et ne prit in qu'avec la mort subite de l’ empereur, ce qui eut pour double effet de faire cesser la domination allemande

D'UN, A dd et OL ER.

PU VE MeéAE d

en Italie et de permettre à la PR PAUL de secouer le joug de l'empire allemand.

- Les faits qui précèdent permettent d'en tirer les con- = __<lusions suivantes :

4 1° Que l'Eglise commença par lutter pendantenviron = quatre siècles pour propager l'évangile dans le monde

païen, tant en Occident qu'en Orient, tantôt par la parole persuasive des apôtres et des Pères de l'Eglise, tantôt. par le bon exemple de ses adeptes et leur désintéressement ainsi que par les principes élevés de morale de

l'Evangile et surtout par les légions de martyrs et les.

persécutions sans nombre de la part des autorités romaines. |

2° Qu’après avoir réussi à convertir les classes supérieures de la société et les empereurs byzantins, les. chefs de l'Eglise s'organisèrent d’abord en une hiérarchie ecclésiastique chargée de la conversion des. peuples d'Orient et d'Occident.

3° Que pour donner plus de vigueur à leur œuvre de propagande,ils convoquèrent ensuite des conciles ayant pour but d'établir des dogmes et de fixer les règles de conduite des adeptes delareligion chrétienne. Ces conciles, loin de fortifier l'esprit du christianisme, contribuèrent plutôt à la désunionet à la dissidence entre les évêques.

et engendrèrent par la suite des luttes sanglantes et. des persécutions sans nombre, toutes choses aussi COntraires que possible à l'esprit de l’évangile. En effet,

l'Eglise d'Orient ne se contenta pas de se séparer de celle d'Occident, mais elle se mit de plus au service d'un despotisme barbare et d’une tyrannie des plus abjectes, au point que sur 109 empereurs qui se succédèrent à Byzance du 1v° au xve siècle, 20 furent étranglés ou étouflés, 18 moururent en prison et 18 eurent les mains. ou le nez coupés. C’est surtout sous la dynastie des

PE Fa À = ue

Héraclides que Byzance fut pendant soixante-dix ans le théâtre de massacres et de cruautés de toutes sortes. 4° Qu’après l'invasion des barbares et la destruction de tous les monuments qu'avait laissés la civilisation gréco-romaine après un règne de plus de huit siècles, les chefs de l'Eglise s’efforcèrent d'organiser une société nouvelle sur les débris de l’ancienne Rome en se faisant

les auxiliaires des chefs des peuples barbares,dépourvus

de toute culture, et en propageant l'Evangile d’abord par leur parole persuasive parmi les masses ignorantes, superstitieuses et idolâtres, ensuite en s’efforçant de gagner à leur cause les classes dirigeantes, leur promettant de fortifier leur influence morale sur les populations, pour imposer ensuite la conversion à la religion chrétienne aux classes inférieures, soumises aux seigneurs et aux rois.

5o Que les chefs de l'Eglise, depuis Charlemagne jusqu’au x siècle, époque des croisades, ne se contentèrent plus de limiter leur mission à la propagation de la foi catholique et à l’unification religieuse des peuples ; ils aspiraient plutôt à la domination universelle et à associer le pouvoir temporel au pouvoir spirituel sous prétexte que le pape, comme chef de l'Europe et héritier des clefs de saint Pierre, avait juridiction sur toutes les actions des fidèles ; le roi dans son palais, de même que le. pauvre dans sa chaumière, par le fait même d’avoir reçu le baptême, devaient obéissance au pape ; ce qui est une intervention indi-

M sr

recte des pontifes dans le gouvernement des Etats. En effet, les premiers biens acquis par la papauté furent ceux que la comtesse Mathilde avait légués au pape Innocent II. Dans ces biens, étaient compris les duchés de Toscane, de Spolète, d'Ancône, de Boulogne, de NS Parme et de Plaisance. Avec le temps, le pouvoir temporel des papes ne fit que grandir, au point que jusqu'à la constitution du royaume d'Italie dans la seconde moitié du xixe siècle, les Etats pontificaux occupaient encore une superficie de 71. 440 kilomètres carrés. Bien que depuis lors le pape ait perdu complètement le pouvoir temporel, l'Eglise n’a jamais cessé de protester contre cet acte de soi-disant spoliation de la part du gouvernement d'Italie. Quoi qu’il en soit il est indiscutable que pendant sept siècles de pouvoir temporel de la papauté, la théocratie n’a pas cessé être la forme de gouvernement des Etats pontificaux et la liberté de penser a été bannie non seulement des Etats dépendant directement de la papauté, mais aussi des autres Etats catholiques romains, jusqu’au moment | de la Révolution française de 1789, qui a non seulement démoli la Bastilleetle régime de l’absolutisme religieux et politique, mais a pris également pour devise les principes de la morale chétienne : /a liberté, l'égalité et la fraternité.

On a beau dire que l'Eglise avait réalisé par des procédés différents son but, à savoir: la propagation de la foi catholique et l'unification religieuse des peuples,elle a à

a dh RES à

V4 RE Ce DRE Sa ei Ne. ES DAT D AN eV 1

UT

peine résolu la moitié du problème religieux,qui est la partie métaphysique,concernant les rapports de l’homme avec Dieu,et elle a laissé sans la résoudre l’autre moitié non moins importante, qui est la morale chrétienne, telle qu’elle fut enseignée par l’évangile établissant les rapports entre les hommes sur les principes d'amour de la justice, d'égalité et de fraternité, de liberté morale, de tolérance et d’indulgence mutuelles.

Il en résulta forcément un régime théocratique

absolu, considérant le corps et l’âme comme deux

frères ennemis, accompagné d’un despotime gouverne-

mental et d’actes d’intolérance qui ont amené à la”

longue une stagnation dans le cours de la civilisation et un arrêt de développement du sentiment de solidarité humaine. En effet, avec le régime théocratique imposé par la papauté au gouvernement de tous les pays de

l'Europe, la pensée humaine a subi une éclipse presque

totale, tant en Occident qu’en Orient, les sources des sciences et des arts se sont taries et l'édifice social qui s'est construit sur les débris de l’empire romain menaçait de s’écrouler sous l’action démolissante du Féodalisme et des guerres incessantes entre les empereurs

allemands, l'Italie etla papauté. Il est hors de doute que

les arabes qui ont réussi à rétablir l’équilibre entre la science et la foi, et entre l'intelligence et le sentiment dela solidarité humaine,ont,pendant les premiers quatre

siècles de leur domination en Espagne, rempliune mission

importante dans l’évolution de la pensée qui consiste

dans le fait d'avoir recueilli les semences de + Lu

Ar x

à LES PROGRÈS DES SCIENCES ET DES ARTS GRECS | EN EUROPE PENDANT LE MOYEN AGE | SOUS LA DOMINATION DES ARABES

pe %

Page 1