‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanitéChapitre 403 sur 853 · SENTAIT LE BESOIN DE DÉCOUVRIR LE TRAITRE · texte numérisé non relu

SENTAIT LE BESOIN DE DÉCOUVRIR LE TRAITRE

ture de Dreyfus avec celle du bordereau n’hésitèrent pas à y trouver une ressemblance et en rendirent compte au général Gonse, chef du bureau des renseignements, et au général de Boiïsdeffre, chef de l’Etatmajor, mais le général Mercier demanda pour plus de sûreté l’avis d’un expert. L'expert désigné fut un nommé Gobert, de la Banque de France, lequel après un examen sérieux conclut pour la négative. En premier lieu, dit-il, l'écriture du bordereau est presque illisible, tandis que celle de lofficier incriminé est claire et très lisible. Hanoteaux, alors ministre des

Affaires étrangères, consulté à cet égard, se prononça

non seulement contre la poursuite, mais également contre l’enquête. Le général Saussier, Gouverneur de Paris et Généralissime était également opposé aux poursuites. Par contre, parmi les officiers du ministère de la Guerre le commandant Picquart fut le seul à estimer que le bordereau ne constituait pas une preuve suffisante pour accuser de trahison un officier considéré comme patriote et honnête. De plus, dit-il, la dissemblance de l'écriture lui ôte toute valeur. Malheureusement, les généraux Mercier, Gonse et Boisdelfre étaient tous des antisémites enragés,et ce dernier surtout subissait l'influence du Jésuite le père Du Lae, son confesseur. Ils décidèrent donc la poursuite d’un officier innocent pour la seule raison qu'il était juif, et qu'ils le jugeaient indigne de commander les fils de la haute bourgeoisie et de se trouver en possession des:

476 MERCIER SOUPÇONNANT DREYFUS D'ÊTRE secrets de l'Etat. Le général Mercier ayant eu besoin, pour raffermir sa situation au Ministère, de la décou- . verte du traître, décida l’enquête plutôt pour couvrir les formes, car il était sûr d'imposer sa prétendue conviction aux officiers du conseil de guerre sous ses ordres.

Eu effet Dreyfus fut condamné sans preuves, car l'enquête elfectuée plus tard par le tribunal supérieur de justice a prouvé à l'évidence qu'aucune des pièces constituant l'accusation ne se rapportait à Dreyfus. Il est incompréhensible que des officiers composant le conseil de guerre aient fait si bon marché de l’honneur militaire d’un de leurs camarades. Où est la solidarité militaire ? On dirait que celle-ci perd sa valeur lorsque l’accusé est Juif ? Est-il possible d'admettre que la France qui en 1789 a proclamé, la première, les droits de l'homme et qui sur tous ses monuments publics inscrit, comme un emblême national, la devise : Liberté, Egalité, Fraternité, ait changé un siècle après au point d’avoir subi la contagion de l'antisémitisme, cette maladie sociale propagée consciemment par les Jésuites dans les classes sociales supérieures ?

Il est incontestable que l'Assemblée constituante nommée pour approuver le traité de Francfort était dominée par un esprit monarchique et clérical ; car son vote d’édifier l'Eglise du Sacré-Cœur sur la colline de Montmartre n'avait d'autre but que de faire rayonner

avec éclat sur toute la France le feu sacré de la théocratie.

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