DREYFUS FUT CONDAMNÉ A L'EXIL
qu'il n’y avait qu'un traître, ne jugea pas utile de faire connaitre son opinion, à ce moment-là. Il jugea plus prudent d'étudier à nouveau ce problème, de prendre des renseignements sérieux sur le nommé Esterhazy et d'obtenir des spécimens de son écriture. Il réussit en effet à prendre connaissance de deux lettres adressées par ce dernier au chef du cabinet du ministère de la Guerre, et fut frappé à première vue de la ressemblance entre l'écriture du bordereau et de celle de ces lettres. Alors Picquart commença à voir plus clair dans cette affaire ; il comprit que si Esterhazy était l’auteur du bordereau, Dreyfus était complètement innocent ; mais il désirait connaître également les pièces qui formaient le dossier secret. Il s’adressa dans ce but à Gribelin chargé des archives du bureau des renseignements qui les lui remit de suite. Picquart en les parcourant fut surpris de voir que le contenu de ces pièces ne se rapportait nullement à Dreyfus. Le document auquel on avait attribué de l'importance, celui contenant les mots « La canaille de D... » ne pouvait se rapporter à un officier de l’armée, car l’espion en question se faisait payer dix francs la pièce livrée au bureau allemand ; en effet on apprit après qu’il s’agissait d’un fournisseur nommé Dubois. Quant aux renseignements sur la personne d’Esterhazy, Picquart s’était adressé à son ancien compagnon d'armes, le commandant Curé. Or, voici son témoignage. «. Ferdinand Esterhazy est fils d’un ancien général de division qui s’est distingué