EXPLICATION DE LA MENTALITÉ
dédain. D’après lui l’évolution historique de l'humanité n’obéit pas aux lois stables du progrès, elle est plutôt l’œuvre du hasard et de la fatalité aveugle. Il n’y aurait pas non plus de progrès moral et de perfectibilité humaine, parce que tout progrès comme développement intellectuel renferme en lui une somme de souffrance.
Nous tenons à constater que le raisonnement pessimiste de Schopenhauer est la conséquence naturelle de son caractère bizarre et mélancolique qui le tenait éloigné de la société. La compagnie de sa mère elle-même lui devint antipathique et sa misanthropie le poussa à vivre dans l'isolement complet, en célibataire replié sur lui-même. Il en résulta qu'il était peu connu dans la société et que son ouvrage attira à peine l'attention de son vivant. Ce fut seulement quelque temps avant sa
mort, en 1860, qu'il commença à se faire jour et à gagner
quelque terrain dans les cercles littéraires ; maïs c’est surtout après la guerre de 1870 qu'il devint à la mode et il continua à l'être, même longtemps après [a réalisation de l'unité nationale et après que la prospérité du pays eût atteint un niveau jamais connu auparavant.
Ces quelques notices biographiques suffisent pour reconnaître que le système philosophique de Schopenhauer repose sur une conception fausse et morbide de la vie, inhérente à un déséquilibre héréditaire des facultés mentales ; car d’après le témoignage d’un